Réalisateur français original qui n'a cessé de tourner depuis les années 1960, Philippe Garrel est revenu au sommet de son art en 2005 avec la sortie de l'incroyable Les amants réguliers. Son dernier film, le très attendu "La frontière de l'aube", présenté au Festival de Cannes, s'est fait copieusement huer en compétition officielle. Sans parler de désastre, il faut avouer que le résultat n'est pas à la hauteur de la filmographie du cinéaste.
Une star (Laura Smet) s'amourache d'un photographe (Louis Garrel). Cette relation passionnelle et fusionnelle, d'une durée de quelques semaines, ne les rend pas heureux au même moment. C'est pourquoi le jeune homme préfère nouer une nouvelle relation avec une fille (Clémentine Poidatz) plus simple et en apparence sans problème. Sur le point de se marier et d'être père, il ne peut que ressasser son passé récent, hésitant dorénavant sur la marche à suivre afin de poursuivre convenablement son existence.
Metteur en scène emprisonné de ses souvenirs qui n'arrête pas de se mettre à nu dans ses récits autobiographiques, papa Garrel continue sa réflexion sur la mort, la vie et l'amour en ayant toujours recours à son fiston Louis. Son style, apparent dès les premiers instants, est à prendre ou à laisser. Le tempo est lent, dénué de moments phares et très verbeux. Le scénario, dépouillé à l'extrême, ne s'adresse pas à tous, et ce, même si la critique de cette bourgeoisie égoïste ne manque pas de vitriol.
Entre l'admiration et lassitude se trouve un mélange de sensations qui vont de l'ivresse à l'ennui, la contemplation à la prétention. Le désarroi est palpable et il prend la forme d'un Louis Garrel égaré, reprenant pratiquement son rôle de romantique ténébreux du mémorable Les chansons d'amour. Mais il y a Laura Smet, insupportable et sans aucun talent, qui gâche presque la totalité de ses scènes, avant de s'inscrire dans une finale risible et ridicule. De quoi lui préférer grandement Clémentine Poidatz, si juste et touchante.
Bien que la trame narrative manque sérieusement de piquant, la démarche artistique est toujours aussi inspirée. Le sublime noir et blanc est parsemé de grain, ce qui lui donne instantanément un style vieillot. Les contrastes jouent continuellement avec les ombres et la lumière, et ce, même lorsque le dosage n'est pas toujours au point. Même la présence de blocage ne rebute guère, devenant un artifice supplémentaire à ces plans fixes qui évoquent une beauté plastique, morte et bientôt enterrée, comme l'égarement de cette joie de vivre.
Le travail sur le son est tout aussi palpable. Rien ne ressort réellement des enceintes situées sur le côté, mais un soin constant a été apporté à ces bruits de voitures, le souffle du vent et la respiration de l'antihéros. Les dialogues, clairs et limpides, sont parfois parsemés d'expressions particulières ou de murmures, ce qui explique la présence d'intéressants sous-titres blancs en français. La musique de Jean-Claude Vannier prend de plus en plus d'espace, jusqu'au moment où ce piano et ces cordes dictent l'émotion, donnant des frissons au passage.
La jolie pochette en clair obscur montre le tandem Garrel et Smet qui semble profondément s'ennuyer. Après une horde de bandes-annonces, le menu principal apparaît, statique et muet, représentant une simple fille en position couchée. Hormis le long-métrage, aucun supplément n'a été rajouté afin de mieux saisir la vision du créateur.
"La frontière de l'aube" est loin d'être le meilleur film de Philippe Garrel. Les irréductibles du réalisateur trouveront toutefois là de quoi s'occuper, avec son esthétisme léché et son regard presque métaphysique sur la passion amoureuse, les fondements de l'âme et du corps. Les autres regarderont le tout avec curiosité et amusement (surtout lors des 15 dernières minutes), tout en soupirant devant un résultat pas toujours convaincant qui aurait très bien pu voir le jour il y a de cela quelques décennies.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |