Petit ovni cinématographique aussi fascinant que déroutant, "Innocence" est une curiosité qui mérite de multiples visionnements afin que les nombreux messages se décodent plus naturellement. Austère, lent, organique, onirique: l'expérience est totale et elle ne risque pas de plaire à tous. Les premières images piquent indéniablement la curiosité. Une petite fille sort d'un cercueil. Elle est aidée par des fillettes de différents âges. Ensemble, ces figures de pureté et d'innocence évoluent dans une maison quelque peu lugubre et un jardin verdâtre. Il y a des nourrices pour faire les repas et deux institutrices. Si peu d'adultes et jamais d'homme. Cette population féminine âgée entre six et douze ans apprend les bonnes manières, à vivre ensemble et à danser. S'il y a des âmes qui cherchent à s'enfuir de ce lieu paradisiaque, d'autres ne voudront jamais quitter cette barrière protectrice. Mais avec le passage du temps, toutes devront affronter la vraie vie.
Lucille Hadzihalilovic est surtout connue comme étant la copine de Gaspard Noé et pour avoir travaillé sur son très singulier Irréversible. Pour son premier long métrage, elle quitte l'univers de la violence pour adapter une courte histoire de Franz Wedekind. "Innocence" est donc un exercice de style assez éblouissant qui se veut aussi féerique que déboussolant. Le film se regarde comme un rêve. De multiples pièces semblent manquer au casse-tête et il faudra se retaper le tout de multiples fois afin de bien saisir les métaphores.
En empruntant des chemins déjà arpentés par M. Night Shyamalan dans The Village et Peter Jackson dans Heavenly Creatures, l'essence d'"Innocence" n'est pas si floue. Cependant, le rythme d'une extrême lenteur tarde à maintenir l'intérêt. Contrairement à un Terrence Malick qui prend son temps pour créer de la belle poésie puissante et lyrique, celle de Hadzihalilovic est un peu rude, artificielle. Ce traitement lourd et empoté rejoint les morales de cette éducation troublante qui sont aux antipodes de la beauté formelle de certaines scènes. Voilà pourquoi les acteurs aux émotions pratiquement inexistantes et aux traits virginaux sont considérés à jouer dans la note. Un peu comme 1984 ou Le Meilleur des mondes, l'humain devient un robot lorsqu'il réside dans un climat coercitif.
Aux premiers abords, c'est l'aspiration d'un univers parfait qui prend toute la place. Les paysages sont saisissants et les êtres semblent en symbiose avec la nature. La couleur verte est partout et les teintes du DVD sont toujours très distinctes. Sans doute que des égratignures peuvent survenir vers la fin et que le générique du début est pénible à lire. Mais pour ces quelques inconvénients, des bénéfices plus élevés sont de la partie. Les images sont parfois sidérantes et elles contiennent une multiplicité étonnante de détails. Le ton devient sombre ou ensoleillé au bon moment et il n'y a jamais de mélange de couleurs. Quant aux sous-titres blancs, ils sont assez visibles. Contrairement aux idées préconçues, l'aspect audio est assez déroutant. Au moment où les jeunes filles sont dans le bois, les haut-parleurs situés sur le côté tardent à recréer l'atmosphère. Plus loin, alors que le spectateur n'attend plus grand-chose de leur part, des bruits d'oiseaux très présents se font ressentir! Si la musique subtile reste toujours en arrière-plan, il est extrêmement difficile de bien entendre les personnages. Il faut hausser drastiquement le son pour bien saisir les phrases et s'il y a un bruit plus élevé que les autres, le spectateur sursaute presque jusqu'au plafond!
À l'image du long métrage, la pochette se veut enfantine, relaxante et très centrée sur la nature. Le menu principal de ce DVD reprend la même pose (des pieds d'enfants), mais sans y amener de l'interactivité ou de la musique. Au contraire, tout y est stérile et les icônes sont beaucoup trop petites. Étant consciente que son premier bébé cinématographique est atypique et hors norme, la réalisatrice n'a pas voulu lever le voile de mystère en y incluant une piste de commentaires. Au contraire, sur sa présentation du film, elle parle si vaguement de son récit que cela en devient presque irritant. "Innocence" possède quelques nuages nébuleux, mais ce n'est tout de même pas un suspense! Outre la traditionnelle bande-annonce, la jeune actrice Zoe Auclair fait revivre son expérience en décrivant différentes photos. Un gros dix minutes extrêmement mignon qui donne chaud au cœur.
Sans doute que la plupart des gens s'ennuieront à mourir devant "Innocence" qui cultive les non-actions et les non-dits. La fin peut laisser sur sa faim et elle offre un sentiment brouillon. Mais à force de revoir le tout encore et encore, tout devient légèrement plus clair, plus audible, plus potable. Le cinéma peut être autre chose qu'un futile divertissement.
| Film | 6 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 5 |