Le réalisateur français Jean Becker demeure à la campagne pour "Dialogue avec mon jardinier", un film simple et gentil qui traite de classes sociales à l'heure du thé. De quoi rafraîchir le corps après une journée polluée à la ville. Un biscuit avec ça?
Un peintre (Daniel Auteuil) en instance de divorce fuit Paris pour se ressourcer à la demeure familiale de ses parents, en France profonde. Pour sauver son jardin, il décide d'engager un jardinier (Jean-Pierre Darroussin) à l'étonnante philosophie de vie. Au fil des discussions, ces deux hommes, qui ont déjà été amis dans leur enfance, nouent des liens très solides sur les femmes, l'art, la mort et le passage du temps qui se fait de plus en plus ressentir.
Les dernières œuvres de Jean Becker se reconnaissent instantanément. Une mise en scène discrète, l'omniprésence de la nature, la confrontation d'idéaux, un rythme lent où le vent s'entend presque souffler: entre Les enfants du marais, Un crime au paradis et Effroyables jardins, rien n'a vraiment changé. Sauf que cette fois, Jacques Villeret n'est plus au rendez-vous.
Au-delà de ce côté désuet très français, cette adaptation du roman d'Henri Cueco est surtout un film de personnages et c'est le duo masculin qui sauve le long-métrage de l'ennui. Il y a tout d'abord Daniel Auteuil, égal à lui-même, qui se retrouve presque (mais en moins convaincant) dans une version amicale du rafraîchissant Peindre ou faire l'amour. L'immense comédien ne force pas trop le jeu. Il est présent, candidement, comme ce clown blanc aussi charmant que pathétique. Autant tout ce qui touche son existence manque d'attrait (sa relation avec son épouse et les amours de sa famille ne sont très souvent que des accessoires), autant sa complicité avec Jean-Pierre Darroussin détonne.
Avec ses mimiques et son ton si unique, cet homme membre de la famille Guédiguian ne s'en laisse pas imposer. Bien au contraire. Il domine la majorité de ses scènes, prêchant par exubérance, en offrant parfois trop, s'avérant pourtant plein d'humanité. Cela ne l'empêche pas de rendre parfaitement les nombreuses émotions. Bizarrement, cette nouvelle production de Becker ressemble beaucoup à l'excellent premier film de Darroussin sorti il y a quelques mois: Le pressentiment. Sans la même maîtrise du sujet et le constat qui y découle. Il s'agit plutôt de combats de coqs entre comparses, le bourgeois qui change son regard au contact d'un être authentique, issu du peuple, qui vit pratiquement sans aucun regret. D'un côté comme de l'autre, il y a des avantages et des défauts, des éternels questionnements qui peuvent hanter pendant toute une existence.
La qualité de la photographie est indéniable. La nature vient apaiser l'âme, la rendant plus sereine. Quelques plans jouent avec la qualité de la lumière, rendant les textures encore plus intéressantes. Les couleurs sont plutôt jolies. Même si une certaine blancheur est de la partie (ironiquement, c'est la noirceur lorsque les personnages entrent en ville) et que du blocage peut apparaître sur des vêtements, les images et les contrastes demeurent plus que pertinents. Les pistes sonores francophones sont de bonne qualité. Les voix s'entendent parfaitement, d'honnêtes sous-titres anglophones blancs viennent rattraper quelques accents plus ruraux et les enceintes sur les côtés ne lésinent pas de bruits de pluie, de trains, de voitures et d'oiseaux. Rien de trop oppressant, seulement une atmosphère délicate. La musique, de type classique (de l'opéra, du Mozart), est assez rare, et elle apparaît directement à l'écran.
La pochette évoque la détente et le confort. Deux hommes pêchent la carpe et ils semblent heureux de leur prise. Le menu principal du DVD reprend ce concept avec un résultat souvent risible. Le fond bouge légèrement et il possède un air de papier mâché. Une animation très rudimentaire qui n'est pas complètement excusée par la belle mélodie en place. Aucun supplément n'est venu se greffer au produit final, ce qui est toujours décevant.
Outre cette belle présence masculine, "Dialogue avec mon jardinier" a peu à offrir. Un peu d'humour irrésistible (la scène de l'enterrement), des répliques spirituelles, de beaux décors et c'est pas mal tout. Les femmes n'existent pratiquement pas dans ces univers où règnent la testostérone et la confidence. Ici, la gentille campagne remporte la mise sur la méchante ville et les valeurs aux bons endroits auront toujours le dernier mot sur l'argent et le rang social. Dommage qu'au passage le rôle de l'art ne soit pas mieux défini. Restent les sentis Darroussin et Auteuil qui offrent des prestations très correctes sans toutefois surprendre par leur génie.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |