Fateless
ThinkFilm

Réalisateur: Lajos Koltai
Année: 2005
Classification: PG
Durée: 140 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Hongrois (DD51, DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
6 août 2006

Les horreurs associées à l'Holocauste ont été maintes fois abordées au cinéma, que ce soit par le biais de documentaires ou de films de fiction. Dans le second cas, on pense tout de suite à Schindler's List et à The Pianist, où la ligne entre les victimes et les bourreaux est clairement établie et où l'impact de cette tragédie qui dépasse l'entendement est ramené à hauteur d'homme par le biais d'un personnage central fort. Cependant, bien que chaque victime et chaque survivant demeurent des témoins essentiels de l'histoire, on peut se poser la question suivante: est-il possible, pour un film traitant de l'Holocauste, d'aborder le récit sous un angle différent et d'offrir au spectateur un point de vue nouveau et singulier? C'est ce que le cinéaste Lajos Koltai nous propose avec "Fateless" ("Sorstalansag"), adapté du roman semi-autobiographique du lauréat du Prix Nobel de littérature Imre Kertész, et représentant de la Hongrie aux Oscars en 2005.

György Köves a 14 ans quand son père est envoyé dans un camp de la mort. Après son départ, il se trouve un emploi dans une usine, mais l'autobus qui l'amène au travail est intercepté par un collaborateur et tous les passagers juifs sont envoyés à Auschwitz. György se retrouvera par la suite au camp de Buchenwald et, finalement, à Zeitz. Il se verra confronté à la haine, la cruauté, la maladie et la mort, mais au contact des hommes qui partagent sa souffrance, il trouvera également la camaraderie, l'entraide et les moyens de préserver sa dignité et son estime de soi. Ce parcours initiatique forcé l'amènera à se poser de nombreuses questions: qu'est ce que ça veut dire d'être juif? Ce qui lui arrive est-il normal?

"Fateless", scénarisé par Imre Kertész lui-même et guidé par les images envoûtantes du directeur photo Gyula Pados (Kontroll), propose un rythme délibéré qui nous entraîne lentement dans les entrailles de la folie et de la mort. Il n'y a pas ici d'explosions de violence ni de moments de grande intensité dramatique teintés d'héroïsme. Il n'y a que le temps qui passe et la routine abrutissante qui se répète jour après jour alors que les forces abandonnent György et que les gestes les plus simples deviennent de plus en plus difficiles. Il n'y a que cet univers diabolique où le plaisir est réduit à ce moment paisible entre la fin du travail forcé et le repas du soir, nourri de l'espoir de trouver un morceau de viande ou de pomme de terre dans sa soupe.

Marcell Nagy (qui n'avait que 12 ans lors du tournage) est sidérant de vérité dans le rôle de l'adolescent. En l'espace d'un an, il passera de l'innocence de l'enfance à la lassitude d'un vieillard usé par la vie. Avec son visage calme et ses yeux expressifs, il agit presque comme un observateur détaché qui réfléchit sur son destin en silence, dépassé par l'ampleur des évènements qui l'obligent à vivre cette existence en accéléré. Alors qu'il retourne enfin à Budapest après la libération, Gyorgy refusera d'être cantonné dans le rôle d'exclus ou de victime. Quand on le questionnera sur les atrocités, il préférera parler avec mélancolie du bonheur que lui apportaient ses camarades et de ces brefs instants de calme qu'il chérissait. Il ne s'agit pas ici de folie ou de déni, mais d'une volonté indomptable de pouvoir définir son propre destin. Sublime.

Malheureusement, ça se gâte au niveau du transfert. Celui-ci n'est pas anamorphosé et le transcodage à partir d'une source PAL apporte une quantité considérable d'images fantômes ("ghosting"), de dégradation des couleurs et d'accentuation des contours. Bon, l'image est tout de même propre et le niveau des contrastes et des détails est acceptable, mais on est loin des normes auxquelles nous sommes habitués pour un film aussi récent. C'est à peine mieux côté sonore. La piste en Dolby Digital 5.1 m'est apparue terne et peu dynamique. La séparation des canaux avant est adéquate, mais les arrières offrent peu de support et l'excellente trame musicale d'Ennio Morricone, agrémentée de la voix céleste de Lisa Gerrard, aurait mérité mieux. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente, mais les sous-titres sont brûlés dans l'image, ce qui peut s'avérer problématique pour ceux possédant des téléviseurs de format panoramique. La présentation est standard, le boîtier simple ne contient pas d'encart et les menus sont animés de scènes du film et accompagnés de musique. Au niveau des suppléments, on retrouve une revuette sur le tournage, une entrevue avec l'auteur et scénariste Imre Kertész (qui semble avoir pris Steven Spielberg et Schindler's List en grippe), ainsi que la bande-annonce du film.

Poétique et lyrique,"Fateless" nous entraîne avec une tranquillité et une beauté déconcertante vers un destin absurde et inexorable. Les dialogues semblent parfois trop travaillés et manquent un peu de naturel, et l'absence de mise en contexte au début du film peut paraître déroutante, mais l'oeuvre du cinéaste Lajos Koltai demeure singulière, touchante et saisissante. À ce niveau, il a réussi son pari. Dommage que les aspects techniques de cette édition ne soient pas à la hauteur.


Cotes

Film8
Présentation5
Suppléments5
Vidéo5
Audio6