Contes immoraux
Christal Films

Réalisateur: Walerian Borowczyk
Année: 1974
Classification: 18+ (QC)
Durée: 103 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
18 juin 2006

Un des Dr. Jekyll et Mr. Hyde les plus déconcertants du cinéma, le polonais Walerian Borowczyk, se perd dans l'ennui libertin pseudo érotique à travers "Contes immoraux", quatre récits plutôt vains et jamais très excitants.

Walerian Borowczyk, décédé le 3 février dernier, est une énigme. Au début de son périple cinématographique, dans les années 1950 et 1960, cet ancien peintre créait de géniales courtes animations comme "Dom", "Renaissance" et "Les Jeux des anges" qui révolutionnaient le genre en devenant des figures d'avant-garde extrêmement importantes. Peu à peu, la passion de cet homme d'exception s'est transposée sur le nu et les films osés. Un changement de carrière inusité qui allait presque détruire tout intérêt porté vers ses œuvres, surtout qu'une certaine Emmanuelle 5 est devenue une de ses dernières productions. Durant cette époque peu mémorable, un récit en quatre temps au nom de "Contes immoraux" allait voir le jour. Si les images pouvaient paraître choquantes pour l'année (1973), le tout n'a pas très bien vieilli. Pire, ces scènes gratuites ne semblaient qu'un prétexte à un cinéaste pour se rincer l'œil et assouvir ses fantasmes.

La première histoire de ces fables pour adultes s'intitule "La Marée". Un homme et sa jeune cousine se font prendre par la marée. Isolés dans un recoin, il l'instruit à la "vraie vie" en la dominant sauvagement. En échange d'une longue fellation, il lui inculquera de l'information sur le va-et-vient de la marée. Cette farce contemporaine bénéficie de beaux plans et de séquences stimulantes (principalement celles sur la bouche de la jeune demoiselle), sauf que tout y est suggéré, rien n'y est montré. Une pudeur absolue doublée d'une narration éprouvante. Le gars ne semble jamais parler normalement, il récite son texte sans passion ni émotion!

La torpeur arrive sur le long et pénible "Thérèse philosophe". Une fille croyante mélange sexualité et religion. Seule dans sa chambre, elle s'ennuie et fantasme. En regardant une photo ou en fermant les yeux, elle se masturbe avec un concombre, puis avec rien du tout, mais elle continue de jouir. À la toute fin, elle finit par se faire violer par un prêtre... Encore une fois, il est légitime de se demander quel est l'intérêt de ce segment. Borowczyk cherche à créer le scandale en sexualisant les paroles religieuses, sauf que sa façon de le faire est frileuse. Au lieu de créer des liens choquants, il se rabat sur son fétichiste d'usage. L'homme est fort, la fille est faible et la victime portera toujours de la dentelle blanche.

À travers "Erzsébet Bathory", c'est l'éclatement. Voilà l'endroit où le réalisateur montre le plus de filles nues sur un fond de lesbianisme généralisé. Des femmes d'un village défilent devant une comtesse qui choisit les plus jolies. Une fois à son château, elles sont traitées en esclaves. Mais pas pour longtemps. Il y a rébellion et la maîtresse perdra sa robe ornée de joyaux. Triste, elle ira prendre un bain de sang de vierges. Ce conte pratiquement sans parole, facilement le plus abouti, relègue les histoires d'amour au même plan que la chaire fraîche et l'égoïsme monétaire. Quelques minutes auraient facilement pu être charcutées, mais le lyrisme de l'ensemble n'est pas négligeable.

Des espoirs qui fondent comme neige au soleil par l'entremise de "Lucrezia Boegia" où de nombreux symboles catholiques sont utilisés pour montrer comment la foi peut être perverse et malveillante. À ce niveau, c'est la débandade. Les gens parlant italien ne sont jamais sous-titrés, alors que le fait de toujours montrer des femmes dévêtues (mais très rarement des hommes) pourra en décevoir plusieurs. Devant un piètre sujet aussi subtil qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, mieux vaut passer à autre chose.

Beaucoup plus intéressantes sont ces images qui semblent souvent sortir d'une toile. En soignant ses décors, Borowczyk dépeint les siècles avec une facilité déconcertante, riche en détails saugrenus. Par contre, le rendu vidéo n'est pas toujours à la hauteur. Les contours saignent légèrement et le grain est flagrant, surtout pendant l'épisode de "Thérèse philosophe". Des imperfections qui sont également présentes au niveau du son. Les voix des personnages se font parfois enterrer par les bruits ambiants comme les vagues et la marrée. Cela n'arrive pas souvent, mais lorsque c'est le cas, impossible d'éviter le pire en ayant recours aux sous-titres qui sont inexistants. Quelle chance que la trame sonore classique et rythmée est suffisamment attrayante pour combler ces failles.

La pochette montrant un doigt arpenter des lèvres et des dents est certainement l'image la plus érotique. Au premier regard et à la lecture du synopsis, ce film semble très attrayant. Une fois l'insertion du DVD, il y a quelques publicités de Christal Films et, enfin, le menu principal. Une femme au regard baissé y figure. Rien ne bouge et le visuel peut donner mal aux yeux, mais la musique sauve encore la donne. Pourtant, une fois l'écoute de ces "Contes immoraux" achevée, c'est l'impasse. Un exercice de style qui tourne à vide à cause de scénarios inexistants. Des plans plus beaux qu'attrayants cherchant à choquer. Cependant, difficile de savoir si ce résultat a été obtenu, car aucun supplément n'est présent sur le disque. Pour le déterminer, il faudra se retourner vers l'Internet ou retracer les journaux d'antan. Walerian Borowczyk a peut-être terminé sa carrière en queue de poisson, mais c'est le moment où jamais de découvrir ses premières œuvres fascinantes et capitales. À quand une rétrospective sur DVD?


Cotes

Film5
Présentation6
Suppléments1
Vidéo6
Audio6