Le courage d'aimer
Christal Films

Réalisateur: Claude Lelouch
Année: 2005
Classification: G (QC)
Durée: 106 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
19 mars 2006

Possiblement une des plus belles surprises des dernières années que le retour aux sources du mésestimé Claude Lelouch. Avec son récent "Le Courage d'aimer", c'est une véritable symbiose de plus de 45 ans de carrière. Léger et irrésistible. Depuis au moins 25 ans que Claude Lelouch n'avait pas offert un film réussi. Entre les Hommes, femmes: mode d'emploi et son navrant And Now... Ladies and Gentleman, c'est l'étoile d'un des plus grands artisans du septième art français qui palissait. Même que pour son précédent Les Parisiens, il a offert de l'argent aux spectateurs pour venir assister à son long métrage! C'est enterré depuis belle lurette que l'homme derrière le majestueux Un Homme et une femme renaît de ses cendres. Tout ça grâce au bien nommé "Le Courage d'aimer" qui, à priori, ressemble à s'y méprendre à ses autres productions.

Ce phoenix suit deux histoires en parallèle. La première raconte les aventures d'un homme simple qui a réussi dans le domaine de la pizza. Il s'achète un manoir luxueux, convainc la riche propriétaire de rester en échange de son amour et cherche à améliorer son éducation légèrement déficiente. La seconde, beaucoup plus dramatique, met l'emphase sur un couple de musiciens sans le sou. Découverte par des gens influents dans une boîte de jazz, la fille décide de quitter son amoureux pour faire avancer sa carrière. Trois années plus tard, c'est plutôt le destin du délaissé qui prendra une tournure inattendue alors que la gloire et le succès l'attendent au passage. Le lien entre ces récits est deux sœurs jumelles vivant des aventures extraordinaires qui les marqueront à jamais.

Œuvre testamentaire, "Le courage d'aimer" est un portrait gonflé aux stéroïdes de la carrière de Lelouch. L'air est délibérément vieillot, le hasard est partout sans avoir de raison et le charme opère dès les premiers instants. En alternant les genres et les styles, le père de "Vivre pour vivre" multiplie les clins d'œil et les hommages à chaque tournant. Les thèmes, qui vont des éternels questionnements sur l'amour, la façon de perpétrer le meilleur vol possible et le suicide, rejoignent directement La bonne année et Le Voyou. Ce regard sur les médiums que sont la chanson, le cinéma ou le théâtre est finement exploré et soupesé, Lelouch prenant soin de ne pas tirer des conclusions trop hâtives. Il ne fait que filmer son art, pour le bonheur d'un tout et chacun.

L'interprétation, parfaite dans la note et dans le ton, mélange indiscutablement le talent musical et artistique. En amants séparés par le sort, Maïwenn et Massimo Ranieri sont d'une précision chirurgicale. Même s'ils sont plus compétents au chant, la passion filtre bien. À l'opposée du prisme sont les précieux Michel Leeb, Pierre Arditi et Arielle Dombasle. Effacée, leur présence est d'autant plus essentielle à solidifier cette base qui n'est, finalement, qu'une énième variation sur l'amour compliqué. Quant à Ticky Holgado, c'est toujours un plaisir de le revoir dans un de ses derniers films. En personnage miroir, Mathilde Seigner agit comme moteur de l'entreprise qui se nourrit de ses acolytes en demeurant le plus neutre possible.

La musique, toujours présente, est un moyen de véhiculer l'émotion comme dans le charmant Everyone Says I Love You de Woody Allen. Les leitmotivs sont légions et ils risquent d'accrocher immédiatement ou de repousser rapidement. Les artistes manquent de cordes vocales et leurs chansons laissent parfois à désirer, mais l'ambiance légère est assez irrésistible. Les voix sont toujours très audibles et les accents ne sont pas trop catastrophiques. Par moment, un protagoniste parle longtemps en italien et les sous-titres (inexistants) ne viennent jamais, mais ce n'est pas trop dramatique. Au milieu de ces atmosphères légèrement périmées (et c'est voulu ainsi), c'est un peu regrettable que les haut-parleurs situés sur le côté n'interviennent pas plus souvent. Il n'y a pratiquement que des bruits lourds ou des élans perdus de la trame sonore.

La perfection n'étant pas de ce monde, "Le Courage d'aimer" échoue le test de quelques éléments techniques. Tout d'abord, le rendu vidéo n'est pas très réussi. Les images sont incroyablement pâles et floues. Par moment, l'éclairage rend la peau des personnages jaunes. Il y a beaucoup de saignement de couleurs et un peu de blocage, principalement au niveau des chaises. De plus, la pochette n'est pas très inspirante. Quelques bandes-annonces de Christal Films sont disponibles en introduction servent de suppléments et c'est tout. Pour un documentaire sur le tournage ou une piste de commentaires, il va falloir passer son chemin.

Film troubadour qui s'éclate totalement avant de se répéter légèrement dans les dernières bornes, "Le Courage d'aimer" est un retour assez majestueux pour Claude Lelouch. Grâce à son dernier trésor, il arrive à faire sourire encore et encore, jusqu'à ce fabuleux générique qui semble ne plus vouloir se terminer. Charme perpétuel pour une des œuvres les plus kitchs jamais produites.


Cotes

Film7
Présentation3
Suppléments-
Vidéo5
Audio7