Du documentaire brillant et dérangeant (L'avocat de la terreur), Barbet Schroeder retourne au film de fiction avec "Inju: La bête dans l'ombre", un suspense lent et intelligent qui laisse le spectateur sur sa faim.
Romancier et grand admirateur de l'écrivain nippon Shundei Oe, Alex Fayard (Benoît Magimel) se rend au Japon pour faire la promotion de son nouveau livre. À son arrivée, il tombe amoureux d'une belle geisha (Lika Minamoto) au passé trouble, qui le conseillera dans sa quête de retrouver son idole et compétiteur: le mystérieux Shundei Oe que personne n'a encore jamais vu!
Après une vague de films américains pas toujours convaincants, le cinéaste du troublant La virgen de los Sicarios pose ses pénates en France pour explorer le thème de l'étranger perdu, qui débarque cette fois à Kyoto sans ses repères. Par sa première scène particulièrement violente et dérangeante qui s'avère la parfaite mise en abyme du récit, le long-métrage traitera d'apparence et de littérature dans un univers de simulacres où le vrai et le faux se côtoient sans cesse. Une réalité trouble qui évoque le cinéma de Brian de Palma, avec ces rêves et ces hallucinations qui bercent une enquête policière.
Loin de se faciliter la vie et de plonger tête baissée dans le divertissement bête et stupide, Schroeder a préféré prendre son temps, handicapant ce suspense qui fonctionne à moitié (et dont les motifs deviennent évidents avant la conclusion sardonique) au profit d'une étude psychologique valable sur le succès et l'identité. La prémisse, qui pourrait paraître invraisemblable, s'avère plutôt surréaliste, ce qui n'est pas plus mal, éloignant quelque peu le spectateur voyeur de chemins trop arpentés. Bien que les comédiens ne soient pas toujours convaincants, Benoît Magimel offre une performance hypnotique, qui s'inscrit aisément dans l'ambiance développée jusque-là.
La très jolie photographie et l'admirable direction artistique sont appuyées par de solides images aux couleurs précises, aux teintes subtiles et aux contrastes nuancés. L'idéal pour faire oublier ces traces de grain et de blocage qui ne dénaturent en rien le résultat final. La musique très présente, fortement inspirée des ouvrages du père de Dressed to Kill, évoque à la fois le mystère et le drame, devenant presque un personnage à part entière. La piste sonore francophone, qui n'est pas insensible aux charmes des différentes enceintes (proposant au passage des bruits de cloches, de bicyclettes, de sabres...), met l'emphase sur les dialogues, toujours clairs et précis, qui peuvent être accompagnés de visibles sous-titres blancs.
La pochette rouge et noire laisse émaner une ombre dangereuse qui semble épier les deux protagonistes. Le menu principal du DVD reprend cette idée inquiétante en demeurant malheureusement statique. Une mélodie chargée en émotions assure la navigation, qui se déroule à la vitesse de l'éclair, car il n'y a aucun supplément pour continuer le périple, ce qui est bien entendu décevant.
"Inju: La bête dans l'ombre" est loin d'être un grand film de Barbet Schroeder. Le sujet n'est pas neuf, le rythme est parfois défaillant et la progression ne tient pas toujours en haleine. Pourtant, malgré ces faux pas, l'ambiance envoûte rapidement, et les charmes exotiques du Japon, doublés de la prestance physique de Benoît Magimel, piquent suffisamment la curiosité qu'il sera difficile de décrocher avant la fin.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |