L'Équipier
Christal Film

Réalisateur: Philippe Lioret
Année: 2004
Classification: G (QC)
Durée: 105 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 mars 2006

Histoire d'amitié troublée par l'amour, "L'équipier" bouleverse davantage par ses excellents interprètes, des décors implacables et une sensible trame sonore que par son scénario daté éminemment prévisible. Il faut laisser l'opportunité au vent de se lever pour pouvoir bien le suivre.

Afin de régler les derniers détails touchant la vente de leur ancien domaine familial, Camille (Anne Consigny) et sa mère retournent sur l'île de Ouessant. Une fois la tombée de la noirceur, elles décident de passer une dernière nuit dans ce lieu où les souvenirs sont maîtres. En lisant un livre envoyé par la poste, la jeune fille découvre un pan d'histoire qu'elle ignorait sur son père récemment décédé. En 1963, un inconnu débarque sur cette terre de Bretagne et il n'y rencontrera que du trouble. Ce dénommé Antoine (Grégori Derangère) a été choisi pour travailler dans un phare, à la grande stupéfaction du gardien influent Yvon (Philippe Torreton). Si les hommes le boudent parce qu'il est étranger, les demoiselles sont justement attirées vers lui pour cette même raison. Pendant que Camille (Émilie Dequenne) s'intéresse fortement au nouveau, ce dernier en pince pour Mabé (Sandrine Bonnaire), la femme de Yvon.

À la simple lecture de ce résumé, il est aisé de deviner comment le tout va se terminer. Là n'est pas l'intérêt de "L'équipier". C'est plutôt la façon dont le réalisateur de Mademoiselle et Tenue correcte exigée, Philippe Lioret, arrive à transposer cette amitié inconcevable entre Yvon le grincheux et Antoine le gentil. Dans un endroit reculé comme Ouessant où la population fera l'impossible pour faire fuir les nouveaux arrivants, il ne devrait pas y avoir d'ambiguïté. La masse met de la pression sur l'étranger et celui-ci finira par repartir. Peu importe ce qui lui arrive, Antoine supporte les farces, les allusions évidentes et le rejet. Il se sait "différent", il s'enfermera pour ne pas déranger et il continuera à parler aux gens qui ne veulent rien savoir de lui. Au gré des jours et des semaines, c'est ce qui forcera l'admiration de Yvon, très récalcitrant au début, qui mettra son entourage à dos en faisant preuve de compassion avec Antoine. Il le regrettera sans doute, mais c'est la finesse de ces deux personnages qui mérite l'attention. En innocente victime, Grégori Derangère exploite encore une fois son charisme d'enfer afin de bien faire vivre cette personne aculée au pied du mur qui arrivera finalement à exister. Face à lui, Philippe Torreton est beaucoup plus sobre et effacé. Sa composition, aussi subtile que précise, fait de son Yvon un être à part, qui ne sera jamais totalement détesté ou apprécié. En périphérie de ces deux pôles masculins se trouve une distribution secondaire très appropriée, dominée par une Sandrine Bonnaire confuse et le sourire irrésistible de Émilie Dequenne.

En dehors de ces acteurs humains, il y a ce phare comme point d'ancrage qui sera primordial dans les destinées des principaux protagonistes. Tout comme la magnifique terre de Bretagne, aussi majestueuse que déchirante, qui pourra rebuter les touristes par l'accueil glacial de ses habitants. Afin de bien personnifier ce lieu hostile, les teintes sont grises et bleues. La pellicule semble rugueuse et délavée par moment, ce qui donne un charme évident. Si le rendu vidéo ne paye pas de mine dans le premier tiers, les couleurs deviennent chatoyantes par la suite. Le rouge ressort admirablement du blanc permanent et les détails prennent beaucoup de place pour bien rendre vivant ce mode de vie particulier. Pour se sortir des lieux communs, Lioret n'a pas fait appel à une musique traditionnelle, mais plutôt à l'excellent compositeur Nicola Piovani (déjà remarqué dans les merveilleux La vie est belle et La chambre du fils) pour agrémenter de piano mélancolique les actions et les dialogues, mais sans trop forcer la dose. Si cette superbe trame sonore amène les émotions, elle n'enterre pas les voix. Celles-ci sont très audibles, même au moment où la température joue des tours aux héros. C'est justement à ces endroits que les haut-parleurs situés sur les côtés se déchaînent. Les vagues envahissent les enceintes, la pluie déferle, les pélicans hurlent et le spectateur sera secoué par tant de vent. L'absence de sous-titres n'est jamais une bonne chose, mais les deux pistes audio francophones sont suffisamment justes et mouvementées pour faire partiellement oublier cette erreur.

Le boîtier n'est peut-être pas très original, mais il demeure toujours très classe. Les trois protagonistes principaux sont montrés avec des décors pittoresques en arrière-plan. Le bleu marin domine et se mélange parfaitement au blanc. Le menu principal reprend une image du phare dans ces mêmes teintes de couleurs. Rien ne bouge et les icônes sont un peu trop petites, mais une chanson instrumentale agrémente la navigation. Une fois l'insertion du DVD, quelques publicités de Christal Films apparaissent et ce sont presque les seuls suppléments. À part une bande-annonce du film principal, il n'y a malheureusement rien pour soutenir cette petite oeuvre éminemment sympathique. Une piste de commentaires, des entrevues avec les acteurs, un dossier sur la Bretagne et un autre sur le compositeur auraient été énormément appréciés.

En apparence banal triangle amoureux, "L'équipier" se démarque allègrement des films du même genre par la magnificence de son duo masculin à camper des hommes sans avoir recours aux stéréotypes. Une fois cette réussite atteinte, Philippe Lioret n'a eu qu'à saupoudrer de géniaux paysages et d'une trame sonore très appropriée sa réalisation sans doute trop conventionnelle, mais assez juste dans le ton. Un travail austère qui se dévoile peu à peu et qui est nettement supérieur à un certain Survenant québécois.


Cotes

Film7
Présentation1
Suppléments6
Vidéo8
Audio9