La Commune (Paris, 1871)
First Run Features

Réalisateur: Peter Watkins
Année: 2000
Classification:
Durée: 76 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (Mono)
Sous-titres: Anglais (brûlés dans l'image)
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 3 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
10 décembre 2006

Il y a des cinéastes pour qui chaque film est bien plus qu'un simple produit ou encore qu'une œuvre d'art, car il s'agît pour eux (ou elles) d'une prise de position politique. Si les opinions véhiculées dans ses films sont un peu trop dérangeantes pour le système en place, il est fort à parier que ce cinéaste aura des difficultés à tourner puisque faire un film implique des décisions économiques en haut lieu, et que malheureusement les pouvoirs économiques ayant accès à cet argent seront rarement d'accord avec les propos les critiquant. Au Québec on peut penser bien sûr à Pierre Falardeau (15 février 1839) qui n'arrive à tourner ses scénarios historiques qu'après de nombreuses années de discussions stériles et maintes courbettes devant les bonzes de Téléfilm Canada. On peut penser aussi à Gilles Groulx, qui dans les années soixante-dix tournait des documentaires avec un point de vue résolument marxiste (24 heures ou plus), ou qui du moins prônaient un changement de direction pour la société vers un monde plus équitable, et qui fût mis au ban de l'ONF pour finir sa vie dans la misère.

En Angleterre, c'est aussi le cas de Peter Watkins, un cinéaste pourtant oscarisé en 1966 pour son documentaire sur la possibilité d'une attaque nucléaire sur l'Angleterre, The War Game. Depuis que ce film fatidique fût interdit d'antenne par la BBC puis retiré de distribution par le gouvernement britannique, Watkins a eu de plus en plus de misère à faire financer ses projets engagés. Il erre donc de pays en pays depuis, allant là où quelque producteur intègre voudra bien prendre une chance avec lui. Pour "La Commune", son plus récent film, il a réussi à trouver du financement, et a donc tourné, en France. Ce qui semblerait normal puisque le sujet en est justement un pan de l'histoire de ce pays.

Ce que ce film fleuve relate c'est en fait les événements, de la formation à la chute, de la Commune de Paris de 1871. Ce dont il s'agissait, c'était en fait une révolution populaire à Paris où le peuple prit le pouvoir pendant plusieurs mois et élut un comité central pour gouverner, à la place du gouvernement officiel de France. C'était LA vraie révolution pour tenter d'améliorer la situation des millions de pauvres et de sans travail. Avec entre autres des objectifs d'égalité entre les classes, de justice sociale, d'éducation laïque pour tous et toutes (les jeunes filles étaient éduquées par les congrégations de sœurs qui leur enseignaient à devenir de bonnes femmes au foyer en leur montrant à coudre et repriser, mais non pas à lire, écrire, ni compter) et la reconnaissance des femmes. Non pas une révolution partiellement ratée comme celle de 1789 qui remplaça les avantages de la noblesse au profit de la bourgeoisie. Il va sans dire que le pouvoir bourgeois, aussitôt ses forces rassemblées écrasa la commune (des milliers de fusillés, hommes, femmes et enfants!) et reprit le contrôle du gouvernement... "pour l'ordre et la sécurité" pour paraphraser De Gaulle!

Pendant plus de cinq heures trente (réalisé en seulement trois semaines de tournage, comparativement aux trois mois hollywoodiens pour un film d'une heure trente!) Watkins met en scène une troupe de plus d'une centaine d'incroyables acteurs et actrices amateurs ainsi que quelques professionnels jouant autant les communards que les sympathisants du pouvoir officiel. Faute de grands moyens financiers pour tournage en extérieur, on a transposé le tout dans un studio près de Paris où quelques décors simples, rues, impasses, maisons, un square et la mairie, représentant le 11ième arrondissement de Paris, un des premiers quartiers insurrectionnels, nous donnent un bel effet de proximité, une sensation de participer aux événements et une relative identification avec le peuple parisien.

Une des variantes apportées par ce réalisateur iconoclaste, c'est d'avoir introduit la notion de pouvoir médiatique en inventant, anachroniquement bien sûr, une télévision nationale, Télé-Versailles, et une télévision communale, Télé-Commune. Avec des journalistes nous présentant et critiquant les nouvelles de dernière heure , version pro-Commune et version anti-Commune, on s'aperçoit que les nouvelles officielles, en plus d'avoir plus de moyens techniques et financiers, ont toujours un parti pris pour le système en place et sont souvent bien loin, quand ce n'est carrément à l'opposé, de la version communale qui tend plus à aller sur place interroger les acteurs et actrices des événements dont on parle.

C'est donc aussi, en plus d'une reconstruction historique fouillée, une critique des médias et de leur influence et supposée objectivité que nous livre ici le réalisateur. Ce qui est d'ailleurs le sujet du documentaire (un vrai documentaire, pas une revuette) "The Universal Clock : The Resistance of Peter Watkins" de Geoff Bowie inclus en supplément. Ce film de l'ONF retrace l'épopée du tournage de "La Commune" et par des entrevues de fond avec Peter Watkins nous aide à comprendre le rôle dans le façonnement de nos sociétés et la puissance des médias de masse tant au niveau politique que culturel. Et puis pour confirmer tout ses dires, le documentaire se termine sur une note amère, à savoir que le film de Watkins sur la Commune de Paris n'a pas trouvé de télédiffuseur lors du marché international de la télé à Cannes! Comme autre supplément, il y a un fichier DVD-ROM incluant un guide de discussion sur le film de Watkins et sur les médias, et aussi une biographie et filmographie du réalisateur.

Au niveau audiovisuel, le tout est tourné avec une caméra à l'épaule toujours en mouvement, à l'affût des réactions des citoyens. La qualité vidéo de l'image noir et blanc est très bonne, même si l'omniprésence des blancs dans le décor, comme les murs de chaux des maisons, et les costumes des Parisiens, nous donne quelques petites surbrillances. La direction photo étant plutôt réussie, ces petits détails se perdent en fin de compte dans le reste. Pour l'audio, on a un peu plus de misère avec la prise de son lors du tournage puisque la caméra se déplaçant dans la cohue entre les différents intervenants improvisant souvent leur dialogue et leurs réactions, la perche semble avoir eu du mal à suivre. Quelques délais donc parfois entre les images et le niveau sonore du sujet filmé. Mais comme tout ceci est filmé à la manière documentaire, on comprend bien la problématique et ces petits défauts font en même temps partie du genre.

En résumé on peut dire que "La Commune", est une réussite complète, un film incroyablement fascinant pour qui aura le courage de s'y perdre. Bien entendu, on est très loin d'Hollywood et autant la forme que le propos pourra sembler ardu à ceux et celles habitués à un divertissement plus passif. Pour les autres, curieux d'histoire et de cinéma comme forme d'art engagé, vous ne serez pas déçu.


Cotes

Film9
Présentation8
Suppléments6
Vidéo8
Audio7