Après maintenant 50 ans, très rares sont les gens qui n'ont jamais entendu parler du gros lézard vert qui terrorise le Japon. Après près d'une trentaine de films, dont un "blockbuster" américain, on pourrait penser que le sujet soit épuisé. Néanmoins, l'imagination fertile des producteurs japonais et l'appétit insatiable des amateurs de films de série B font en sorte que la tradition se poursuivra sans doute pour un autre 50 ans... Pour souligner ce jubilé vénérable, Columbia nous propose trois films de la période "classique" des années 70. Cette période, allant de 1964 à 1975, se distingue par le fait que tous les films y sont ridiculement mauvais, presque volontairement. On ne tient compte d'aucune continuité et les scénarios sont régis par une simple formule; Godzilla et un de ses "amis" monstres se battent contre un autre monstre venu de l'espace (où d'ailleurs...), la plupart du temps contrôlé par des extra-terrestres. Godzilla n'est donc pas le méchant monstre des années précédentes, mais plutôt un héros. Les trois films dont le DVD fait ici l'objet d'une critique suivent exactement cette formule.
Le premier film, "Godzilla vs. Hedora" ("Gojira tai Hedora", 1971) se veut un film "à message", du fait que l'antagoniste de Godzilla est une incarnation de la pollution. Au début, le monstre n'est qu'une masse informe, tirant sa puissance des déchets toxiques qu'il absorbe. Son apparence se transforme de plus en plus, jusqu'à ce qu'il prenne la forme d'un "vrai" monstre, comme ceux auxquels les films de la franchise nous ont habitués. Il s'attaque aux humains, en émettant des gaz toxiques sur son passage, en plus de tout détruire. Malgré plusieurs tentatives de la part des humains d'annihiler la bête, ce sera Godzilla qui en viendra finalement à bout, non sans peine. Contrairement à tous les autres films de Godzilla, celui-ci comporte des scènes d'animation qui ponctuent le récit. Le résultat est plutôt étrange. Pour ce qui est du scénario, la moralisation facile qu'on nous sert le rend encore plus ridicule qu'à l'habitude. Le fait marquant du film est sans doute la scène où Godzilla vole, propulsé par son souffle enflammé!
Le second film est "Godzilla vs Gigan" (1972), de son titre original japonais "Chikyu kogeki meirei: Gojira tai Gaigan". Dans ce film, des extra-terrestres tentent de prendre le contrôle de la Terre; pour se faire, ils se déguisent en humains et construisent un parc d'attractions dont la thématique est celle des monstres. Leur but est d'habiter la Terre, mais auparavant, ils doivent la débarrasser de ses habitants. Pour se faire, ils interpellent deux monstres, Gigan et King Ghidrah, pour qu'ils détruisent tout. Il faudra que Aguirus, et Godzilla, nouvellement réveillés, s'en mêlent pour que la race humaine soit saine et sauve. "Godzilla vs Gigan" est certainement le plus farfelu des trois films: comme scénario, difficile de faire pire. De plus, le film est bourré de petits joyaux plus ridicules les uns que les autres: par exemple, on peut y voir Godzilla converser avec Aguirus. Mais la scène qui remporte la palme est celle où on voit des poupées Barbie, supposées représenter de vraies personnes, mourir dans un appartement. De tous les films de Godzilla, cette scène est certainement la plus mémorable...
Pour troisième et dernier film de cette série, c'est "Godzilla vs Mechagodzilla" ("Gojira tai Mekagojira", 1974) qu'on a choisi de nous présenter. Ce film est le premier où l'on pouvait voir une version mécanique du fameux lézard; trois autres films ont depuis repris le concept. L'histoire est tout aussi saugrenue que les autres: une race extra-terrestre tente d'envahir la Terre. Redoutant que Godzilla intervienne et entrave leur plan, ils construisent une version mécanisée du monstre pour lui faire face. Initialement, c'est le "gentil" monstre Angirasu qui est interpellé pour contrer Mechagodzilla. Mais ce ne sera pas suffisant, et le vrai Godzilla devra s'en mêler. Quand lui aussi mord la poussière, c'est un autre "gentil" monstre, King Ceasar, qui prend la relève, en vain. Mais Godzilla n'a pas dit son dernier mot... Des trois films, c'est probablement celui-ci qui est le plus intéressant, du fait qu'il comporte de nombreux combats et effets. Évidemment, les sous-histoires sont tout autant ridicules. Quant au chant de la prêtresse, il vaut mieux ne pas en parler...
Selon les normes habituelles, ces films sont toujours aussi mauvais et toujours aussi insipides. Mais, ne l'oublions pas, voilà l'essence même des films de Godzilla! Les amateurs se réjouiront certainement de pouvoir les visionner d'une façon si avantageuse. En effet, la qualité des DVD permet de redécouvrir ces films d'une façon qui, jusqu'à maintenant, était impossible. Ce n'est peut-être pas non plus une si bonne chose puisque grâce à ce haut niveau de détails, on voit beaucoup mieux les fils qui permettent aux monstres de voler et de sauter. Autre fait à déplorer, les traductions anglaises incluses ne sont pas les originales. Elles sont somme toute un peu plus soignées et moins ridicules, ce qui, d'une certaine façon, est décevant.
La qualité visuelle de ces trois films est, étonnement, très bonne. Le matériel source utilisé pour le transfert est en excellent état, et est donc exempt de poussières et égratignures. Compte tenu de la période où les films ont été tournés, on note une bonne dose de fourmillement, mais de façon irrégulière. Des trois films, seul "Godzilla vs Gigan" semble avoir un peu plus souffert. La compression est aussi exempte de problèmes. Les couleurs sont bien contrastées et les noirs sont purs et profonds. Pour des films de plus de trente ans, c'est remarquable. Le volet sonore est tout autant appréciable. La piste originale japonaise est très dynamique en intensité, et comporte un bon niveau de basses fréquences. La piste anglaise, intéressante à écouter pour son ridicule, est un peu moins bien faite, mais est tout de même respectable.
Les DVD ne comportent aucun extras, mis à part des bandes-annonces d'autres films de Godzilla et de monstres (et aussi d'un jeu vidéo). Les menus sont statiques et muets, mais sont tout de même clairs et bien hiérarchisés. Notons que les bandes-annonces sont présentées dès l'insertion du DVD.
Bref, pour fêter les 50 ans du monstre japonais, Columbia nous offre trois opus classiques, et ce, avec une qualité exemplaire. Notons finalement qu'en plus de pouvoir se procurer ces films séparément, il est possible de le faire avec les coffrets Godzilla: Collectors Box Set - 3 DVD et Godzilla: Collectors Box Set - 5 DVD.
| Film | 5 |
| Menu | 3 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |