La planète cinéma vient de trouver une nouvelle famille prolifique. Après les œuvres souvent exquises de Jacques Doillon, voilà que sa fille Lola décide de se lancer à la réalisation. Pour son premier film, elle accouche du très gentil "Et toi, t'es sur qui?" qui apporte un vent de fraîcheur et d'authenticité aux longs-métrages destinés aux adolescents.
Avant le début des vacances scolaires, deux filles de 15 ans décident de perdre leur virginité. Pendant que Julie la gothique (Christa Theret) utilise son franc-parler pour séduire son entourage, sa copine Elodie (Lucie Desclozeaux) est plutôt renfermée, préférant s'intéresser à un garçon inaccessible pendant que son comparse Vincent (Gaël Tavares) lui fait les yeux doux. Au sein d'un groupe d'amis, les unions se forment et se déforment au gré du vent et les sentiments ne s'avouent pas toujours aux bons moments. Ah, l'adolescence...
"Et toi, t'es sur qui?" est une œuvre des premières fois. Les personnages décident de passer à l'acte, la cinéaste son équipe technique n'avait auparavant jamais créé un film de A à Z et la majorité des interprètes sont des personnes ne possédant peu ou pas d'expérience devant la caméra. Il en résulte un opus un peu gauche qui compense son manque de virtuosité technique par le charme de cette nouveauté intacte et immaculée. Tout respire la vérité au sein de ces êtres en trois dimensions si éloignés des comédies de John Hugues et des obsédés du cul d'American Pie. Au sein des jeunes âmes, la fougue de Lucie Desclozeaux éclipse rapidement celle de ses semblables tant son talent devient palpable par ses silences et ses regards révélateurs.
Au lieu de faire la morale, Lola Doillon place son objectif à la hauteur de ses personnages, filmant leur réalité sans jamais les juger. Les questionnements perpétuels (amour ou amitié, l'utilisation des préservatifs, attendre ou se dépêcher pour être comme tout le monde, etc.) sont abordés sans didactisme. Les héros et les héroïnes sont loin d'être parfaits: ils désirent seulement trouver leur propre voie sans négliger leurs semblables. Au passage, ils abordent même quelques thèmes plus chauds, tels la manipulation des sentiments, l'émancipation et la quête de soi.
Un peu à la façon du supérieur L'esquive d'Abdel Kechiche, le langage et les expressions utilisés par cette nouvelle jeunesse n'est pas toujours très compréhensible. Même si les voix s'entendent aisément, mieux vaut parfois insérer de magnifiques sous-titres blancs en anglais. En revanche, la musique légère - alternant entre des tubes populaires et des mélodies plus onctueuses - est tout à fait dans son élément, alors que les différentes pistes sonores francophones offrent suffisamment de bruits divers (klaxons, oiseaux, vent) pour créer une ambiance jeune et vivante. Les images optent également pour le réalisme. Les couleurs sont crédibles à défaut d'être exceptionnelles, pendant que l'inégalité des contrastes cumule une abondance de noir, du blocage et du grain. Il n'y a cependant rien pour faire détourner le regard.
Des adolescents figurent naturellement sur la jolie pochette. Le menu principal reprend pratiquement les mêmes visages statiques en y superposant une chanson rythmée et énergique. Les suppléments proposent la bande-annonce originale, une série de publicité et deux documentaires. Le premier, sans narration distincte, montre pendant près de dix minutes la réalisatrice en action, donnant des conseils à son équipe technique tout en dirigeant les comédiens. Pour une fois, la vue est plus sollicitée que l'ouïe. Le second s'intéresse plutôt au produit final, avec la cinéaste qui discute du choix de ses interprètes pendant que ces derniers racontent comment la metteur en scène a pu gagner leur confiance. Peu informatif, mais sympathique comme tout.
"Et toi, t'es sur qui?" est une chronique d'existences qui valorise l'authenticité à la romance et le questionnement aux flirts faciles. Un peu à la façon de Vénus et Fleur (mais en bien meilleur), le premier film de Lola Doillon souffre de temps morts et d'une réalisation à peine fonctionnelle, mais le charme des interprètes compense ces quelques faiblesses pour offrir une œuvre drôle et touchante, portée par le charisme de Lucie Desclozeaux. En voilà une qui risque d'aller loin.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |