I Am Guilty (Falscher Bekenner)
TLA Releasing /Heimat Films

Réalisateur: Christoph Hochhäusler
Année: 2005
Classification: NR
Durée: 87 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Allemand (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 10
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
25 février 2007

L'adolescence a toujours été une des périodes les plus problématiques de l'existence. Pour son deuxième film, le cinéaste allemand Christoph Hochhäusler a décidé de filmer l'ennui qui ressort du quotidien et le désir d'être reconnu. Lentement et sûrement, "Falscher Bekenner" (rebaptisé "I am Guilty" en anglais) pique nettement plus la curiosité que le dernier bonbon sucré de Sofia Coppola.

Armin (Constantin von Jascheroff) se sent tourner en rond. Sa famille exigeante le pousse pour qu'il se trouve un boulot, sauf qu'il a tendance à être taciturne et replié sur lui-même en entrevue. Il regarde longuement une amie sans lui avouer ses sentiments et ses promenades sans but évident sont de plus en plus interminables. Pour mettre un peu de piquant, il se décide d'envoyer des lettres anonymes à la police sur des accidents qui viennent se de dérouler. Peu à peu, le jeune adolescent commence - peut-être bien - à perdre contact avec la réalité en s'embourbant dans son marasme. La mince ligne entre la vérité et les fantasmes n'aura jamais été aussi floue.

Comme son précédent et supérieur Milchwald, Hochhäusler aime bien dresser le portrait d'une famille étouffante qui exclut de plus en plus un de ses membres. Cette fois, c'est le fils cadet qui n'est plus capable de supporter la pression extérieure. Malgré tous ses efforts, ce n'est jamais assez pour être au même niveau que les autres. Au lieu de réagir, il s'isole dans des rêves éveillés, des séquences furtives énigmatiques. Du début à la fin, le réalisateur joue avec la patience de son public, conscient qu'il perdra deux ou trois personnes en chemin. Le rythme assez lent de "Falscher Bekenner" et ses desseins difficiles à saisir pourront rebuter, mais c'est justement ces éléments qui s'avèrent les plus pertinents. Comme les "héros" du Elephant de Gus Van Sant, le principal protagoniste a un mal de vivre intense et il risque de passer aux actes à tout moment. Constantin von Jascheroff arrive à défendre ce rôle ardu avec vigueur et précision, sans jamais flirter avec la démagogie.

La musique occupe une place particulière dans ce récit. Au départ, il n'y en a presque pas. Graduellement, une trame sonore vaporeuse au piano apparaît. Elle accélère discrètement, créant une tension à la façon de Hitchcock. À la fin, c'est l'explosion lourde et rugueuse par l'entremise d'un groupe populaire. Les mélodies ne viennent jamais trop envahir les enceintes au point de brimer les dialogues en allemand. Pour faciliter la compréhension, de très visibles sous-titres anglophones jaunes sont disponibles. Les images posent un peu plus de difficultés. Les couleurs sombres sont nombreuses dans la première partie et lorsque la blancheur du jour apparaît, il est clair que les contrastes ne sont pas totalement à point. Pendant cette période, il est aisé de découvrir un peu de blocage sur une couverture rayée et du grain en arrière-plan. Plus le film avance et plus les textures prennent de l'ampleur. Les détails deviennent davantage conséquents et perfectibles. Une nette progression dans le bon sens!

La pochette sobre respecte le déroulement fin et calculé de l'histoire. Constantin von Jascheroff regarde dans le vide pendant qu'un sombre masque le fixe ardemment. Le menu principal est découpé en trois axes. Les deux premiers représentent des séquences en mouvement, alors que le dernier se contente de recréer les principaux éléments du boîtier. Une musique rythmée et mécanique lacère le tout. Tant mieux, elle fait presque oublier la faiblesse des suppléments. Entre trois bandes-annonces et une galerie de photos de 38 secondes qui défilent automatiquement, c'est peu. Le commentaire écrit du réalisateur avait du potentiel... sauf que l'écriture est lilliputienne et sa façon de trop expliquer les situations n'est pas la plus cinématographique. Mieux ne vaut jamais la lire et se construire des conclusions imaginaires.

Doté d'une mise en scène discrète et étonnamment solide (une scène verbeuse voit la caméra tourner de gauche à droite dans un même plan), "Falscher Bekenner" joue la carte du suspense sublimé au drame psychologique latent. Comme chez David Lynch, l'intrigue emprunte différents chemins pour se conclure brutalement, sans que toutes les clés soient réellement connues. En plongeant le spectateur dans la peur et l'incertitude, Hochhäusler réussit son pari de revitaliser un cinéma allemand qui a tendance à faire du surplace.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments2
Vidéo6
Audio7