Émir Kusturica est un des cinéastes les plus méconnus en Amérique du Nord, et ce, pour des raisons qui ne s'expliquent pas et qui dépassent l'entendement. Pourtant, cet homme a remporté à deux reprises la palme d'or du Festival de Cannes pour ses films When Father Was Away on Business et surtout pour l'anthologique Underground en 1995, fresque qui demeure à ce jour le meilleur film qu'il m'ait été donné de voir. Mais avant d'atteindre ces sommets de la renommée internationale, il présenta une première œuvre intitulée "Do You Remember Dolly Bell" au début des années 1980, petit film présentant son Sarajevo natal qui fît son petit bonheur de chemin à travers différents festivals et qui fût primé à Venise par la récompense du meilleur premier film.
Ce film raconte l'histoire de Dino Zolje, jeune Yougoslave d'environ 16 ans qui découvre les joies et les peines de la vie dans la ville de Sarajevo au début des années 1960. Le tout commence au moment où les camarades à la tête du comité responsable du volet culturel décide d'encourager la musique ainsi que son enseignement et Dino et quelques copains sont vus comme les émissaires de ce programme qui cherche avant tout à donner à la jeunesse yougoslave une raison pour faire quelque chose d'autre que de fumer, boire et flaner. Parallèlement, Dino rendra service au dur à cuire du quartier en donnant refuge à Dolly, une jeune fille qui est sous sa protection et qui est destinée à la prostitution. Finalement, il passera du temps avec son communiste de père qui se meurt d'un cancer du poumon. L'été que s'apprête à vivre Dino en sera un mémorable où cohabiteront la réalité, le rêve, l'amour, la déception, l'exutoire, la vie et la mort.
Emir Kusturica annonce avec "Do You Remember Dolly Bell" sa vision unique du 7e art, une expérience qui fait de son cinéma et de la vie qui lui insuffle un instrument beaucoup plus puissant que celui de la propagande. Il évite les pièges du positionnement face à quelque chose, comme celui face au régime communiste dans le cas présent. Au contraire, il nous présente la vie de quartier d'une famille dans sa plus simple expression avec les pour et les contre du portrait politique, social et économique qui l'entoure. L'humour caustique donné à certains personnages, spécialement celui du père, donne toute la légèreté nécessaire pour faire de ce plat cinématographique, un festin pour les yeux, l'oreille et surtout l'intellect.
Le rendu visuel du film est quelque peu décevant. Le débit du transfert m'apparaît très faible et tous les segments sombres montrent une grande granularité en plus d'effets de "Ghosting". La pellicule est généralement propre, mais les couleurs possèdent un fini terne et mat. Le volet audio est légèrement plus reluisant. Manquant de dynamisme et de spatialité, on a tout de même droit à une piste sonore dans laquelle les dialogues sont clairs et où la musique résonne bien même si elle est étouffée. Même si on parle d'une piste Dolby Digital 5.1, tout se passe sur les canaux avant et l'arrière ne sert qu'a reproduire le signal avant.
Un menu minimaliste, présentant une image du jeune Dino et la silhouette de Dolly Bell nous accueille et sa navigation demeure très simple. Quelques suppléments sont offerts et nous avons droit à une entrevue faite avec Émir Kusturica. Il nous permet de partager sa vision unique du cinéma, de l'importance du cinéma américain jusqu'aux années 1970 et de son ineptie depuis. Il parle de l'importance de donner la place à l'histoire et à la vie dans le cinéma et de raconter les histoires avec une certaine retenue, citant au passage l'œuvre du grand Robert Bresson. Bref, une entrevue unique faite par cet iconoclaste du 7e art et qui se termine malheureusement en queue de poisson. Une galerie de photos et plusieurs bandes-annonces de films distribués par Koch complètent le tout.
"Do You Remember Dolly Bell" est un film qui mérite d'une vu et revu. À la fois sérieux et drôle, il vous fera partager l'été d'un jeune yougoslave qui y découvrira la vie, ses joies et ses tristesses. Koch nous permet de mettre la main sur ce petit morceau d'humanité et je les en remercie, mais il est juste dommage que la qualité vidéo et audio ne soit pas au rendez-vous. Et si vous ne demandez mon avis, je vous dirai que l'investissement en vaut définitivement le coût.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |