Un des meilleurs opus de 2010, "I am Love" décrit avec passion et déchirement la vie en apparence paisible et ennuyeuse de la bourgeoisie. Un très grand film qui laissera des souvenirs impérissables à tous les cinéphiles.
Chez les Recchi, tout fonctionne au quart de tour. Les hommes s'activent à faire rouler l'entreprise familiale, alors que les femmes s'occupent autrement. Ce moule, parfait et incassable, se fracture de partout lorsque la mère Emma (Tilda Swinton) se met à développer une relation torride avec le meilleur ami (Edoardo Gabbriellini) de son fils (Flavio Parenti)...
Il ne faut pas nécessairement se fier à la prémisse. Derrière ses airs de mélodrames convenus se cache une véritable pépite d'or qui n'attend qu'à se faire cueillir. Tout débute par la mise en scène impeccable de Luca Guadagnino qui fait toujours ressortir le plan parfait, misant sur le détail révélateur: la neige universelle de l'introduction, la caméra qui colle au chignon de Tilda Swinton (comme chez Hitchcock), les aléas entre la nature et la ville, etc.
Tout cela est au service d'un scénario dantesque où il n'y a pas de bons ou des mauvais, mais seulement des victimes. Plus qu'une fine analyse des classes sociales, ce portrait d'abord d'une femme se veut un exposé des rouages de la famille qui n'arrive pas à vivre avec son époque. Les données politiques et économiques (par exemple ces effets de la mondialisation) servent constamment les individus qui s'évadent pour exister... ou qui demeurent pour mourir. Le désir d'amour (donc de vie) transcende les âmes, dérogeant les cadres fixes de la société pour se manifester autrement.
L'être humain demeure constamment au centre des préoccupations. Malgré un ou deux parallèles moins maîtrisés (avec des fourmis), le cinéaste fignole son œuvre d'art en titillant les sens, notamment le goûté par une séquence explosive qui aurait facilement pu verser dans le kitch. Cette démarche artistique ne sent pas l'exercice de style, car les personnages font vibrer par leurs passions et leurs désarrois, jusqu'à cette conclusion tout simplement inoubliable. Tilda Swinton trouve aisément son meilleur rôle en carrière, illuminant de sa beauté triste. À ses côtés se succède une distribution impressionnante qui évite constamment les faux pas.
La musique inestimable de John Adams est une autre raison de rendre les armes tant les émotions déferlent à l'écran. La piste sonore italienne en Dolby Digital 5.1 utilise peu les différentes enceintes (hormis pour y faire ressortir des mélodies), se concentrant sur les dialogues. Afin de bien comprendre tout ce qui se dit, il faut insérer de visibles sous-titres blancs en français, en anglais ou en espagnol. Les images un brin poussiéreuses (mais quelle superbe photographie!), aux couleurs précises et aux teintes qui prennent peu à peu de l'expansion, font oublier ce léger grain par des contrastes tout à fait honnêtes.
La pochette a beaucoup de classe, montrant la famille des Recchi qui semble n'avoir rien à cacher... Le menu principal du DVD reprend un peu mécaniquement ce thème, qui demeure malheureusement statique et sans rien pour agrémenter les oreilles. La qualité des suppléments rachète le tout. Il y a une bande-annonce, un documentaire de 15 minutes qui permet de bien saisir la vie sur un plateau de tournage, plus de 70 minutes d'entrevues tout à fait intéressantes avec la plupart des comédiens et du metteur en scène, ainsi qu'une instructive piste de commentaires narrée par Tilda Swinton et Luca Guadagnino.
"I am Love" est un film d'exception qu'il ne faudrait manquer sous aucun prétexte. Une fois passé les sous-titres s'ouvre un magnifique univers riche d'intrigues et d'émotions, avec des sens qui sont complètement en ébullition et des acteurs irréprochables. Un coup de cœur total qui mérite d'être vu plus d'une fois.
| Film | 9 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |