Actrice de longs-métrages plus ou moins satisfaisants, Zabou Breitman a décidé de se lancer à la réalisation. Sa première œuvre, Se souvenir de belles choses, ravissait par sa simplicité et sa douceur. Après être retournée devant la caméra pour l'excellent Un monde presque paisible de Michel Deville, la voilà repartie pour son deuxième et meilleur film à ce jour : "L'homme de sa vie".
Frédéric (Bernard Campan) vit avec Frédérique (Léa Drucker) et ils aiment être entourés de leur famille et de leurs amis. Un jour, ils invitent leur voisin Hugo (Charles Berling) à souper. Cet être, homosexuel et légèrement cynique, a la parole facile et tout le monde semble l'apprécier. Tard en soirée, les deux hommes restent devant la lune pour discuter d'amour, de passion et du sens de l'existence. Peu à peu, une amitié viscérale se forme, et elle risque même de se muter en sentiments amoureux, au grand dam des témoins extérieurs.
En apparence, "L'homme de sa vie" est une histoire classique qui est très bien faite. Un homme d'âge mûr, père de famille de surcroît, se pose des questions sur son couple. Un homosexuel détesté par son père cherche à nouer une relation harmonieuse avec sa fille. Rajoutez à cela de nombreux drames connexes, une fille qui passe à un cheveu de se faire abuser, des situations filiales explosives, des touches d'humour insoupçonnées et vous obtenez un drame profond et personnel, porté par la grâce de ses interprètes. Bernard Campan, si souvent associé à des comédies douteuses et déjà au générique de Se souvenir de belles choses, surprend par sa fragilité. Il arrive même à dresser la bête de scène qu'est Charles Berling, superbe comédien charismatique qui sait ici s'arrêter au lieu de trop jouer. Leur chimie est palpable et leurs émotions sont criantes de vérité. À tel point qu'ils arrivent à faire oublier ces autres tranches de vies un peu inutiles et superflues.
Zabou Breitman arrive pourtant à transcender sa prémisse. Pour y arriver, elle soigne au maximum sa mise en scène. La conversation tardive est observée selon plusieurs points de vue et elle revient constamment dans l'intrigue. La réalisation hyper maîtrisée multiplie les métaphores et les symboles, jouant avec les éléments (le rôle du vent et de l'eau y est primordial), les sens (regards qui dit tout, respiration haletante lors des entraînements matinaux, touché tactile, la vision qui se satisfait de ces corps nus), arborant de multiples jeux de miroirs, utilisant les ombres pour créer des mots. À tel point que ces procédés, s'ils ravissent la rétine, finissent par peser lourd dans la balance. Surtout vers la fin où l'utilisation systématique d'effets de style explique un peu trop les motivations et le désarroi des personnages.
La beauté de la photographie se répercute sur les images. Les couleurs sont riches en textures de toutes sortes. La définition des contours est impeccable et les contrastes sont loin d'être trop opaques. Il n'y a qu'un peu de blocage qui peut apparaître à la surface de quelques gilets. Les pistes sonores sont en français et elles sont de qualité supérieure. Des chants d'oiseaux, des bourrasques de vent et des rires diffus alimentent les haut-parleurs situés sur le côté, sans toutefois entraver les voix. Ces dernières auraient pu être un tantinet plus élevées, mais elles s'entendent facilement et il y a de jolis sous-titres blancs en anglais pour qu'un plus large public puisse suivre la progression. La trame sonore est variée et toujours intéressante, enchaînant des balades populaires, des airs plus tristes, des mélodies de tango et des pièces instrumentales qui tiennent en haleine.
La pochette est en demi-teinte. En haut se retrouvent les deux héros qui sont en pleine discussion. En bas s'affichent plutôt des fleurs jaunes qui dépassent leur cadre alloué. Une fois l'insertion du DVD, des publicités de la comédie romantique Hors de prix et du dernier (et très bon) Claude Lelouch Roman de gare apparaissent. Le menu principal fait ensuite son entrée. Les visages de Campan, Berling et Drucker sont dans un champ, avec des papillons qui volent et une agréable chansonnette. Mignon, sans plus. S'il est possible d'accéder au long-métrage, de changer une scène ou d'insérer des sous-titres, il est dommage de constater qu'aucun documentaire ou de pistes de commentaires ne soient disponibles. En savoir davantage sur la pensée de son auteure aurait été la moindre des choses...
"L'homme de sa vie" est un opus beau et enivrant, porté par un sidérant duo masculin, des plans à couper le souffle et une mise en scène attentionnée. Le propos n'est pas nouveau et la réalisation parfois suffisante pourra titiller quelques personnes, mais il s'agit d'une œuvre de qualité supérieure, à la fois intelligente et divertissante, qui parle avec beaucoup de sensibilité du temps qui passe.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |