Le Couperet
Christal Films

Réalisateur: Costa-Gavras
Année: 2005
Classification: 13+ (QC)
Durée: 123 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
5 novembre 2006

Le polémique cinéaste Constantin Costa-Gavras repart en croisade avec son inquiétant et tordant "Le Couperet", une adaptation assez réussie du roman de Donald Westlake. Cette fois, le réalisateur de Z pourfend l'importance accordée au rôle du travail dans une société de plus en plus malade et mondialisée.

Bruno (José Garcia) est au chômage depuis quelques années. En compagnie de plusieurs centaines de ses collègues, il s'est fait renvoyer de son usine de papier à cause de la déstructuration. Face à une pression de plus en plus pesante, une famille qui perd ses repères et un couple vacillant, il reprend confiance en passant une annonce bidon. Peu à peu, les curriculum vitae apparaissent. De ce lot, il découvre quelques candidats potentiels pouvant décrocher l'emploi de ses rêves. Afin d'éviter de nouvelles souffrances et d'incessantes remises en question, il décide d'éliminer la compétition. S'il n'y a pas de travail, c'est que les gens décédés ne sont pas encore assez nombreux...

L'idée principale de "Le Couperet" est brillante. Dans une société capitaliste extrêmement cruelle qui n'hésite pas à détruire des vies pour faire fructifier le profit, un homme au bord du gouffre décide de prendre les armes pour se (re)faire une place respectable. Contrairement à des œuvres cultes comme Fight Club ou American Psycho, le héros ne fait pas cela de gaieté de cœur. Il est un père de famille idéal qui fait l'impossible pour sauver un fils accusé par la police ou pour se réconcilier avec une épouse troublée. Sauf que sans job, il n'est personne et il n'aspire à rien. En partant de ce postulat, il se venge sur des gens plus brillants que lui en se convainquant que "la fin justifie les moyens". Parfois, il parle avec des victimes potentielles qui le dissuadent bien malgré eux. La plupart du temps, il est l'esclave d'une logique implacable qui l'oblige à tuer, un cycle souvent inexorable qui fera sourire dans les derniers instants.

Autant la prémisse est sombre, autant l'humour coule à flot. Bruno hésite, tremble et se fait mal pour rien. Il rate ses cibles, le hasard vient trop souvent le bousculer et même la fatigue le surprend au moment le plus important. Au sein de sa recherche d'emploi, il fait la connaissance d'individus licenciés qui aimeraient bien se venger et de brillantes personnes trop qualifiées qui se sont vu pointer la porte de sortie. Dans ce lot de rencontres si peu fortuites, il y a un déridant Olivier Gourmet qui se plaît à cabotiner. C'est principalement grâce aux exploits de José Garcia que cet humour noir et jaune fonctionne si bien. Il est parfait en pauvre bougre qui s'écarte du droit chemin pour ne pas déplaire à ses proches. Ses mimiques sont incroyables, son sens de la répartie s'avère souvent formidable et malgré tout ce qu'il peut faire, il est assez difficile de ne pas apprécier son personnage.

Comédie jouant souvent avec la tension dramatique du suspense, l'ambiance sonore est tout à fait adaptée aux situations. Une musique agressive, des aboiements de chiens, une sonnette stressante ou un tic tac incessant sortent des enceintes situées sur le côté pour river le spectateur à son siège. Cette pression particulière n'est pas équivoque et très souvent, la trame sonore très discrète s'efface pour laisser toute la place aux voix qui se comprennent presque instantanément (hormis un Olivier Gourmet qui bafouille à quelques endroits). Des sous-titres anglophones blancs de facture moyenne sont disponibles pour les gens qui ne maîtrisent pas parfaitement la langue de Molière. C'est un peu dommage que la qualité vidéo ne soit pas aussi intéressante. Les teintes vertes du début sortent sans entrave et la définition des contours est correcte. Le blocage se veut toutefois un peu trop omniprésent, apparaissant sur des toitures de maison, des collets et des chemises. Des contrastes mal définis rendent plusieurs séquences beaucoup trop blanches, alors que les scènes noires manquent de profondeur.

Ce problème est presque racheté par une présentation soignée. Le rouge et le noir dominent la pochette et il y a un visage de José Garcia en forme de... couperet. Très drôle! Le menu principal reprend cette thématique en proposant un lent montage de plusieurs instants, quelques éléments de l'arrière-plan qui bougent et une musique rythmée créant instantanément un climat de suspicion. Le bonheur ne peut être total, car la maigreur des suppléments est rapidement perceptible. Outre une bande-annonce courte et efficace, il n'y a qu'un documentaire de 26 minutes sur le tournage. Costa-Gavras est montré en action, tournant différentes parties en prenant soin de bien réussir ses plans. Le reste du temps, les acteurs (José Garcia, Karin Viard, Olivier Gourmet et Ulrich Tukur) parlent de leurs personnages, des joies de tourner avec le réalisateur, de ce livre presque impossible à adapter et du projet que personne ne voulait financer. Les informations nouvelles se font rares et le tout s'étire un peu en longueur.

Fidèle à son habitude, Costa-Gavras ne s'embrouille pas d'une mise en scène sophistiquée ou d'une réalisation léchée. Il filme sans fioriture, certes d'une façon un peu conventionnelle, en misant toujours sur la force de l'instant. Cela donne des scènes parfois un peu trop poussées, mais toujours franches, directes et évocatrices. Le tout ressemble sans doute trop au supérieur et plus profond L'emploi du temps de Laurent Cantet (les mensonges d'usage, la déroute du protagoniste principal, le manque de travail comme source de désarroi, Karin Viard en épouse multipliant les questions, etc.), sauf que l'humour, le rythme et la prestance de José Garcia sont quelques éléments non négligeables qui font de "Le Couperet" une charge intelligente et divertissante à savourer sans parcimonie.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments3
Vidéo6
Audio7