The Edukators
RemStar / Alliance Atlantis

Réalisateur: Hans Weingartner
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 124 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51), Allemand (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
10 décembre 2005

Hans Weingartner est ce que l'on pourrait appeler quelqu'un d'engagé. Pour son film "The Edukators", il pigea à même ses expériences et ses écarts de jeunesse, alors qu'il était activiste qui repoussait d'embrigadement, pour créer un canevas complexe dans lequel la maxime qui dit que les révolutionnaires d'aujourd'hui sont les réactionnaires de demain prend tout son sens.

Ce canevas dresse le portrait de Jan (Daniel Bruhl) et Peter (Stipe Erceq), deux jeunes idéalistes qui deviennent la nuit des "Edukators", c'est-à-dire des activistes qui forcent les résidences de personnes riches pour simplement y déplacer les meubles cherchant à ébranler la quiétude de leur propriétaire et leur sentiment de sécurité. C'est alors qu'entre en scène Jule (Julia Jentsch), petite amie et Peter qui se voit évincée de son appartement, ne pouvant faire face aux dettes qu'elles traînent depuis un accident de la circulation où elle percuta l'arrière d'une Mercedes d'un homme d'affaires appelé Hardenberg (Burghart Klaussner) et pour lequel elle doit rembourser les frais de réparation qui s'élèvent à près de 100 000 euros. Alors que Peter part en voyage pour l'Espagne, Jan s'offre pour aller donner un coup de main à Jule qui doit remettre son appartement impeccable avant de le quitter. Se trouvant réciproquement d'agréable compagnie, Jan dévoile son secret à Jule et lui explique la façon dont ils opèrent. S'apercevant qu'ils sont dans le secteur du conducteur à qui elle doit rembourser une petite fortune, ils décident d'enfoncer sa demeure pour en refaire la décoration. Ils devront cependant y retourner, car Jule y a oublié son cellulaire et cette visite sera de trop. Étant intercepté par le propriétaire, ils n'auront d'autres choix que de le kidnapper et l'emmener dans un chalet isolé, le temps de penser comment ils vont résoudre ce faux pas.

Cette œuvre cherche à conscientiser les gens sur le pouvoir économique sans cesse grandissant des multinationales qui base son système de valeur sur l'argent et non sur le capital humain. La petite révolution menée par les protagonistes est sympathique et pacifiste et elle ne cherche qu'à égratigner les fondations du système capitaliste dans lequel une infime minorité de gens gagnent des salaires indécents. Si l'exercice est mené avec un grand doigté, c'est ce qui suit qui donne au film une profondeur insoupçonnée. Les discussions entre les trois jeunes idéalistes et cet homme d'affaires qui fut jadis un activiste qui défendait une cause tout aussi noble que la leur sont savoureuses. D'ailleurs, le cinéaste a dit à propos du personnage d'Hardenberg qu'il est précisément devenu ce qu'il dénonçait. Au cours d'une vie, les gens se transforment, ils orientent leurs énergies vers d'autres objectifs, sans doute plus égoïstes. Ils deviennent fatalistes. Ils n'ont pas rejeté leurs valeurs, ils les ont trahies sans le savoir. Le réalisateur tourna son film entièrement en numérique, sans éclairage artificiel et souvent caméra à l'épaule. Il a volontairement travaillé en petite équipe et avec un budget réduit, question d'efficacité. Je trouve malheureux que plusieurs aient condamné ce film (il fût perçu comme le mouton noir de la cuvée 2004 du Festival de Cannes), le voyant comme étant une œuvre cloisonnée et figée. Après tout, il n'y a pas de mal à prendre position, surtout quand on est quelqu'un d'engagé comme l'est le cinéaste. On peut reprocher au film une certaine cassure de rythme vers les deux tiers et une certaine longueur, mais au-delà de ces quelques bémols se trouve un film de substance qui amène une réflexion sur la société moderne et le pouvoir du capitalisme.

Le transfert vidéo est des plus impressionnants. Le fait de l'avoir tourné en numérique aide certainement la cause. Nous avons droit à une image contenant un très bon niveau de détail. Des noirs très profonds permettent un excellent contraste des couleurs et aucun artefact de digitalisation n'a été détecté lors du visionnement. Bref, du travail très propre. Deux trames sonores (Allemand et Français) de format Dolby Digital 5.1 sont offertes. La trame originale est sensiblement plus dynamique que la trame française et les deux offrent un champ sonore assez vaste. Les canaux arrière ne sont pas souvent sollicités, mais quand ils sont mis à contribution, ils nous plongent dans une belle ambiophonie. Les trames sonores en français de format Dolby Digital 5.1 ne sont pas légion au Québec et le fait d'en retrouver une d'excellente qualité mérite d'être souligné.

Quelques suppléments ont trouvé place sur cette édition DVD. Une revuette sur le tournage du film d'environ 24 minutes est un agréable complément au film. Le cinéaste nous explique sa façon de travailler et c'est en mélangeant les coulisses du tournage aux entrevues faites avec les comédiens et l'équipe de tournage qu'il y arrive. La recette est très différente de ce que l'on est habitué de voir sur les DVD faits par les majors hollywoodiens et on devrait reprendre cette façon de faire qui est drôlement plus naturelle et fluide. Un deuxième et dernier supplément d'une dizaine de minutes nous montre des scènes cocasses. On y voit les comédiens parler de drague et de sexe sur caméra libre et je dois dire que le comédien Stipe Erceq est un phénomène de testostérone. Encore là, je m'attendais au traditionnel "Gag Reel" montrant des scènes ratées du film alors qu'ici on se retrouve devant les coulisses du tournage. Au final, c'est moins cocasse que prévu, mais drôlement agréable à regarder. Ces deux suppléments sont présentés en allemand et des sous-titres anglais ou français sont disponibles au besoin.

"The Edukators" est un intéressant constat que nous livre Hans Weingartner sur le changement qui s'opère en nous avec les années. L'édition DVD que nous propose Alliance Atlantis / Remstar est de très bonne qualité et se compare très avantageusement à l'édition américaine de Sony Pictures de par sa section de suppléments et de par sa présentation sobre et agréable à l'œil.


Cotes

Film8
Présentation3
Suppléments4
Vidéo9
Audio8