Avec plus d'une quarantaine de films à son actif dans les vingt dernières années, le prolifique Johnnie To est presque une institution à Hong-Kong. Son oeuvre nous propose une collection riche et éclectique de films d'à peu près tous les genres et il a travaillé avec tous les acteurs de premier plan de l'ancienne colonie britannique. À la tête de la compagnie de production qu'il a créée en 1996, le cinéaste demeure synonyme de travail de qualité parsemé d'éclairs de génie, particulièrement dans ses films de gangsters minimalistes, comme l'incontournable The Mission (1989), PTU (2003), et l'excellent Exiled (2006). Un an avant ce dernier, alors que l'industrie cinématographique de Hong-Kong, en panne de créativité malgré le succès de la trilogie Infernal Affairs, tente de sortir de sa crise existentielle, Johnnie To réalise "Election" ("Hak se wui"), une étude réaliste, mais plutôt terne, sur les rouages des triades, déchirées entre les traditions et la modernité.
À tous les deux ans, les membres seniors de la plus ancienne des triades de Hong-Kong, la "Wo Shing Society", se rencontrent pour élire un nouveau président. Lok (Simon Yam), respecté par les "Oncles", est le favori pour l'emporter, mais son rival Big D (Tony Leung Ka Fai), avide de pouvoir et méprisant les traditions, utilisera l'argent et la violence pour tenter d'influencer le vote. Lorsque le Baton à Tête de Dragon (symbole d'unité et d'acceptation) disparaît, une lutte sans merci éclate entre les deux camps et la course pour récupérer le précieux objet menace l'unité et l'avenir de la "Wo Shing".
Primé à la 25e édition des Oscars hongkongais (meilleur film et meilleur réalisateur, entre autres), "Election" est souvent comparé à tort à The Godfather. Bien que l'influence de Coppola, ainsi que celle de Melville, se fasse sentir dans la mise en scène et le rythme lent et délibéré, ce film aux allures de polar des années 1980 n'a pas le souffle épique de celui du réalisateur américain. En fait, mise à part la minutie avec laquelle le réalisateur explore les codes, les rituels et les mécanismes du fonctionnement des triades, le film n'apporte rien de nouveau ou d'original à un genre qui a été maintes fois abordé auparavant. Les thèmes de l'honneur, de la loyauté, de la fraternité et de la trahison dominent, mais la tension dramatique est presque complètement absente, même durant les rares scènes d'action et lors de la finale coup de poing d'une violence extrême. En dépit de la qualité de l'interprétation, de la cinématographie et de la maîtrise technique d'un cinéaste qui n'a pas son pareil (avec Michael Mann) pour filmer la rue de nuit, le spectateur, confronté au manque de suspense et à une foule de personnages qui lui paraîtront parfois interchangeables, aura bien du mal à s'y retrouver et à se laisser absorber par l'univers présenté dans "Election".
Le transfert anamorphosé est acceptable. L'image est propre, mais un peu granuleuse et parfois floue. Certaines scènes paraissent beaucoup trop sombres et le rendu des noirs manque de netteté, occasionnant une perte au niveau des détails. Les couleurs sont naturelles et je n'ai noté aucun problème de compression ou d'accentuation des contours. La piste audio fait le travail même si elle n'est pas très dynamique. La séparation des canaux avant est nette, mais les effets ambiophoniques manquent de punch et l'enceinte des graves est peu mise à contribution. Les dialogues sont clairs et les sous-titres sont faciles à lire. La présentation et les menus sont standards et aucun supplément n'est offert sur cette édition à part la bande-annonce du film.
Je suis un fan de Johnnie To depuis longtemps, mais dans "Election", on sent le réalisateur coincé entre le souci du réalisme et les impératifs commerciaux. Il réussit dans le premier cas, mais pas dans le second. Même si la signature typique du réalisateur est présente et qu'il dépeigne avec justesse le milieu des triades et les conflits entre les traditions et la modernité, son film peine à captiver et à divertir. Heureusement, la suite, Election II, est de beaucoup supérieure.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |