Il est plutôt drôle de retrouver sur nos tablettes, à quelques semaines d'intervalles, deux films provenant d'ex-pays socialistes, adaptations de livres de grands écrivains, et ayant pour thème central la montée d'arrivistes qui ne reculent devant rien pour s'enrichir et gravir les échelons sociaux. Avec le récent film tchèque de Jiri Menzel, Moi qui ai servi le Roi d'Angleterre, tiré d'un roman de Bohumil Hrabal et la parution ces jours-ci de "The Kaiser's Lackey", un film de l'époque de la République Démocratique Allemande (RDA - l'Allemagne de l'Est) et tiré d'une œuvre de Heinrich Mann, on ne peut que se réjouir.
Tiré des voûtes de DEFA , les studios de l'ex-contrée communiste, le film "The Kaiser's Lackey" ("Der Undertan" en version originale) de Wolfgang Staudte est un petit bijou de satire sociale. Il raconte la montée d'un jeune invertébré, Diedrich Hessling, qui s'aperçoit qu'en courbant l'échine et obéissant aux plus forts et aux plus autoritaires qui l'entourent et en pilant à son tour sur les plus faibles, il réussit à se tailler une place parmi les puissants. Sa dévotion fanatique à la grande nation germanique et à son empereur en feront un danger pour ses amis et son entourage, mais une superbe parodie des ultranationalistes pour nous, les téléspectateurs.
Il n'est pas étonnant de voir pourquoi le roman de Mann fit partie des livres brûlés lors de la prise de pouvoir du parti National-socialiste (NAZI). La critique violente du penchant germanique pour l'autorité et la droite en faisaient une cible parfaite pour les Nazis qui se sentaient visés ... avec raison. Et ce, même si le roman de Mann fût publié en 1918 (bien que terminé en 1914). Le film de Staudte fut lui aussi interdit à sa sortie, en 1951, en Allemagne de l'Ouest, mais pour d'autres raisons. Ce serait plutôt sa critique du capitalisme et l'inhumanité du patronat qui fit que le film fut interdit de diffusion pendant cinq années en RFA.
L'interprétation, la réalisation, le montage et la direction photo sont tous de haut niveau, ce qui fait de "The Kaiser's Lackey" un des grands films allemands de l'époque. Bien que l'image ait vieilli, le propos et la mise en scène restent modernes et nous permettent de savourer l'humour et la critique sociale contenue dans le scénario encore de nos jours.
Comme toujours avec des films datant d'une autre époque, la qualité vidéo et audio laisse à désirer. La copie maîtresse datant du début des années cinquante, les limitations techniques des moyens de l'époque sont ici assez apparentes. Tons noir et blanc ternes et image délavée et un son trop cassant. Si on y ajoute la détérioration normale due à l'archivage de plus de cinquante ans, on se retrouve avec quelques sauts dans l'image ou quelques déchirures et poussières momentanées. Heureusement, on a su faire un bon travail de nettoyage et de restauration, améliorant sensiblement le tout.
En suppléments on retrouve des biographies écrites du réalisateur et du comédien principal (Werner Peters), une remise en contexte historique des événements entourant la chronologie du livre, du film et de l'histoire allemande ainsi qu'une revuette, "Interpreting the Kaiser's Lackey", où un universitaire américain explique la controverse entourant la sortie du film à l'époque et l'importance de ce long-métrage dans l'histoire est-allemande.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |