Reprenant là où le film Coco Avant Chanel d'Anne Fontaine se terminait, "Coco & Igor" de Jan Kounen évite l'anecdote, représentant la complexité de deux artistes à la croisée des chemins.
À Paris en 1920, la designer Coco Chanel (Anna Mouglalis) décide de s'occuper du compositeur Igor Stravinsky (Mads Mikkelsen) et de sa famille qui fuient la révolution russe en les installant dans une de ses demeures à la campagne. Ce qui n'est qu'une relation d'amitié se transforme rapidement en passion amoureuse, ce qui risque d'avoir des répercussions sur l'entourage de monsieur.
Comme c'est souvent le cas, deux longs-métrages sur le même sujet ont vu le jour presque au même moment. Alors que celui d'Anne Fontaine se voulait étonnamment classique et consensuel, l'essai de Jan Kounen se veut beaucoup plus intime. Habitué par ses mises en scène souvent trop tape à l'œil (99 Francs (B001F7MSFC) par exemple), le cinéaste trouve ici un bel équilibre, jouant sans cesse avec les sens, mais sans jamais trop en faire. Il est question de création et de dévotion, de sensations fortes et de sacrifices entre deux figures au demeurant froides et insaisissables. Bien que le rythme manque un peu d'élan, le spectateur entre dans la danse avec fascination, suivant le corps frêle de la gracieuse Anna Mouglalis, se perdant dans l'esprit et les contradictions de Mads Mikkelsen. L'ambiance semble cependant prendre plus de place que l'histoire en temps que telle, ce qui, dans ce cas-ci, ne s'avère pas trop problématique.
La musique hypnotisante de Stravinsky (qui est accompagnée en introduction d'un superbe ballet) développe rapidement une atmosphère tendue. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 joue continuellement avec les enceintes (en y faisant ressortir des bruits d'instruments, d'applaudissements ou d'hennissements de chevaux) en prenant soin de toujours rendre audible les voix. Des sous-titres jaunes un tantinet trop petits en français en en anglais sont présents afin de bien saisir les dialogues qui sont parfois dans la langue de Dostoïevski. L'image est claire et élaborée, dominée par des contrastes parfaits, des couleurs représentatives de l'état d'esprit des personnages et une éloquente définition des contours. Du grain peut cependant subsister à un ou deux endroits.
La pochette assez révélatrice montre deux êtres qui se collent, attendant le bon moment pour se parler, s'enlacer ou s'embrasser. Un peu plus terne est le menu principal du DVD. Ce dernier est statique, représentant seulement les deux protagonistes. Une douce mélodie au piano se fait heureusement entendre. En faisant abstraction des publicités qui apparaissent une fois l'insertion du disque et de la bande-annonce originale de cette production, aucun supplément n'accompagne cette édition.
"Coco & Igor" est nettement plus satisfaisant que l'effort qui mettait en vedette Audrey Tautou. Au lieu de reprendre les grandes lignes habituelles du biopic sans âme, le réalisateur propose une démarche audacieuse, fondée sur les sens. Son scénario prévisible (qui s'intéresse finalement bien peu à l'époque) n'est qu'un instrument utilisé pour montrer deux corps se rapprocher, deux artistes - mystérieux et presque miroirs - qui ont besoin l'un de l'autre pour fonctionner à une étape supérieure. Prenant.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |