La fiancée syrienne
Mongrel Media

Réalisateur: Eran Riklis
Année: 2004
Classification: PG
Durée: 96 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Arabe, anglais, français, hebreu, russe (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
7 janvier 2006

Lorsque la politique, la religion et les traditions sont de la partie, les moments de bonheur peuvent difficilement exister très longtemps. C'est en jonglant constamment sur ces trois pôles destructeurs que "La Fiancée Syrienne" braque son regard sur une famille qui se déchire encore et toujours.

Depuis 1967, la région du Golan est occupée par Israël. Malgré que la majorité de la population druze se sente plus près de leur voisin, la Syrie, une zone tampon délimite les deux territoires. Même si Mona (Clara Khoury) va bientôt se marier, elle n'a pas le cœur à la fête. Non seulement elle va épouser un homme (Derar Sliman) qu'elle ne connaît même pas, mais cette journée de célébration sera la dernière avec sa famille. En effet, les noces seront célébrées en Syrie et une fois la frontière du Golan franchie, Mona ne pourra plus revenir en arrière. Avant d'en arriver là, les êtres qu'elle chérit se réuniront une dernière fois. Dans ce lot, il y a sa sœur Amal (Hiam Abbass), une femme forte qui en a marre des exigences traditionnelles de son propre mari. Il y a également le père Hammed (Makram Khoury), un individu surveillé par la police qui tente de ménager la chèvre et le chou pour faire plaisir à son entourage. Son passé le rattrapera lorsque son fils Hattem (Eyad Sheety) reviendra pour le mariage de sa sœur. Depuis qu'il est parti pour la Russie il y a de cela plusieurs années, Hattem s'est marié et il a eu un fils, mais son paternel ne lui parle plus parce qu'il s'est expatrié. Au courant de cette journée si particulière, l'autre frère de Mona, Marwan (Ashraf Barhoum), se manifestera pour égayer tous et chacun, quoique sa présence sera comme un cheveu sur la soupe pour de nombreuses personnes.

Pour son récent film, le cinéaste Eran Riklis continue dans la tradition de ses précédents Vulcan Junction et Cup Final, mais en raffinant davantage son style et en devenant, si c'est possible, encore plus politisé. Ainsi, il aborde différentes thématiques pas toujours évidentes (les mariages arrangés, les sociétés patriarcales, les rôles pré-établis de l'homme et de la femme, etc.), mais sans les souligner au crayon gras. Il parle de ce Golan ignoré de tous, tout en évitant d'être trop revendicateur ou manichéen. La subtilité est sa force et il préfère laisser les personnages parler et se confronter. Au sein d'une magnifique distribution d'une solidité implacable, difficile de trouver la meilleure interprétation. Hiam Abbas est bouleversante en sœur qui se sent obligée de prendre sur ses épaules le poids des nombreux imbroglios. C'est lorsqu'elle se tait que son regard fort évocateur touche sans peine l'âme. À ses côtés se trouve un intense Makram Khoury, un homme à la fois fort et fragile, qui tente de garder sa place dans la société tout en voulant le bonheur de sa propre famille. Le destin l'obligera à s'interroger sur ses propres valeurs et à remettre quelque peu son mode de vie en questions. Mais parler uniquement de ces deux êtres serait peu tant la justesse des acteurs est omniprésente. La mariée de Clara Khoury est toujours crédible (normal, elle joue avec son propre père) et elle arrive à s'effacer aux bons endroits, alors que Eyad Sheety évoque la douloureuse tendresse de l'étranger qui revient au bercail.

En dehors de cette psychologie humaniste très fouillée et des sujets engagés se trouvent des paysages d'une beauté absolue qui sont aussi inspirants que poétiques. Le soleil et les dunes sont enfermés par du béton formant une prison, un halo qui détruit les différents protagonistes. Même si une telle œuvre mérite d'être visionnée au cinéma, elle perd peu de son cachet dans le confort de la maison, car la transposition sur DVD est très réussie. Les images sont belles et toujours claires. L'utilisation du noir et blanc dans certaines scènes demeure élégante et donne un cachet quasi-documentaire. Cependant, le générique est pratiquement impossible à lire. Quant aux sous-titres blancs qui sont absolument nécessaires, s'ils ne comportent pas d'erreurs grammaticales, ils déçoivent amèrement. Ceux-ci se perdent dans l'écran, ils sont trop petits et ils nuisent même, par moment, à la bonne compréhension du récit. De son côté, la musique soutient admirablement les actions et les dialogues, mais sans prendre toute la place ou empiéter sur les voix. La qualité audio est exemplaire des haut-parleurs situés à l'avant et la seule déception est l'absence d'une piste stéréo 5.1. La trame sonore est douce, très délicate. Les émotions sont maximisées par quelques instruments qui utilisent les répétitions pour mieux s'inscrire dans l'inconscient. Surtout, les nombreux clichés arabes sont évités et ça, cela fait du bien à entendre.

Baignant dans de magnifiques teintes de jaune, la pochette montre la superbe fiancée syrienne qui marche sur une route sinueuse. Le menu principal du DVD reprend cette idée, mais la pose est différente. Tout y est statique. Quelle chance qu'une musique inspirante vient pimenter ce vide abyssal! Les suppléments, pas très nombreux, demeurent toutefois pleinement intéressants. Outre la publicité pour la compagnie Mongrel Media et l'habituelle bande-annonce, il y a un documentaire sur le long métrage. Pendant près de 26 minutes, le réalisateur, un photographe et différents acteurs parlent du film, de leurs rôles respectifs et, bien entendu, des nombreuses épreuves. À commencer par celle de la langue, qui amenait l'hébreu, l'arabe et l'anglais à se côtoyer sans cesse. L'histoire posait également de multiples cauchemars. Celle-ci se déroule pendant une seule journée, mais le tournage s'est échelonné pendant plus d'un mois. Il fallait toujours soigner les costumes, les paysages et la luminosité pour qu'ils respectent les autres plans. Dommage que cette portion n'identifie jamais les gens qui parlent. Tout aussi pertinent est cette piste de commentaires du cinéaste Eran Riklis et de la critique du New York Times Karen Durbin. Du début à la fin, ces deux êtres s'interrogent sur la place du Golan au Proche-Orient et sur le monde qui change de plus en plus. Ce deuxième visionnement est sans doute plus lourd que le premier, mais il est encore plus instructif.

Gagnant de nombreux prix autour de la planète (dont quatre au Festival des Films du Monde de Montréal en 2004), "La Fiancée Syrienne" est une des rares œuvres qui arrivent à instruire tout en divertissant. De la distribution authentique et crédible en passant par les décors métaphoriques ou la musique toujours précise, ce regard sans fioriture sur l'absurdité des conflits arrive à faire rire et pleurer sans avoir recours à la facilité. Il faut en profiter pendant que ça passe.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments6
Vidéo8
Audio7