Electric Shadows
First Run Features / Asia Society

Réalisateur: Xiao Jiang
Année: 2004
Classification: NR
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Mandarin (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
19 août 2006

Exploration du passé cinématographique de la Chine par l'entremise d'"Electric Shadows", un drame longuet qui bouleverse dans les derniers moments.

Un homme à vélo (Xia Yu) heurte par mégarde une jeune femme prénommée Ling Ling (Qi Zhongyang). Pour se venger, celle-ci décide de lui asséner un coup de brique au visage! Une fois sorti de son lit d'hôpital, le sympathique blessé reçoit une surprise de son agresseur. Il devra nourrir des poissons pendant que la fautive répond aux questions des policiers. À contrecoeur, il se rend dans un lieu sombre pour découvrir des merveilles, dont un journal intime racontant les péripéties de Ling Ling et de sa mère (Jiang Yihong). Une lecture prenante qui deviendra rapidement plus que personnelle.

"Electric Shadows" (ou "Meng Ying Tong Nian" en version originale) est une traduction un peu quelconque de "Dianying", qui signifie en mandarin "cinéma". Tout dans ce long-métrage touche à l'univers du septième art. Les personnages veulent devenir réalisateur ou acteur, des films changent leur vie et des évènements importants surviennent sans cesse pendant des projections publiques. Cet amour est doublé d'un regard juste sur l'évolution du système politique chinois des années 1970 et 1980 avec la venue de Nixon, les musiques interdites, la propagande flagrante, les révolutionnaires en fuite, les contraintes sociales, l'extase devant un élément étranger et la nécessité de faire passer les hommes devant les femmes. Le temps s'écoule lentement et trop souvent, ce sont toujours les mêmes cycles qui se répètent.

La famille est également une pièce maîtresse du récit avec ces relations manquantes ou manquées, cette jalousie ambiante, ce destin triste et cruel. Souvent prévisibles, escomptées et même tirées par les cheveux, les péripéties prêchent par leur absence de surprises. L'utilisation d'ellipses non chronologiques comporte de nombreuses longueurs, un comble pour une œuvre d'à peine 95 minutes. Lorsque l'émotion triomphe vers la fin, l'intérêt revient en même temps que le côté mélo, appuyé et bien fait. Ce mélange de béatitude et de formalité s'extrapole au sein des personnages, diamétralement aux antipodes. Les deux interprètes féminines sont généralement extraordinaires, alors que leurs collègues masculins (dont les jeunes enfants) peinent à trouver le bon ton. Un sourire proéminent pendant une séquence dramatique n'obtient pas l'effet espéré. Seulement le contraire: une scène manquant cruellement de crédibilité.

Les premières images sont trompeuses. Les cités rappellent indéniablement celles du brillant Chungking Express, une stylisation qui n'est pas représentative du résultat final. Ce sont plutôt des décors simples toujours parfaits, une recréation appliquée et ingénieuse ponctuée de très beaux paysages. Malheureusement, les qualités vidéo ne sont pas extravagantes. Les égratignures sont nombreuses et le blocage semble de tous les instants. Le contraste édifiant entre les zones pâles et foncées semblent toutefois voulu, donnant à l'ensemble un petit côté surréel. L'utilisation d'archives est également une idée bienvenue et les transitions sont souvent réussies. Ces successions salvatrices se matérialisent également sur le plan sonore. Les cris d'une foule deviennent les pleurs d'un bambin. La trame sonore de Zhao Lin fera beaucoup d'adeptes. Elle est lumineuse, englobante, chargée d'une passion évocatrice. Sa présence évite de justesse le remplissage larmoyant d'usage et sa juxtaposition à quelques sons est louable. Des numéros de chant feront toutefois grincer les dents par leur côté agressant. Les voix claires et très audibles sont doublées de sous-titres anglophones blancs moyennement appropriés. Le style, la couleur et l'orthographe sont sans tache et n'entravent jamais les images. Sauf que la grosseur des caractères joue avec la patience des yeux.

Pochette élégante aux charmes perpétuels, un seul regard sur Jiang Yihong et sa jolie robe encourage un visionnement presque immédiat. Le menu principal du DVD reprend la même pose en la déformant partiellement. Un style évoquant les films vieillots. Une superbe pièce musicale lyrique et instrumentale baigne la navigation fluide et évidente. Souvent intéressants, les suppléments favorisent la lecture. Il y a donc des textes présentant la réalisatrice Xiao Jiang et quelques anecdotes sur son premier long-métrage partiellement autobiographique. Les notes de productions écrites parlent des œuvres qui ont touché les personnages du film. Il y a également une courte biographie de la cinéaste, une galerie de seulement dix belles photos et quatre bandes-annonces de diverses productions. Des ronds rouges sont également sélectionnables et ils expliquent la nature des mandats des compagnies First Run Features et Asia Society.

Petite histoire inspirante et poignante par moment, "Electric Shadows" a le mérite de présenter une nouvelle facette de la Chine, ainsi que de jolies comédiennes talentueuses. Les imperfections sont nombreuses, mais elles sont généralement normales pour un premier film. Le temps ne peut qu'arranger les choses.


Cotes

Film6
Présentation7
Suppléments5
Vidéo4
Audio6