Hiroshima mon amour
Christal Films

Réalisateur: Alain Resnais
Année: 1959
Classification: 13+ (QC)
Durée: 89 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Français (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
18 juin 2006

Pour bien saisir l'essence d'un cinéma à la fois libre et torturé, il faut se familiariser avec les films que le cinéaste Alain Resnais a tournés à la fin des années 1950 et pendant la décennie suivante. Parmi ses nombreux chefs-d'œuvre, un certain "Hiroshima mon amour" vient d'être réédité par la compagnie Christal Films. Heureuse idée.

Quelque part à Hiroshima, en août 1957, deux amis discutent d'engagement, du destin, de la beauté de la ville et de la difficulté de nouer des relations avec autrui. La jeune femme française (Emmanuelle Riva) se renseigne, car elle doit jouer dans un film portant sur la paix. L'homme d'origine nipponne (Eiji Okada) cherche à la comprendre, la retenir plus longtemps pour lui montrer des beautés indéfinissables.

Classique métaphysique toujours aussi pertinent, "Hiroshima mon amour" est l'exemple parfait du long-métrage qui extasiera les cinéphiles tout en laissant les autres personnes sans émotion. Porté par une trame narrative souvent plus récitée que jouée (sublime érotisation des mots), voilà un objet d'une très grande beauté nécessitant un engagement total du spectateur. Les plans lancinants sont multiples, le réalisateur s'intéresse souvent au corps, le rythme est sujet à une méditation intemporelle et le peu d'action n'équivaut jamais au manque d'enjeu. Au contraire, la première moitié est une charge engagée montrant une ville essayant encore de se relever des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Un peuple fort et uni cherchant à éviter un nouveau cataclysme. Des images sujettes à satisfaire les étrangers, car comme le mentionne le protagoniste masculin, "tu n'as rien vu, à Hiroshima". Les connaissances ne sont rien face à l'expérience, ce concept intrinsèque modifiant indéfiniment la perspective.

Peu à peu, le ton se transforme, il devient intimiste et les personnages s'émancipent. Une histoire d'amour est présente, mais toujours en filigrane. Cette fois, c'est un retour vers le passé, à cette date fatidique qui, pour la plupart des gens, "n'était que la fin de la guerre". Cette échappée dans le temps permet aux différents acteurs de briller. Eiji Okada, très classe et ordonné, laisse toute la place à Emmanuelle Riva pour voler de ses propres ailes et de séduire par son minois irrésistible. Ces icônes, transferts évidents vers la France et le Japon, représentent deux solitudes qui s'apprivoisent l'espace d'un moment.

Cet opus contemplatif sans cesse bouleversant bénéficie d'un esthétisme formidable. Pourtant, le film est sorti en 1959, précédent - et encourageant - la fameuse Nouvelle Vague. Des plans magistraux au montage souple et éthéré, la fascination du voyage se sublime à celle de l'inconnu et de la surprise. Le noir et blanc, incroyablement élégant, a particulièrement bien vieilli. La présence du plein écran, d'instants de blocages et d'égratignures éparpillées est normale, jamais enrageante. À ce niveau, les aspects audio semblent banaux. Un ordinaire Dolby Digital 2.0, un seul choix de langue (celle de Molière) et aucun sous-titre. Pourtant, les voix sont très élevées, toujours judicieusement dosées. La musique exceptionnelle, présente dans presque tous les instants, est tour à tour mouvementée et douce, dans la lignée des essais remarqués et remarquables d'Akira Kurosawa.

Il est légitime de regretter l'absence totale de suppléments. En omettant les trois bandes-annonces de produits de Christal Films en introduction, il n'y a absolument rien à l'horizon. Une déception pouvant s'expliquer par le faible coût du DVD (environ 20 dollars), une rupture drastique avec celui regorgeant d'options des onéreux Criterion. Le tout n'est toutefois pas perdu, car la pochette englobe facilement la rétine. Elle montre les deux amants se déchirer avec le rond rouge nippon en évidence. Le menu principal, reprenant ces différents éléments, est statique, tout en offrant une chanson tourmentée qui tient en haleine.

Pensum indispensable à toutes les collections, "Hiroshima mon amour" est un récit mémorable qui déroute, bouscule et remet en question les certitudes. Il faut absolument se délivrer des prémisses froides et hautaines pour embrasser le tout encore et encore, jusqu'au point de saisir l'art en ébullition, la vie en révolution.


Cotes

Film10
Présentation6
Suppléments1
Vidéo7
Audio7