Le désir féminin, la recherche d'amour et la peur de vieillir seul sont au cœur de "Cliente", un drame humain qui séduit davantage par son sujet et ses interprètes que son traitement sans envergure.
Judith (Nathalie Baye) a la cinquantaine, la beauté et l'argent. Sauf qu'elle est célibataire. Pour troquer son ennui, elle décide de recourir à de jeunes escortes masculines. C'est là qu'elle fait la rencontre de Patrick (Eric Caravaca), un homme de 30 ans qui ment à sa femme Fanny (Isabelle Carré) afin de recueillir suffisamment d'argent pour faire vivre la famille. De ce triangle amoureux naîtra de la joie et de la complicité, mais également des problèmes et de la jalousie.
Actrice, scénariste et cinéaste, Josiane Balasko est surtout reconnue pour avoir accouché du jubilant Gazon maudit où elle traitait de l'homosexualité féminine. Après de nombreux projets devant et derrière la caméra, elle a décidé de retourner à la réalisation en adaptant son propre roman Cliente. Ce projet, inusité et stimulant sur papier, est arrivé sur les écrans il y a près d'une année en France et le résultat est loin d'être désagréable.
Bien plus que pour sa mise en scène anonyme qui ne propose presque aucune surprise, le récit est dominé par ses thèmes rarement traités au cinéma. En suivant cette femme en pouvoir qui s'offre du plaisir auprès de jeunes amants, la créatrice aborde de front l'amour et le culte de l'argent, la solitude et la crainte de ne pas vivre pleinement son existence. Ces sujets se fondent à d'autres éléments tels la critique de la télévision poubelle, la crise de subsistance chez les moins nantis et la difficulté de rompre avec sa famille.
Fidèle à ses habitudes, Balasko ne s'embrasse pas trop longtemps de ces drames humains universels. Elle aère le tout par des touches d'humour qui font parfois sourire, et un symbolisme éprouvé (ah, cette évasion sur des chevaux...). Surtout qu'elle enrobe son propos d'une narration un peu trop explicative et de personnages secondaires inutiles et caricaturaux. Les proches de Patrick sont parsemés de clichés, alors que la sœur de Judith incarnée par la cinéaste elle-même n'est là que pour montrer que l'espoir existe réellement...
Couper dans le gras n'aurait pas fait de tort, car ce sont les trois pôles du triangle qui intéressent. Tout d'abord Nathalie Baye qui offre un jeu sensible et émouvant, tout en nuance, en délicatesse et en beauté. Puis Eric Caravaca, particulièrement convaincant, qui est bien plus que le simple Adonis. Pourtant, c'est la Fanny d'Isabelle Carré qui aurait mérité plus d'espace tant son être se laisse accaparer par la noirceur, livrant au passage des scènes inquiétantes, mais tellement justes. Lors de ses duels avec ses compagnons, elle les mitraille du regard, ce qui offre au long-métrage ses meilleurs moments.
La musique à la fois douce et délicate ou parsemée de revendications hip-hop ne fait pas toujours dans la subtilité. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 est honnête, avec ces bruits d'eau et de klaxons qui s'échappent parfois des enceintes. Les mélodies empiètent cependant sur les dialogues, ce qui est un peu fâcheux. Les très visibles sous-titres blancs en anglais permettent à davantage de gens de suivre l'intrigue. L'image est correcte, avec ces éclairages soignés et ces contrastes sobres. En revanche, les couleurs auraient pu être plus éclatantes, et du blocage apparaît en quelques occasions.
La séduisante pochette montre l'héroïne au regard coquin qui attend de se faire réchauffer par un homme qui met de l'argent dans la poche de son jean. Terne et sans attrait, le menu principal du DVD fait défiler le visage de quelques personnages sur une multitude d'écrans. En faisant abstraction de quelques bandes-annonces, cette édition ne comprend aucun supplément.
"Cliente" est loin de suivre le même chemin que Gazon maudit. Au lieu du film presque culte, il est plutôt question d'un drame parfois comique qui aborde un important mal de vivre sans nécessairement aller pleinement en profondeur, et dont la solidité de la distribution vient relever une réalisation plus ou moins inspirée et des thèmes abandonnés en cours de route. Le plaisir demeure passager, un peu banal, mais néanmoins agréable.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |