Lorsqu'il y a trop de bons sentiments, une histoire qui a un potentiel certain peut fondre comme neige au soleil. C'est ce qui arrive à "La educacion de las hadas" ("L'éducation d'une fée" en version française), une adaptation mièvre du célèbre livre de Didier Van Cauwelaert.
Nicolas (Ricardo Darin) est au septième ciel. En effet, il vient de se marier à la belle Ingrid (Irene Jacob) et il s'entend particulièrement bien avec le fils de cette dernière, qui répond au nom de Raul (Victor Valdivia). Un jour, sans crier gare ni lui expliquer pourquoi, sa femme parle de le quitter. Nicolas, qui est incapable d'affronter la réalité, se confie à la caissière Sezar (Bebe). Peu importe sa décision, il ne veut surtout pas faire de mal à Raul, ce jeune garçon qui s'invente des mondes imaginaires pour être heureux. Et si la fantaisie et le réel se rencontraient au détour?
Malgré ses 95 minutes, ce nouveau film de José Luis Cuerda est loin de passer à la vitesse de l'éclair. Au contraire, le réalisateur prend son temps pour élaborer ses personnages, dessiner les situations et faire exister les sentiments d'amour et de perte. Les séquences de féerie entre l'adulte et l'enfant succèdent aux scènes plus torrides entre le mari et sa femme, ou aux segments où la jeune caissière cherche à se sortir de sa torpeur. Au passage, il y a plusieurs ellipses temporelles qui sont de mise et ce, pour mettre un peu de piquant au sein de ce scénario plutôt linéaire.
Malgré tous ces effets de style, le long-métrage tourne à vide. Les premiers responsables sont les comédiens qui n'arrivent jamais à rendre très attachants leurs personnages. Ricardo Darin ne semble jamais complètement sincère, Irene Jacob se réfugie dans un mystère qui laisse totalement indifférent et Bebe joue sans émotion. Le ton particulièrement kitch et collant n'aide pas non plus. La romance est à l'eau de rose et le mélo domine la moitié du récit, et particulièrement cette finale attendue qui n'a pas l'effet escompté. Au passage, il est plutôt difficile d'expliquer ce mariage fulgurant et tous ces secrets qui existent entre des amoureux passionnés...
Là où l'œuvre surprend, c'est du côté de sa cinématographie. La photographie est majestueuse, avec cette forêt qui prend vie et cette utilisation intelligente de la nature. Même s'il y a un peu de blocage et que les contrastes manquent de tonus, la définition des contours est exemplaire et les couleurs ne saoulent pas. Les images vieillissent pourtant trop rapidement au contact de la musique poussiéreuse qui multiplie le piano pour soutirer le maximum de larmes. Une technique un peu grosse et lourde. Les voix ne sont également pas très élevées, mais puisqu'il n'y a que de l'espagnol au rendez-vous (au sein d'une piste sonore en Dolby Digital 2.0 sans grand attrait), ce n'est pas la fin du monde. L'important, c'est que les sous-titres blancs en français et en anglais soient visibles et c'est justement le cas ici.
Même la pochette est particulièrement désuète. Elle montre les quatre principaux comédiens aux sourires proéminents et ils sont entourés de feuilles. Rien pour piquer immédiatement la curiosité. Le menu principal du DVD reprend le tout en demeurant très statique. Seule une mélodie douce s'affiche et elle n'est pas là très longtemps. Encore une fois pour un film étranger qui n'a pas connu un immense succès sur le territoire américain et canadien (il n'y a même pas eu de sorties en salles), aucun supplément n'est disponible pour accompagner et poursuivre le visionnement.
Sans être à la hauteur du roman, "L'éducation d'une fée" aurait pu émouvoir grâce à ses mots et à ses émotions. Ce n'est pourtant que trop rarement le cas. Une superbe photographie et une prémisse plus que prometteuse ne peuvent remplacer des comédiens étincelants et une ligne directrice qui sait se tenir loin du mélo collant. Pour José Luis Cuerda, les bonnes intentions et les bons sentiments auront pesé trop lourd dans la balance de la subtilité. Meilleure chance la prochaine fois.
| Film | 5 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |