Pour une immersion de soleil, de plénitude et d'atmosphères délicates offrant un dépaysement total, il n'y a rien de mieux que "Casa de Areia" ou sa traduction anglaise "The House of Sand". Il faudra cependant rester concentré afin de ne pas perdre les nombreuses subtilités dans des mirages d'illusions.
En 1910, deux femmes se retrouvent presque seules au monde dans une région désertique du Brésil. Aurea (Fernanda Torres) est enceinte, mais elle cherche par tous les moyens de retrouver la ville, une quelconque civilisation. Sa mère Maria (Fernanda Montenegro) commence à être trop âgée pour voyager, sauf que le bonheur de sa fille la préoccupe plus que tout. Les années passent et le désir de quitter pour recommencer une nouvelle existence est de plus en plus persistant...
Ce nouveau film d'Andrucha Waddington est un long fleuve en apparence tranquille qui comporte son lot de frustrations. Le rythme est incroyablement lent, il ne se passe pratiquement rien, le scénario navigue en zigzags et les touches contemplatives semblent tourner en rond tant le destin semble si bien arranger les choses. Non seulement cela prend un certain temps avant d'embarquer dans l'histoire, mais la narration fait évoluer drastiquement les personnages. Ainsi, l'excellente Fernanda Montenegro campe Maria pendant la moitié du périple pour ensuite se métamorphoser en une Aurea vieillissante! Il faudra donc faire des efforts pour ne pas perdre le fil conducteur.
Les œuvres difficiles sont souvent les plus essentielles et en donnant un peu de latitude à "Casa de Areia", les dividendes ne peuvent que survenir. Les thèmes évoqués, universels, traitent de l'évolution de l'être humain, des rapports mères-filles, de l'adaptation, de la survie, de la dichotomie entre la liberté et la propriété et, bien entendu, de la connaissance. Mieux vaut tourner en rond dans une oasis salvatrice ou devoir affronter la difficile réalité sur fond de deux guerres mondiales? Ces nombreuses interrogations sont doublées de métaphores puissantes, comme cette comparaison tellement juste entre le sable et la lune. Afin que le sablier ne s'écoule pas en vain, les deux protagonistes miroirs se donnent admirablement la réplique. Fernanda Montenegro représente la stabilité et son homonyme Torres, le changement.
Les plus grandes vedettes de l'opus ne sont pourtant pas des êtres de chair et d'os. Il y a tout d'abord les magnifiques paysages personnifiant la vie et la mort. Le sable chaud, les dunes brûlantes, les couchers de soleil : la lumière triomphe un bref instant pour ensuite donner l'occasion à la noirceur de se faire valoir, comme en fait foi cette transition sidérante entre la journée et la nuit. Lors de ce combat éternel, la qualité des contrastes est incroyable. Les séquences blanches sont nombreuses et toutes distinctes. Les moments plus foncés sont sans taches. La couleur semble évoluer selon la progression psychologique des femmes présentes et la définition des contours n'est que source de joie. Malgré tout, impossible de passer sous silence ces instants de blocage ou ce générique pratiquement impossible à lire.
Il y a aussi le fantastique univers sonore qui déferle sans jamais relâcher sa proie. La musique est essentielle pour les héroïnes, mais il n'y en a presque jamais à l'écran! Un peu de Beethoven et du Chopin pour marquer les esprits, en terminant le tout sur une note plus que nostalgique. C'est donc l'utilisation du bruit qui se veut fondamentale. Les émotions se métamorphosent par le vent, l'eau, les rudiments technologiques, les sauterelles, les oiseaux et les avions. Les voix sont peut-être entravées, ce n'est pourtant pas dommageable. Pour bien comprendre la langue originale, le Portugais, il y a de superbes sous-titres jaunes en anglais et en français.
La meilleure façon de vendre un film étranger est de multiplier les critiques écrites et d'inscrire sur le boîtier "Winner Sundance Film Festival". La nouvelle odyssée du réalisateur de Me, You, Them ne fait pas exception. Ce n'est pourtant pas ça qui rend la pochette si jolie. C'est plutôt le sable, le regard sévère de Montenegro et le minois de Torres. Dommage que le menu principal du DVD reprend grossièrement cette illustration sans n'amener aucun mouvement et sans l'accompagner de la moindre note musicale. En guise de suppléments, il y a neuf bandes-annonces de futures productions et un documentaire de 52 minutes sur le tournage. Les actrices parlent de leurs personnages et la scénariste confesse que son histoire était en évolution constante. Le cinéaste est montré en train de filmer une scène et il explique longuement comment le lieu paradisiaque n'était pas très accessible. Un segment intéressant et pertinent qui aurait pu être coupé de moitié pour être remplacé par une piste de commentaires beaucoup plus visuels.
La première erreur serait de confondre "The House of Sand" avec le House of Sand and Fog de Vadim Perelman, un drame psychologique intense mettant en vedette Ben Kingley et Jennifer Connely. La deuxième serait d'abandonner le visionnement sans avoir multiplié les efforts nécessaires. Oui, c'est souvent statique et plus beau que bon, mais la dernière heure compense largement pour les faiblesses de l'introduction. À expérimenter patiemment.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |