The Firm / Elephant
Blue Underground

Réalisateur: Alan Clarke
Année: 1988
Classification: NR
Durée: 70 / 39 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 18 / 19
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
26 mars 2006

Au mois d'août 2004, "Blue Underground" mettait sur le marché The Alan Clarke Collection, coffret qui comprenait une série de téléfilms commandés par la BBC et qui ne mit pas de temps à devenir un phénomène culte en Angleterre. Discontinué depuis quelque temps, il devient de plus en plus difficile de trouver ces diamants bruts en kiosque. Depuis le début du mois de mars 2006, la même compagnie a remis chacun de ces drames sociaux sur le marché individuellement et j'ai l'honneur de vous parler de la nouvelle édition DVD du film "The Firm" qui renferme également le film "Elephant".

"The Firm" raconte l'histoire de Bex Bissell (Gary Oldman), agent immobilier et père de famille lequel troque son costume de vendeur pour revêtir ses habits de guerre alors qu'il dirige un groupe de hooligans vers des flambées de violence de plus en plus aiguë.

Espèce de Dr. Jekyll and Mr. Hyde social, ce film frappe tel un coup de poing. L'hooliganisme est dépeint comme un phénomène hautement organisé où les chefs de chaque faction peuvent ordonner des raids contre des rivaux. Détruire et vandaliser semblent les trophées ultimes à ces manifestations de violence planifiées, très réelles et habilement illustrées par Alan Clarke. Gary Oldman est époustouflant de justesse alors qu'on le voit habilement jongler entre la vie professionnelle, la vie familiale et la vie de voyou de son personnage. La choquante et très ouverte fin nous montre l'ampleur du phénomène qui n'a rien de local et qui transcende le soccer.

Il est bien dommage qu'une galerie de photos soit le seul supplément que l'on a à se mettre sous la dent. L'hooliganisme a franchi les frontières de l'Angleterre et il se répand de plus en plus en Europe. Il aurait été merveilleux d'avoir un documentaire sur ce phénomène social extrêmement violent et de plus en plus présent.

Quant à lui, "The Elephant" est un film d'une rage peu commune. Il raconte l'histoire de 18 meurtres perpétrés en Irlande du Nord, et ce, en à peine quarante minutes. Chaque crime présente des acteurs différents et cette leçon d'homicides a comme seuls dialogues, la résonnance des déflagrations des armes à feu.

On assiste à cette série de crimes aléatoires sans explications et dans le pur anonymat, car le but visé par Alan Clarke est de montrer la façon dont de nombreux civils furent assassinés inexplicablement en Irlande du Nord dans les années 1980. Que ce soit dans un restaurant, dans une station-service, sur un terrain de soccer ou dans la rue, le crime n'a pas de domicile fixe. Alan Clarke présente chacun de ces meurtres en se rapportant à des rapports de police et le positionnement des corps inanimés des victimes correspond aux photographies prises par les forces de l'ordre. La cinématographie est remarquable alors que par de longues prises de vue continues, on suit, tel un voyeur, le tueur se dirigeant vers sa victime. Chaque scène se termine par un plan fixe de plusieurs secondes sur la victime ou sur la traînée de sang qui l'accompagne. Choquant et quelque peu redondant, ce film extrêmement dépouillé est glacial tellement tout est présenté de façon crue et combien le fait de ne rien expliquer tend à amplifier le caractère morbide des tueries.

Une trame de commentaires faite par le producteur Danny Boyle (Trainspotting) est un outil essentiel qui aide drôlement à la compréhension du film. Il ne cherche pas à expliquer chacun des meurtres, mais plutôt de parler de sa relation avec Alan Clarke et la façon dont s'est pris le réalisateur pour mettre en image, les tueries qui faisaient rage en Irlande du Nord. La revuette de cinq minutes intitulée "Memories of Elephant" est une série d'entrevues faite avec le comédien Gary Oldman, le réalisateur David Hare et Molly Clarke, la fille du réalisateur. Ils nous expliquent l'importance de ce film documentaire et du génie d'Alan Clarke.

L'image proposée par ces deux films est toujours granuleuse. Il faut comprendre par contre que le réalisateur recherchait constamment ce genre d'effet, pour donner un plus grand réalisme à ses canevas graphiques. Les couleurs sont justes et possèdent un fini mat. Tout le débit sonore réside sur les canaux avant. Les dialogues sont perceptibles en tout temps quoique j'aie dû mettre les sous-titres, car l'accent britannique a eu raison de ma compréhension à plusieurs moments.

Si on devait exprimer par un seul mot ce que l'on ressent après l'écoute de ces deux films, "troublant" semble juste. Ces deux études pseudo documentaires sur des phénomènes de société provoquent, choquent et déstabilisent tant les images sont crues et tant la violence est palpable et bien réelle. J'invite les curieux à y jeter un coup d'œil et sachez que cette édition DVD renferme les mêmes versions de films, les mêmes suppléments et les mêmes transferts audio et vidéo que ceux qui étaient compris dans la The Alan Clarke Collection.


Cotes

Film8/7
Présentation3
Suppléments1/4
Vidéo7
Audio7