Combien tu m'aimes?
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Bertrand Blier
Année: 2005
Classification: 18A
Durée: 94 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
6 août 2006

La nouvelle farce de Bertrand Blier est aussi grotesque et misogyne que ses précédentes. "Combien tu m'aimes?" fait sans doute rire en de nombreuses occasions, mais cet art de parler continuellement de sexe et d'amour ne mène à rien s'il n'y a pas le moindre scénario.

Daniela (Monica Bellucci) est facilement la prostituée la plus désirable de la planète. Avec ses jambes de déesse, son corps imposant et son minois irrésistible, elle fait fondre le moindre des hommes. Un jour, un client quelconque dénommé François (Bernard Campan) affirme avoir gagné plusieurs millions d'euros à la loterie et il lui demande de devenir sa femme. La jolie Italienne accepte en échange d'une somme d'argent versée à chaque mois. Les premières journées sont comme une entrée paradisiaque où le bonheur et l'extase sont rois, sauf que le nuage se dégonfle plutôt rapidement. Les relations ne sont pas toujours harmonieuses et le regret d'une vie antérieure refait surface en même temps que le bandit Charly (Gérard Depardieu) qui cherche à récupérer sa dulcinée.

La carrière de Bertrand Blier pâlie au fil des décennies. Dans les années 1970 et 1980, il réalisait des films importants qui divertissaient tout en faisant réfléchir. Impossible d'oublier les fantaisies d'œuvres marquantes telles Laisse allez, c'est une valse, Préparez vos mouchoirs, Buffet Froid et, bien entendu, Les Valseuses. Depuis l'excellent Trop belle pour toi en 1989, il semble se chercher dans des produits qui tombent rapidement à plat. Après le navrant Les Côtelettes, il enchaîne avec le tout aussi léger "Combien tu m'aimes?".

Comme il aime le répéter à tout un chacun, ce qui est important pour Blier, ce sont les acteurs. Dans son dernier délire, il a eu la main heureuse. À commencer par Monica Bellucci qui affiche une présence et une sensualité démesurées. Toutes les raisons semblent bonnes pour se dévêtir et elle le fait avec une dévotion surprenante. À côté d'elle, le pauvre Bernard Campan ne peut qu'être fade et prévisible. Il se fait voler la vedette par un peu tout le monde, à commencer par une distribution secondaire assez éclatée. Il y a bien entendu l'éternel complice Gérard Depardieu qui en rajoute beaucoup trop. Mais surtout un extraordinaire Jean-Pierre Darroussin qui fait rire à chaque réplique, un typé Édouard Baer plutôt jouissif et une fille de joie délurée sous les traits de la toujours étincelante Sara Forestier.

Cependant, en faisant un film pour les comédiens, Blier en a oublié l'élément fondamental: une histoire. Le point de départ a beau être prometteur, il faut concocter des situations et des retournements pour ne pas que le long-métrage s'essouffle. "Combien tu m'aimes? " est un ramassis de tout et de rien qui fait rire en vain. C'est une comédie incroyablement exubérante avec ses faux coups de théâtre et sa musique d'opéra qui surgit sans cesse. C'est ironique, drôle et caustique, mais le ton est également demeuré, misogyne et banal. Les femmes ne sont que de la viande fraîche et leurs cas de conscience sont tirés par les cheveux. Lorsque la farce semble totale, le drame vient s'imbriquer comme un chien dans un jeu de quilles. La première fois, pour la confession du personnage interprété par Darroussin, c'est tendre et sincère. Sauf qu'à force de lier une séquence bête et stupide à un segment plus "psychologique", l'effet disparaît totalement. Pourtant, c'était à ces endroits-là que le cinéaste s'évadait de son cucul "l'amour guérit tout" pour voguer sur des chemins plus tortueux comme la solitude, la peur de l'engagement et la difficulté de rompre avec son passé.

Riche et variée, la trame sonore surchargée mélange efficacité tout en liant les mélodies parfaitement aux scènes. Le bruit peut donc exploser et se métamorphoser aux répliques sardoniques. Cette combinaison ne dénature toutefois pas les voix qui restent claires et distinctes. Dans le pire des cas, des sous-titres blancs assez visibles sont présents pour faciliter la compréhension. Les haut-parleurs situés sur les côtés bénéficient d'une multitude de sons et de musiques, soutenant favorablement les actions et les évènements. Plus décevantes sont les images. Les contours des figures sont parfois étranges et le blocage apparaît à de multiples occasions. La photographie assez intéressante joue dans les extrêmes de bleu et de rouge. Les couleurs s'avèrent riches, précises, alors que les reflets sont tout à fait convenables. L'utilisation d'une luminosité angélique extrême lors de périodes de fantasmes brûle cependant un peu trop la peau des acteurs. Tout de rouge et à la poitrine proéminente, Monica Bellucci laisse une impression de béatitude sur la pochette. Le menu principal du DVD combine quelques poses immobiles à une pièce musicale douce et gentille. Les icônes sont assez visibles, se perdre s'avère pratiquement impossible. Malheureusement, il n'y a aucun supplément pour étirer le plaisir. Ni la moindre bande-annonce ni la plus petite photo... C'est triste, ça.

"Combien tu m'aimes? " est comme un cocktail improvisé de plusieurs alcools. Ce n'est pas désagréable, l'inimaginable peut arriver et il ne faut pas oublier de prendre le tout avec un grain de sel. Sauf que la boisson tape rapidement sur l'organisme et elle ne sert strictement à rien. Au lieu d'essayer autre chose, Blier continue dans ses chimères de relations ambiguës et de belles peaux dénudées. À près de 70 ans, papy a encore des fantasmes, mais il devrait faire attention de ne pas recruter des gros noms sans avoir préalablement trouvé une histoire digne de ce nom.


Cotes

Film5
Présentation6
Suppléments-
Vidéo6
Audio7