Le monde du cinéma ne tourne pas rond. En novembre dernier, le réputé cinéaste Costa-Gavras était de passage à Montréal pour présenter son nouveau film "Éden à l'Ouest" lors du festival Cinémania. Son dernier long-métrage, mineur, mais tout de même fort intéressant, n'a jamais pris l'affiche dans les salles québécoises. Heureusement, une compagnie de distribution a eu l'excellente idée de sortir sa missive en format DVD.
Élias (Riccardo Scamarcio) est un immigrant illégal qui parcoure l'Europe pour se rendre à Paris. Sur son chemin, il va faire la rencontre de gens qui vont l'aider dans son périple, et d'individus qui feront tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.
La situation des sans-papiers est préoccupante à une époque où la mondialisation ouvre les frontières... mais certainement pas pour tout le monde. Après l'éblouissant Welcome de Philippe Lioret, c'est au tour de Costa-Gavras d'accoucher d'une œuvre très personnelle (le réalisateur est lui-même un fils d'immigré) qui porte sur cette douloureuse thématique. Ouvert sur le monde, le créateur de l'illustre Z (B002IVDLH8) cherche l'humanité au sein de cette odyssée presque homérique, ne désespérant pas devant les failles - et les possibilités - de l'Homme.
Son road-movie, parfois trop linéaire, se veut d'abord et avant tout politisé. Il fustige la situation européenne (et surtout française), faisant des parallèles avec plusieurs minorités (comme les gitans et les sans domicile fixe). Ce choix se répercute légèrement sur les personnages moins approfondis qui ne font souvent que passer. Dans le rôle principal, Riccardo Scamarcio fait parler son physique plus que ses mots, car il a énormément de difficulté à communiquer avec ses semblables. Fidèle à ses habitudes, l'homme derrière le solide Le couperet n'oublie pas de tout arrosé d'un humour corrosif qui fait un grand effet.
Les langues de Babylone se multipliant au tournant (il y a notamment du français, de l'anglais, du turc et de l'italien), il n'est pas surprenant d'apprendre que les voix s'entendent parfaitement et qu'il y a de visibles sous-titres blancs francophones qui s'affichent automatiquement. Ce qui est plus étonnant - et ce, positivement - est le soin apporté à la piste sonore en Dolby Digital 5.1 qui ne lésine jamais sur les différentes enceintes, les martelant de bruit de vagues, de vent, de pluie et d'aboiements. De quoi être transposé dans le feu de l'action. Les images, un brin moins éclatantes, sont toutefois solidifiées par des couleurs justes, des teintes soignées et de très agréables contrastes.
La pochette simple - presque simpliste - montre le jeune protagoniste pensif, regardant droit devant lui. Le menu principal du DVD offre une succession de séquences en mouvement sur une sobre mélodie à la guitare. Aucun supplément ne vient compléter le récit.
"Éden à l'Ouest" n'est pas le meilleur effort de Costa-Gavras. Les personnages manquent parfois de nuance et le tout ne marque pas autant les esprits comme pouvaient le faire plusieurs de ses précédents opus. En revanche, son style est immédiatement reconnaissable, tout comme ses considérations humanistes et politiques qui rappellent les injustices omniprésentes de la société moderne. Et celles, plus futiles, mais néanmoins présentes, du septième art québécois, qui n'a même pas distribué cette offrande dans les salles de cinéma, alors qu'elle provenait d'un des plus grands metteurs en scène vivants de l'Hexagone.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |