Sympathique ode à la liberté et à l'identité, "Les grandes personnes" s'avère un premier film simple et sensible, porté par des comédies justes et bercé par de magnifiques paysages.
C'est l'été, la saison des vacances. Pour le 17e anniversaire de sa fille Jeanne (Anaïs Demoustler), son père Albert (Jean-Pierre Darroussin) décide de lui faire visiter la Suède. À cause d'une erreur administrative, la famille doit cohabiter en compagnie de l'extravertie Christine (Judith Henry) et de la plus réservée Annika (Lia Boyssen). Au contact des autres, ces êtres humains commencent à s'ouvrir, lentement, progressivement.
Voilà un petit essai qui ne fait pas beaucoup de vagues. Premier long-métrage de la cinéaste et scénariste Anna Novion, à la réalisation précise et sans fioriture, l'ensemble se déguste avec un large sourire sur les lèvres. Sans jamais faire la morale et en gardant constamment l'honnêteté dans le rétroviseur, le récit tendre et bien attentionné parle des déboires d'un père, de la quête d'émancipation d'une jeune fille, de la confusion d'une femme et des retrouvailles d'un ancien amour.
Ces thématiques sont abordées avec beaucoup de tact, telle une méditation sereine sur le temps qui passe. Les conflits rongent les individus sans jamais prendre toute la place, ce qui permet au drame de ne pas être trop lourd, en balance constante avec le rire. L'interprétation particulièrement rafraîchissante est dominée par quatre acteurs en or, de Darroussin qui ressort son numéro d'ours mal léché à Boyssen au jeu plus introspectif en passant par la lumineuse Henry et, surtout, la timide Demoustler qui livre une vibrante prestation.
La photographie froide de la Suède avec ses paysages et sa lumière uniques donne également une atmosphère particulière. Les images, parfois sombres et rugueuses, teintées de grain et de blocage, sont composées de couleurs fidèles, d'éclairages subtils et de contrastes imparfaits, mais tout de même à l'avenant. La piste sonore francophone, étonnante lorsqu'elle fait ressortir le vent, l'eau, des sirènes ou des chœurs des différents haut-parleurs, se concentre généralement sur les enceintes avant, où les dialogues s'entendent parfaitement, pouvant même être accompagnés de sous-titres blancs un peu trop petits dans la langue de Molière. La très belle partition musicale extrêmement mélodique de Pascal Bideau, mâtinée de cordes et de touches de piano, peut laisser sa place à des airs rock plus dansants ou émouvants.
La pochette bleue, blanche et grise (les teintes dominantes de l'ouvrage) montre Darroussin et Demoustler au bord de l'eau, sourire éclatant. Le menu principal du DVD reprend cette pose, malheureusement statique et sans musique. Hormis une horde de publicités qui s'affichent lors de l'insertion du disque, aucun supplément n'est disponible.
"Les grandes personnes" est une œuvre délicate et douce-amère qui ressemble à ce soleil qui fait l'impossible pour repousser les nombreux nuages. Derrière ses élans de simplicité se cache une mélancolie pleinement assumée, qui rend à la fois triste et heureux.
| Film | 7 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |