Un vieil adage dit: les fous ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Présenté dans la collection "Paramount Classic", "House of Fools" vient justement nous démontrer que les fous ne sont pas tous des malades enfermés. Réalisé par le Russe Andrei Konchalovsky, ce film nous trace la vie de patients enfermés dans un hôpital psychiatrique quelque part en Tchétchénie. La guerre les entoure, mais eux sont dans leur monde, et ces combats ne les touchent pas. Tous les soirs, ils regardent à la fenêtre passer le train de l'espoir, celui que tous rêvent de prendre pour partir. Parmi eux, Janna, une jeune femme, qui pense à son "fiancé" canadien, Bryan Adams, car ses chansons d'amour sont pour elle son refuge.
Un soir, le train ne passe pas. Les malades sont déçus. Ils le seront encore le lendemain matin en découvrant qu'ils sont seuls dans l'hôpital. Plus de médecins, plus d'infirmières, plus de gardes-malades, tous ont disparu. Ils sont partis chercher un moyen de transport pour emmener les malades loin d'ici. Mais les bombes ne tardent pas à tomber et c'est la panique parmi tout ce petit monde. Rapidement, les rebelles tchétchènes envahissent l'hôpital pour en faire leur quartier général. Janna se laissera prendre au jeu de soldats en manque d'amusement qui lui promettent le mariage. Ne comprenant pas la plaisanterie, elle se laissera embarquer dans l'histoire, se mêlant aux soldats rebelles et même risquant sa vie.
Andrei Konchalovsky est un réalisateur qui a fait autant ses marques chez lui en Russie qu'aux États-Unis (où il habite) ou même au théâtre en France. Ses œuvres ne sont pas toutes du même niveau puisqu'on trouve des films comme Maria's Lover, Tango and Cash ou encore Runaway Train. Cette fois-ci, son œuvre est beaucoup plus personnelle, voire même limitée. Avec un petit budget de 2,5 millions de dollars américains, et une grande partie tournée an caméra à l'épaule, ce réalisateur nous donne une vision de ce conflit vue au travers des yeux d'une jeune femme malade mentalement, au milieu de congénères plus ou moins atteints. Les situations sont quelquefois divertissantes, mais la plupart des séquences nous laissent une interrogation et une réflexion sur la vie.
Même si on ne peut renier la qualité du scénario ainsi que la qualité du tournage, je dois malgré tout émettre quelques regrets face à deux choix que j'ai du mal à expliquer. Tout d'abord, la présence de Bryan Adams. Il joue son propre rôle uniquement dans les pensées de Janna. C'est principalement sa musique que l'on entend dans le film. Certes, il représente pour cette jeune femme le rêve de liberté et de vie, mais je doute qu'elle comprenne un traître mot de ses chansons d'amour. Pour imager cette métaphore, j'aurais mieux vu un chanteur plus local, en tout cas dans la langue. Et Adams est un peu trop utilisé pour la promotion du film. Dans un autre registre, on reconnaît trop facilement qui, parmi les patients, est un acteur et qui est un vrai handicapé mental. Je peux croire que ce n'est pas aussi évident, mais dans ce cas-là, je n'aurais choisi que des acteurs jouant des malades mentaux. Ça aurait peut-être fait plus vrai. C'est certainement l'idée inverse que Konchalovsky a tenté d'exploiter, mais je trouve que ça ne fonctionne pas.
La production de ce DVD est très sobre. Les images sont assez nettes et précises, mais subissent le contrecoup des choix du réalisateur. Il y a le jeu des couleurs qui passent du terne blafard et blanchâtre aux couleurs saturées dans une même scène pour montrer le passage du morne au joyeux. Ce procédé est utilisé par exemple quand Janna veut se sortir d'une situation triste ou conflictuelle, alors elle joue de son accordéon et l'image devient tout de suite plus colorée avec des visions de joie, ses camarades qui dansent au lieu de crier ou de s'affronter ou son mariage avec Bryan Adams. Et l'on retombe rapidement dans le blanc ou le bleuté des couloirs tristes de l'institut. La seule bande sonore disponible est en langage russe, en Dolby Digital 5.1. Les sous-titres en anglais sont un peu rapides et surtout assez longs. On en manque donc parfois quelques bouts. La dynamique de cette bande sonore est bonne, surtout lors des effets de guerre (explosions, tirs, éclats, etc.). Le menu est statique. Il n'y a pas de suppléments.
"House of Fools" peut représenter un très bon film de répertoire si l'on met de côté les remarques données précédemment. Mais ce ne sera pas un film de référence malheureusement. Les clichés sont un peu trop évidents et certaines parties mal développées. Mais il mérite assurément le coup d'œil, voire un côté documentation pour des amateurs justement de ciné répertoire.
| Film | 7 |
| Menu | 1 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |