L'Enfant
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateurs: Jean-Pierre Dardenne, Luc Dardenne
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
6 août 2006

Comme toujours, le cinéma social des frères Dardenne dérange par sa cruauté et son réalisme. Sans jamais se répéter, "L'enfant" continue à poser un jalon extraordinaire dans une filmographie qui l'est tout autant. Une Palme d'Or solide et sans faille.

Sonia (Déborah François) n'a que dix-huit ans, mais elle est déjà la mère du jeune Jimmy (un bébé interprété par une quarantaine de poupons différents). Sans un sou, elle habite avec le jeune père, Bruno (Jérémie Renier), vingt ans, qui s'amuse dans la vie en faisant de multiples larcins en compagnie d'amis qui sont encore dans l'adolescence. Un jour, il commet l'impensable: vendre sa progéniture pour quelques billets. En apprenant le désarroi de son amoureuse, il fera tout pour réparer sa gaffe, ce qui l'amènera, peut-être, à repenser entièrement son existence.

Les films de Jean-Pierre et de Luc Dardenne ne laissent pas indifférents. Ce sont des inquisitions pertinentes et incroyablement véridiques sur les modes de vie de l'humain moyen. "L'enfant" ne fait pas exception. Même s'il s'agit facilement de leur long métrage le plus accessible, le style du terrible duo de la Belgique se fait ressentir. Aucune musique, une caméra claustrophobe axée sur les protagonistes (moins infernale que chez Rosetta) et beaucoup de déplacements. Très souvent, c'est le corps des jeunes acteurs qui parle au lieu de leurs bouches. Le message est terrible. Les parents sont parfois plus enfants que leurs propres enfants. Isolée, la jeunesse tarde à jouer son rôle et elle a besoin d'une main protectrice pour la guider dans le droit chemin. Laissée à elle-même, elle erre sur cette terre dénaturée de richesses, le tout accentué par une caméra qui puise dans les détails pour laisser émaner un spleen perpétuel et drabe.

Principal véhicule de ce regard humaniste, les acteurs sont trop parfaits pour décevoir. Déborah François est d'une justesse et d'un désarroi infini, capable d'être le soleil ou la pluie de son entourage. Son minois étincelle et, sans ravir le titre à Émilie Dequenne en tant qu'héroïne par excellence, elle arrive en bonne deuxième position. Jérémie Renier, déjà figure importante de La Promesse (l'œuvre de 1996 qui a établi les frères Dardenne comme point de référence), est génialement délirant. Même si la plupart du temps, le spectateur voudra lui assener une taloche, impossible de ne pas se laisser prendre au jeu. Ce couple formidable (les scènes de baisers sont hallucinantes de fraîcheur) est tellement intense que la distribution secondaire (qui comprend le vieux routier Olivier Gourmet) semble s'éclipser à la première occasion.

Ce nouveau sommet ne semble toutefois pas aussi étincelant que Le Fils. L'émotion, indissociable à ce type de cinéma, n'est pas toujours très évidente. La fin est bouleversante, mais rares sont les moments où la tension prend toute la place comme c'était le cas dans les deux précédents longs métrages des réalisateurs. Elle n'est pas absente, seulement peu éclatante.

Fidèle à la réalité, l'image transpose magnifiquement des régions inhabitables en éliminant le moindre enrobage technique. Le cadre précis offre une multitude de détails intéressants, comme ce difficile destin entourant les protagonistes. La couleur juste donne un très bon niveau de gris, de blanc et de noir, des leitmotivs présents un peu partout. Si les écritures apparaissant au générique sont difficiles à lire, les sous-titres jaunes sont superbes et leur visibilité est infaillible. La présence d'une trame sonore Dolby Digital 5.1 peut être trompeuse, car le film n'a que faire de telles possibilités. Quelques bruits d'automobiles et une ville qui s'endort peuvent se faire entendre sur les enceintes situées sur le côté et le tour est joué. Pour le reste, il n'y a aucune musique. Seulement une pièce classique émanant d'une radio lorsque le couple se trouve dans un véhicule. Cette vision naturaliste et humaniste est en osmose avec le sujet. Ce sont les fabuleuses voix qui dominent les séquences, quoiqu'un regard de détresse ou un non-dit s'avère aussi évocateur.

Deux êtres, entre rires et larmes, s'enlacent sur la très belle pochette. Cette représentation de la vie est à nouveau à l'honneur dans le menu principal. À l'effigie du long-métrage, il n'y a pas de musique. Bizarrement, rien ne bouge. Une donnée qui peut surprendre. Surtout que la caméra des célèbres frérots a souvent tendance à s'éclater dans toutes les directions. Assez chiches, les suppléments méritent l'attention pour un seul aspect. Pas pour la bande-annonce originale ou deux publicités de futures productions de la compagnie de distribution Sony Pictures, mais pour cette demi-heure de questions entre un journaliste de France Inter et les réalisateurs. L'attitude de l'interviewer est assez exécrable (il cherche toujours à voler la vedette), mais ses questions sont bien fignolées. Les thèmes sont multiples et ils voyagent rapidement de la pression de Cannes au rôle du sacré, le tournage avec autant de bébés et la société qui se désintègre de plus en plus. Politisés et engagés, les Dardenne évoquent le point de départ de l'histoire: la première fois qu'ils ont vu une jeune fille pousser violemment un carrosse contenant un bébé. Inquiétant.

Récit incroyablement dense qui n'a pas fini de hanter, "L'enfant" continue cet art de peaufiner l'âme humaine. Les façons d'aborder le septième art et les thématiques (la disparition d'un idéal) abordées sont sans doute les mêmes, mais le résultat est, comme toujours, probant. En plus, il intéresse de plus en plus de personnes. Pas surprenant avec de nombreux prix... amplement mérités.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments5
Vidéo8
Audio6