Emanuelle est la figure légendaire de l'érotisme léger. Au départ, il s'agissait d'un film français réalisé en 1974 qui a connu un immense succès presque partout sur son passage. De quoi engendrer des suites et des nouvelles versions qui n'ont, bien entendu, aucun rapport avec l'original. Après que la jeune nymphe au corps de déesse ait notamment exploré Rio, l'Égypte, Hong Kong, Cannes, Taboo Island et la plupart des autres endroits de la planète, la voici en vedette dans "Emanuelle, Queen of the Desert".
Emanuelle (Laura Gemser) est nue et elle se promène dans le désert. Son corps, resplendissant, attire rapidement l'attention d'un soldat dévergondé. Il doit toutefois faire attention à lui, car la beauté sauvage a un plan en tête. Elle veut se venger de quelques membres d'une faction de guérilla qui l'ont beaucoup fait pleurer dans le passé. Pour y arriver, elle use de ses charmes certains, de quoi révolter les nombreux groupes de libéralisation de la femme.
Tout et n'importe quoi est prétexte à une suite. D'un côté, il y a l'icône d'Emanuelle et de l'autre, un thème aussi éculé et universel que la vengeance. Deux mots qui ont donné l'idée au réalisateur Bruno Fontana d'adapter son propre roman The Time of The Wild Beast. Le résultat y est pourtant décevant. Hormis les dix premières minutes, il n'y a absolument rien de très excitant dans cette escapade sous le soleil où les femmes sont des victimes et les hommes des tortionnaires. Au départ, l'enjeu de ces longs-métrages médiocres était de séduire la rétine, un objectif que n'arrive jamais à satisfaire cette production fauchée.
Car ce "Emanuelle, Queen of the Desert" aimerait jouer dans la cour des grands. Guerre, viol, meurtres, passion, trahison : la grande saga est envisagée avec un sérieux qui fait souvent pitié. Pour y parvenir, il fallait tout d'abord embaucher des acteurs avec un minimum de classe et de sérieux. Ce n'est pas le cas ici. Les personnages sont stéréotypés, les comédiens en mettent trop et la protagoniste ne s'avère jamais crédible lorsqu'elle pleure. Le récit tortueux n'aide pas non plus. Il y a bien quelques retours dans le passé, sauf que la mise en scène n'exploite jamais cette ellipse temporelle. Elle préfère enchaîner les situations attendues et les dialogues risibles ponctués de sacres.
Les qualités techniques n'aident toutefois pas à apprécier le tout. Le long-métrage n'a pas 30 ans et il semble en posséder 60. Les images sont vieilles et les couleurs demeurent presque toujours fades. La plupart du temps, les teintes sont beaucoup trop blanches. Tout y est étincelant pour rien. Dans le noir, c'est exactement le contraire. La pénombre est de tous les instants, ce qui ne permet pas de bien voir l'action et les personnages. Et c'est sans compter ce grain omniprésent, ces égratignures abondantes et ces brûlures qui apparaissent fréquemment.
Le fiasco se redresse à peine au niveau audio. Le contexte de la jungle, du désert, des cris d'animaux et du vent qui souffle dans les broussailles n'est jamais exploité convenablement au sein de cette piste sonore désuète qui est disponible uniquement en anglais. Les dialogues s'entendent difficilement, car les voix semblent provenir de bulles qui déforment les différents timbres sonores. Pauvres oreilles, surtout qu'il n'y a aucun sous-titre de disponible. La musique ne subit heureusement pas ces effets secondaires. Les mélodies exotiques font souvent rires, comme ces synthétiseurs kitchs qui semblent lorgner - imagination et inspiration en moins - vers l'excellent groupe Kraftwerk.
C'est terriblement dommage, parce que la présentation est loin d'être hideuse. La pochette montre une jeune femme qui semble avoir du plaisir et une dune langoureuse. Le menu principal du DVD offre plutôt l'image fixe d'une demoiselle qui regarde le spectateur. Les textures laissent croire que le tout a été fait à la main et la musique campe rapidement l'ambiance. Surtout que la navigation est simpliste au possible. Il est seulement possible d'accéder à une scène en particulier. Pour une rare fois, l'absence de bonus n'est pas une catastrophe. Quoiqu'une piste de commentaires aurait pu permettre au réalisateur d'expliquer ses choix finaux.
Film italien sans envergure également connu sous le nom de "The Dirty Seven", "Emanuelle, Queen of the Desert" est loin d'être un sommet de la célèbre série. Il se trouve même aux antipodes. Lorsqu'il n'y a rien de très excitant à voir ou à ressentir, c'est que l'entreprise est ratée. Il faudra donc se retourner vers les autres produits du même genre qui préfèrent montrer plus qu'une paire de seins que des corps ensanglantés.
| Film | 2 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 3 |
| Audio | 4 |