Pour un fan du genre, les films d'horreur intelligents et efficaces sont plutôt rares. La tendance américaine s'enlise dans le gore extrême (Hostel, Saw), recette reprise non sans un certain succès par une nouvelle génération de réalisateurs français (Haute Tension, À L'intérieur, Frontière(s)), et le cinéma d'horreur asiatique fait du sur place, se copiant allègrement lui-même. L'excellent "The Orphanage" ("El Orfanato"), du cinéaste espagnol Juan Antonio Bayona, nous arrive donc comme une bouffée d'air frais, dosant avec subtilité drame, fantaisie et horreur pour nous offrir une allégorie touchante sur la foi, l'espoir et l'amour.
Laura (Belén Rueda) a passé son enfance dans un orphelinat. Trente ans plus tard, elle y retourne avec son époux Carlos (Fernando Cayo) et son fils de sept ans Simon (Roger Princep), dans le but de transformer le bâtiment en centre d'hébergement pour enfants handicapés. La nouvelle demeure réveille l'imagination de Simon, convaincu d'avoir trouvé un nouvel ami nommé Tomas. Ce nouvel ami "imaginaire" ne semble pas inquiéter Laura et Carlos, jusqu'à ce que des incidents surnaturels et une vieille dame un peu timbrée viennent troubler la famille. Lorsque Simon disparaît mystérieusement, Laura devra confronter ce qui hante l'orphelinat, qui résonne de l'écho lointain de ses propres souvenirs d'enfance.
Il n'est pas étonnant de voir le nom de Guillermo Del Toro associé à ce projet (à titre de producteur exécutif), puisque l'on reconnaît ici la marque du réalisateur de The Devil's Backbone et de Pan's Labyrynth. L'univers créé par Juan Antonio Bayona mélange fantaisie et réalité, bien que son approche soit plus directe et omette les références historiques. Le scénariste Sergio G. Sanchez trouve le parfait équilibre entre l'horreur et le drame, mais c'est dans le second aspect que le film trouve toute sa profondeur. Les tentatives de Laura de retrouver son fils et de se reconnecter avec ce qui hante son passé comportent une charge émotive sombre et touchante marquée par le jeu sublime de Belén Rueda. Certains effets sonores (vent, craquements de branches) paraissent répétitifs et quelques moments visant à faire sursauter le spectateur sont prévisibles, mais demeurent efficaces. Géraldine Chaplin fait une apparition remarquée dans le rôle d'un médium bien que cette scène s'étire inutilement.
Le transfert anamorphosé proposé sur cette édition est bon, mais malheureusement, le ratio de 1.78:1 ne respecte pas le ratio original de 2.35:1. L'atmosphère sombre et morose du film est bien rendue par une image claire et propre, bien qu'un peu granuleuse. Le niveau des contrastes et des détails est acceptable, mais ne rend pas entièrement justice à la superbe direction photo. La morosité est parfois brisée par de brèves séquences ou le soleil et les couleurs vives font leur apparition, et la palette est rendue avec justesse. La piste audio est assez dynamique, mais manque d'équilibre puisque les arrières n'arrivent pas à rendre l'environnement sonore totalement immersif. La séparation des canaux avant est nette, les dialogues sont clairs et les sous-titres faciles à lire. Les menus animés sont de facture standard et quelques suppléments intéressants sont offerts, dont une entrevue avec Guillermo Del Toro et Juan Antonio Barona, la revuette "Tomas's Story" et quelques scènes coupées.
Le thème abordé n'est pas particulièrement original, mais le scénario efficace, la mise en scène habile et la prestation remarquable de Belén Rueda font de "The Orphanage" un fascinant drame d'horreur, qui excelle par son exploration poignante et envoûtante du coeur et de l'âme de Laura.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |