Un fil à la patte
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Michel Deville
Année: 2005
Classification: 14A
Durée: 93 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
6 août 2006

Il faut bien s'accrocher et laisser son cynisme au vestiaire pour pleinement apprécier cette rocambolesque comédie qu'est "Un Fil à la patte". Léger, irrévérencieux et d'une drôlerie inouïe, voilà un film tendre et cocasse qui fera rire du début à la fin.

Le pauvre et séduisant Bois d'Enghien (Charles Berling) a le don de se mettre les pieds dans les plats. Il enivre à nouveau sa flamme d'antan, Lucette (Emmanuelle Béart), tout en cherchant le bon moment pour lui annoncer qu'il se mariera avec la jeune Viviane (Sara Forestier) pour recevoir la dot de la famille. Au sein de ses mensonges, il emportera avec lui des domestiques, des journalistes, la sœur et l'ancien mari de Lucette, sa future belle-mère et un jeune prétendant obnubilé par la richesse. Impossible de revenir à l'arrière tant les quiproquos sont solidement agencés à la réalité.

Quelle magnifique surprise que ce "Un Fil à la patte"! Le réputé cinéaste Michel Deville n'a plus rien à prouver après une carrière de près de 50 ans. Voilà pourquoi il voulait s'amuser en adaptant la célèbre pièce que Georges Feydeau a rédigée en 1890. Un peu comme Shakespeare et Wilde, cet auteur cultive la réplique assassine et la comédie la plus burlesque pour créer un feu d'artifice de gags et de rires, le tout incroyablement mis en scène par un rythme rapide du maître derrière La Lectrice. La caméra tourne rapidement, les décors sont féeriques et l'espace-temps navigue entre le passé libertin et le présent qui est rappelé grâce à des téléphones cellulaires. Ce sont 80 minutes qui passent en un coup de tonnerre.

Ce théâtre filmé est un vaudeville où tout le monde hurle et gesticule pour rien. En acceptant ces règles du jeu, il est plus facile de pardonner cette distribution qui joue beaucoup trop. Charles Berling est exubérant en bouffon du roi qui tend à obtenir le beurre et l'argent du beurre. Emmanuelle Béart est tout à fait à l'aise en femme cherchant à contrôler toutes les parcelles de son existence. Des petits rôles toujours parfaits à une distribution secondaire éclatante (les Dominique Blanc, Julie Depardieu, Jacques Bonnaffé et Mathieu Demy jouent avec un sourire éclatant), le plaisir est palpable et contagieux. Un être arrogant cherche sans cesse à courtiser avec des rimes et même s'il est plutôt médiocre, il possède le pouvoir pour arriver à ses fins. Quant à Patrick Timsitt, son Bouzin est un véritable chien dans un jeu de quilles qui se fait malmener dans presque la totalité de ses séquences!

Riche en détails de toute sorte, la photographie évolue au fil des évènements. Les contrastes sont nombreux, évocateurs. Les couleurs demeurent variées, la prédominance du rouge est toujours la bienvenue. Les images peuvent paraître un peu floues et blanchâtres par moment, le niveau des détails se renforce graduellement pour ne plus jamais décevoir par la suite. Il y a très peu de chansons, la trame sonore est utilisée pour séparer les scènes ou accentuer un détail en particulier. Le gros orchestre de Charles Gounod détonne soudainement et le bruit des chevaux éclate dans les haut-parleurs situés sur les côtés, créant une atmosphère de douce folie. Sublimes et importantes, les voix s'écoutent avec un plaisir incommensurable. Si quelques interprètes peuvent parler un peu trop rapidement, d'honnêtes sous-titres blancs sont disponibles.

Délirante et évocatrice, la pochette montrant tous les personnages mise sur les rapports charnels entre Béart et Berling. Quant à lui, le menu principal du DVD reprend cette thématique en demeurant simple et délicat. Rien ne bouge, seule une pièce enjouée fait danser le pied. Peu nombreux, les suppléments sont composés de deux éléments. Tout d'abord, il y a une très efficace bande-annonce assez désopilante. Il y a également un documentaire de 24 minutes plus que satisfaisant. Le réalisateur Michel Deville et sa femme Rosalinde (à l'adaptation et à la production) parlent avec enchantement du tournage, des lieux choisis, des éclairages, de l'horaire infernal, du respect des délais et du plaisir de réunir une aussi grosse distribution. Au départ, le film faisait 150 minutes et les coupures ont été difficiles. Et c'est l'actrice Emmanuelle Béart qui a convaincu le cinéaste de se lancer dans l'aventure, car il n'avait jamais tourné avec elle. Heureuse initiative.

Œuvre très légère explorant à peine le déchirement intérieur d'un homme qui navigue sans cesse entre la raison de se caser et la passion de la chaire, "Un Fil à la patte" n'a pas la prétention d'offrir une psychologie très fouillée des situations ou des personnages. C'est plutôt une échappatoire salvatrice qui fait presque pleurer en accumulant tant de rires. Telle une décharge électrique, ce nouveau Deville offre un plein d'énergie grâce à un ton désinvolte, une musique orchestrale déchaînée de Gounod et un casting incroyablement agencé. C'est presque impossible d'y résister.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments4
Vidéo7
Audio7