Après une introduction au wuxia (maniement de l'épée, kung-fu volant) par l'entremise de l'excellent Crouching Tiger Hidden Dragon, les auditoires nord-américains ont par la suite succombé au charme de Hero du réputé réalisateur chinois Zhang Yimou. Délaissant les portraits intimistes de la vie des paysans et les thèmes à caractère socio-politiques qui avaient jusque-là marqué son oeuvre, il plongeait dans un univers épique d'une richesse visuelle à couper le souffle. Fort du succès remporté par le film et de l'expérience acquise dans un genre qui ne lui était pas familier, il s'adjoint la même équipe de tournage, à l'exception du directeur photo Christopher Doyle qui n'y est plus, et continue dans la même veine avec "House of Flying Daggers". Ici, la simplicité romanesque se substitue à l'épopée grandiose pour ramener les enjeux politiques à hauteur d'homme, mais l'étonnante chorégraphie des combats et la maîtrise artistique demeurent pour nous offrir, encore une fois, un authentique festin pour les yeux.
En l'an 859 en Chine, la dynastie Tang est à son déclin. Deux capitaines de police, Leo et Jin se voient confier la mission de capturer le chef d'un clan rebelle du nom de House of Flying Daggers qui veut renverser le gouvernement corrompu. Leo soupçonne Mei, la fille aveugle du défunt leader qui travaille comme courtisane au Peony Pavillion (maison close), d'avoir pris la place de son père à la tête du clan. Se faisant passer pour un sympathisant à la cause des Flying Daggers, Jin viendra à la rescousse de Mei qui a été capturée et tentera de la séduire en espérant qu'elle le mènera au repère des rebelles. Mais Jin se laissera prendre à son propre piège et sera déchiré entre son devoir et son amour pour Mei.
Alors que l'esthétique monochrome prévalait dans Hero, puisque chaque segment nous apparaissait sous la forme d'un tableau dominé par une couleur différente, "House of Flying Daggers" nous propose par moments une véritable orgie de couleurs. La fabuleuse scène du "Echo Dance" par exemple, nous offre un environnement et des costumes d'une opulence presque décadente. C'est tellement somptueux et appétissant qu'on a presque envie de toucher l'écran et d'y goûter! La chorégraphie des combats est impressionnante même si les affrontements semblent parfois s'éterniser et paraissent trop orchestrés. En effet, ce ballet stylistique est efficace du point de vue esthétique, mais, sauf pour la scène finale, on perd les éléments d'urgence et de fureur qui venaient souligner le danger dans Hero. C'est à ce niveau, à mon avis, que l'absence de Christopher Doyle à la direction photo se fait le plus sentir. Par ailleurs, Takeshi Kaneshiro (Jin), vedette montante au Japon, et une Zhang Ziyi (Mei) toujours aussi craquante, offrent d'excellentes prestations. Kaneshiro est aussi à l'aise en cabotin qu'en séducteur anxieux qui tente de cacher son jeu et Zhang Ziyi, qui aurait vécu deux mois avec une jeune aveugle avant le tournage pour se préparer, a un visage tellement expressif que même si on ne la voit jamais battre les paupières, elle n'a aucun mal à incarner Mei, une jeune femme à la fois sensible et déterminée malgré son handicap. Douée pour les arts martiaux, elle a également l'occasion de mettre en valeur sa formation de danseuse. Par contre, le vétéran Andy Lau, pourtant un acteur doué, ne m'a jamais paru très à l'aise dans la peau de Leo. Autre bémol, le film est trop long. Malgré le fait qu'on y retrouve quelques revirements de situations inattendus, le scénario repose essentiellement sur la relation entre Mei et Jin. La chimie est palpable entre les deux personnages, mais cette histoire d'amour n'est pas assez complexe pour soutenir l'intrigue sur près de deux heures.
Petit à côté linguistique, le titre original du film est "Shi Mian Mai Fu" dont la traduction littérale est "Buried from Ten Sides", et "Shi Mian" (ou "Ten Sides") veut également dire "Every Direction". On aurait pu traduire par "Ambushed From All Sides", ou en français "Attaqués de Toutes Parts", mais il faut avouer que cela n'aurait pas été aussi séduisant que "House of Flying Daggers"!
En ce qui concerne l'aspect technique, l'image est claire et dénuée de toute imperfection. Les couleurs sont riches, bien que légèrement plus douces que sur les versions de Corée et de Hong-Kong, et les contrastes et le niveau des détails sont à point. Ce transfert vidéo rend donc parfaitement justice au splendide spectacle qui se déroule sous nos yeux. La piste audio en Dolby Digital 5.1 est également d'excellente qualité et procure un environnement sonore immersif qui nous plonge au coeur de l'action. La séparation des canaux est nette et les enceintes arrière s'activent parfois agressivement pour rendre le bruit des percussions et la violence des combats, ou en douceur pour venir appuyer l'ambiance générale. Les dialogues sont facilement audibles et sans distorsion apparente et les sous-titres, écrits en jaune, sont faciles à lire.
Côté présentation, le DVD simple est inséré dans une jaquette cartonnée, mais celle-ci ne fait que reproduire la couverture avant et arrière du boîtier. Celui-ci renferme un encart publicitaire qui fait la promotion d'autres films asiatiques distribués par Sony. Le menu principal est animé de scènes du film sur fond de forêt de bambou et accompagné de musique. La navigation entre les menus s'effectue rapidement.
Plusieurs suppléments sont offerts sur cette édition. Tout d'abord, nous retrouvons une piste audio commentaire avec le réalisateur Zhang Yimou et l'actrice Zhang Ziyi, qui nous parlent de la démarche artistique et des difficultés imposées par le tournage d'un tel film. Leur propos est intelligent et informatif et on sent qu'ils sont totalement dédiés à leur art. Par la suite, on retrouve une revuette sur la production qui mélange scènes prises sur le vif et entrevues avec les acteurs, le réalisateur, et autres intervenants. Le narrateur lèche-bottes tape un peu sur les nerfs et la dernière partie, qui nous fait assister à la première à Cannes et à celle de Hong Kong, est d'un intérêt mitigé. Il demeure par contre intéressant de constater les différences entre un tournage hollywoodien et celui d'un film étranger, et de voir le réalisateur travailler. On retrouve également une courte revuette sur les effets spéciaux, six scènes où l'on compare le film aux scénarimages, une galerie photo, un vidéoclip et quelques bandes-annonces, dont celle du film.
"House of Flying Daggers" est un wuxia à la sauce romantique qui, malgré quelques longueurs, nous offre un spectacle visuel d'une beauté sidérante. Un cran au dessous de Hero, mais plus accessible, c'est le film parfait pour une petite soirée en couple. Vu la qualité technique et quelques suppléments intéressants, je vous le recommande fortement.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |