Lorsque la Corée du Sud revisite un classique pour enfants, cela ne peut que sortir de l'ordinaire. C'est justement ce que fait le réalisateur Yim Phil-Sung en transposant librement le "Hansel & Gretel" des frères Grimm. Une adaptation réussie d'une troublante beauté plastique.
Eun-soo (Chun Jeong-Myoung) vient d'avoir un accident de voiture. Perdu dans le bois, il trouve refuge chez une charmante famille. Le lendemain, en cherchant son chemin, il passe la journée à tourner en rond, pour mieux revenir à son point de départ. Les journées se suivent et se ressemblent. En posant des questions, il se rend à l'évidence que personne n'est capable de sortir de ce lieu austère. Pire encore, il découvre que les trois enfants du couple cachent de nombreux secrets et que ces âmes sont peut-être responsables de tous ses tourments.
À l'origine, Hansel & Gretel racontait les déboires de deux enfants perdus en forêt après avoir été abandonnés par leur père. Cette intelligente variation inverse les rôles en faisant des adultes les "victimes". Dès les premières minutes, le spectateur multiplie les hypothèses afin de mieux saisir ce qui en ressort. Ces nombreux lapins ne proviennent pas des univers de David Lynch? Cette folie créative, ne la retrouvait-on pas chez Terry Gilliam? De quoi piquer la curiosité assez rapidement.
Plus le récit avance et plus l'horreur laisse la place au drame et à la mélancolie. Les intentions deviennent plus évidentes et sans nécessairement surprendre, la conclusion peut rappeler celle de The Orphanage. En bien meilleure. Au lieu de copier le cinéma espagnol, le cinéaste s'approprie littéralement un conte classique en pondant une version énigmatique et sensorielle qui prend tout son sens par ses nombres thèmes universels. Il n'est pas réellement question ici de fuite, mais du sort accordé aux enfants et à la quête perpétuelle d'une famille digne de ce nom. Un constat imaginé qui n'évite cependant pas les touches de mélo et dont l'interprétation d'ensemble empêche le tout de sombrer dans le grotesque.
La sublime photographie de Kim Jee-yong (qui s'était déjà fait remarqué sur le stylisé A Bittersweet Life) propose une lumière insolite qui vient constamment baigner cette atmosphère lugubre et cette maison qui semble émaner d'un rêve. Les images, riches et sublimes, sont ornées de splendides couleurs, d'une parfaite définition des contours et de contrastes suffisamment sombres pour donner la chair de poule. De quoi rendre totalement inopérant ce grain qui peut apparaître en de rares occasions. La merveilleuse musique de Lee Byung Woo (impossible d'oublier son travail sur le mémorable A Tale of Two Sisters) est teintée d'une amertume certaine. Ses cordes et son piano véhiculent une puissante émotion qui est loin de laisser indifférente. Les pistes sonores coréennes proposent une ambiance délectable avec tous ces sons variés (déchirements de violons, bruits de voitures, souffle d'un vent menaçant, etc.) qui émanent des différentes enceintes. Les voix très audibles peuvent être accompagnées de superbes sous-titres jaunes en anglais ou en français.
La compagnie Evokative Films a la réputation de soigner ses films et celui-ci ne fait pas exception. Le boîtier en carton est très intéressant avec son livret qui comporte une présentation de l'auteur et une critique. L'image de la pochette représente aisément le produit final: il y a trois enfants qui attendent le spectateur, l'invitant à entrer dans leur maison. Le menu principal du DVD, un tantinet plus ordinaire, offre une mélodie féerique qui berce un plan statique d'une jeune fille. Les suppléments auraient cependant pu être plus nutritifs. Les entrevues avec le metteur en scène et les comédiens se limitent à quelques propos sur l'histoire originale, le regard sur les coulisses et les décors font rapidement le tour de cette demeure si spéciale et les recommandations d'autres réalisateurs coréens n'apprennent rien de très nouveau. Outre une série de publicités et de bandes-annonces, il y a un potable documentaire sur le tournage (qui permet de revenir sur certaines scènes importantes de la production) et deux intrigants courts-métrages du cinéaste ("Brushing" qui a été fait en 1998 et "Baby" en 1999") qui exploraient déjà des sujets récurrents tels la famille dysfonctionnelle et le regard humaniste. Une piste de commentaires et de plus longs segments d'informations auraient été appréciés.
"Hansel & Gretel" est une métaphore puissante et singulière sur le monde de l'enfance. Sans nécessairement se comparer à l'illustre Le Labyrinthe de Pan, il s'agit d'un opus majestueux et brillant dont tous les éléments sont réunis (la photographie, la musique, l'interprétation et le scénario sont de qualité supérieure) pour faire passer un excellent moment de cinéma.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |