Petit film britannique qui est passé pratiquement inaperçu lors de sa sortie en salles il y a de cela quelques mois, "Irina Palm" reprend le concept de la femme forte qui se sacrifie corps et âme pour sauver ses proches. Une œuvre à la fois originale et sensible qui fait sourire. Lorsque le plaisir se veut léger.
Maggie (Marianne Faithfull) a 50 ans et elle est désespérée de la maladie qui a touché son petit-fils. Afin de le soigner, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Pour en trouver, la veuve décide de postuler dans un club de danseuses. Rapidement, elle devient Irina Palm, une des femmes les plus réputées pour son poignet droit, qui réussit à rapporter un prestige étonnant au commerce de son patron (Miki Manojlovic). Tout cela se fait toutefois au détriment de la famille de la femme héroïne, dont le fils (Kevin Bishop) ignore tout de ses démarches.
Le cinéma britannique se veut souvent social et "Irina Palm" ne s'éloigne guère de cette marque de commerce. Les temps sont gris, les emplois payants sont rares et la moralité règne en reine absolue. Derrière les conventions se dresse une mère écarlate, toujours douce et dévouée, qui n'a pas peur de trahir son nom afin d'assurer la survie de sa chair. Une prémisse rappelant beaucoup l'excellent Vera Drake de Mike Leigh, mais en beaucoup moins mémorable.
Le ton est au drame intimiste qui est souvent relevé par de fines touches d'humour. Le sujet, s'il ne laisse pas indifférent (une grand-mère travaillant dans l'industrie du sexe), est traité de façon très prude, à tel point qu'il n'y a aucune partie de l'intimité masculine qui n'apparaît jamais à l'écran. Si la réalisation de Sam Garbarski manque parfois de mordant et que son traitement se veut généralement prévisible, sa façon de diriger ses acteurs compense pour ces quelques faux pas. Kevin Bishop est rapidement détestable, Miki Manojlovic montre d'une très belle sensibilité et c'est Marianne Faithfull qui rivera les gens à l'écran par sa dévotion totale. Son regard perce l'âme, tout comme son corps frêle et sa manie de toujours hésiter avant de sauter à l'eau.
La mise en scène se veut réaliste, avec cette image parfois rugueuse ces couleurs un peu ternes (du noir, du blanc, du gris). L'alternance entre le rayonnement de l'hôpital et la noirceur de la ville est relevée par de beaux éclairages bleus et roses lorsque la protagoniste pénètre dans son lieu de travail. Du blocage se fait toutefois ressentir en quelques occasions. Les pistes sonores titillent les différentes enceintes de bruits diffus (sons de trains, de voitures...) tout en mettant l'emphase sur les dialogues généralement audibles. Cependant, l'accent britannique peut être à couper au couteau, et il n'y a aucun sous-titre pour venir à la rescousse. Heureusement, la traduction francophone est tout à fait supportable. La musique de Ghinzu, atmosphérique à souhait, multiplie des leitmotivs mélodiques qui campent parfaitement l'ambiance.
La pochette rouge et verte montre le visage d'une femme apeurée. Le menu principal du DVD reprend l'esprit de cette image sans y superposer le moindre mouvement. Il y a cependant une mélodie douce et mélancolique qui donne le ton à l'ouvrage. Outre la bande-annonce originale qui dévoile un peu trop l'intrigue et une série de quelques publicités, les suppléments s'articulent autour de deux documents. Le premier retrace les répétitions et le choix des comédiens, revenant sur les enjeux moraux, la naissance du projet et l'utilisation de matériaux techniques (comme des godemichés) afin de ne pas trop scandaliser le spectateur. Le second va davantage en profondeur. Il s'agit de longues entrevues en compagnie de Marianne Faithfull, de Miki Manjlovic et de Sam Gabarski. Les questions demeurent simples sans être simplistes, et les réponses dévoilent les parts d'ombre - et de lumière - des personnages et des thèmes rencontrés. Une piste de commentaires aurait cependant été appréciée.
Par son sujet original et ses performances éclatantes de comédiens chevronnés, "Irina Palm" arrive à sortir de l'anonymat. Ce n'est sans doute pas le long-métrage le plus fascinant de l'année ni même le plus attrayant. Cependant, le rythme est suffisamment alerte, tout comme la description de ce milieu fermé. Et avec la présence d'une piste sonore française, un plus large public pourra être sensibilisé aux péripéties de cette femme plus grande que nature. Une belle découverte qui a tout de même été en compétition officielle à la 57e édition du Festival de Berlin.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |