L'Ivresse du pouvoir
Métropole Films Distribution

Réalisateur: Claude Chabrol
Année: 2006
Classification: PG
Durée: 110 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51, DD20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 13
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
4 juillet 2007

Les films de Claude Chabrol se suivent sans trop se ressembler. Dans son dernier récit typiquement bourgeois "L'ivresse du pouvoir", il traite de la politique et du droit en utilisant une grosse dose d'humour et en confiant à Isabelle Huppert un personnage qui lui va à merveille.

Les rôles sont dorénavant inversés. Après avoir été le tortionnaire d'Isabelle Huppert dans Les Sœurs fâchées, François Berléant est maintenant sa victime juridique. Il incarne Humeau, un homme haut placé travaillant pour l'État qui a dépensé beaucoup d'argent inutilement. L'ancienne "Gabrielle" incarne Jeanne Charmant Killman (quel sobriquet!), la juge d'instruction qui est chargée d'enquêter sur cette sombre histoire impliquant de nombreuses personnes importantes. En naviguant souvent sans lumière dans ce monde où la corruption semble mener la danse, l'héroïne ambitieuse et fendante voit sa vie familiale se dérober sous ses pieds.

Ce scénario au potentiel immense s'inspire du dossier Elf, une tache française qui n'est pas sans rappeler le fameux scandale canadien des commandites. Le connaisseur des faits pourra même y voir de nombreuses filiations ou des hasards souvent extraordinaires qui le feront rire énormément. Dans sa mise en scène soignée, mais un peu trop conventionnelle, l'homme derrière La Cérémonie se contente du minimum. La première moitié construit un suspense parfois intrigant qui ne mènera finalement à rien. Au moment crucial, l'intrigue chute dans la comédie presque burlesque, où des échanges cyniques détruisent complètement le rythme. Vers la fin, après une pléiade de tumultes, un quelconque drame s'accapare de la conclusion, poursuivant le périple du spectateur dans l'indifférence.

Ces nombreuses ruptures de tons risquent de mettre k-o le public non averti. Cependant, un deuxième visionnement s'avère nécessaire, seulement pour voir d'un nouvel oeil les desseins du réalisateur. Son nouveau film n'épouse plus du tout la tangente du drame ou du suspense, mais il s'agit plutôt d'une énorme critique sardonique du système, des rouages qui le fait fonctionner et, comme le dit si bien un des protagonistes, de "l'image de la justice". C'est en s'attardant aux petits détails que le rire se veut omniprésent. À commencer par les noms trop hilarants des différentes personnes qui se font tous appeler "monsieur le Président". Ces "maîtres par le bas" et autres "monsieur de l'ombre" sont sujets à une multitude de jeux de mots tous plus réussis les uns que les autres. Et il y a les répliques, toujours cinglantes, qui ne finissent plus de dérouter.

La qualité de l'interprétation évite l'anonymat. L'actrice fétiche de Chabrol, Isabelle Huppert, possède une autorité naturelle qui transforme son personnage en Super Woman. Son air supérieur et sa langue de vipère, attendus, mais toujours efficaces, lui confèrent un avantage absolu sur le monde qui l'entoure. À ses côtés, François Berléant persévère avec ses mimiques graves qui lui évitent généralement de sombrer dans la facilité. Ce n'est toutefois pas le cas de Patrick Bruel qui laisse froid dans la grande majorité de ses présences.

Les aspects techniques de la production demeurent solides. Les deux pistes sonores francophones s'avèrent complexes (les bruits vont de la voiture aux chants d'opéra en passant par des applaudissements et des sonneries de téléphone) et les visibles sous-titres blancs en anglais ouvrent de nouveaux horizons à un public encore plus diversifié. La musique orchestrale enveloppe également le tout dans une couche réconfortante qui est très onctueuse. Les images sombres sont toujours précises et la qualité des détails s'avère indéniable. Du blocage peut apparaître à quelques endroits comme sur des collets, mais leurs effets s'estompent rapidement. Les contrastes sont sentis sans être parfaits, ce qui donne une peau particulièrement blanche.

Une prise de vue assez significative apparaît sur le boîtier. Il y a une Isabelle Huppert toute de noir vêtue, tenant un téléphone cellulaire de ses gants rouges et elle semble marcher dans un espace complètement blanc. Le menu principal du DVD reprend facilement le tout sans y superposer de mouvements ou de mélodies. Navrant. Tout autant que cette bande-annonce originale qui fait figure d'unique supplément. Une piste de commentaires ou un quelconque documentaire n'aurait certainement pas fait de mal à personne.

"L'ivresse du pouvoir" s'apparente à la maison mal isolée. Sur papier, le dessin est prometteur. Même que le principal matériel - Isabelle Huppert - est de première qualité. Sauf que le tout semble avoir été bâclé trop rapidement. Les fondations ne peuvent être bonnes lorsque la besogne suit un modèle IKEA qui transforme le suspense en comédie? À la première écoute, oui. Mais à la seconde, les défauts se mutent en avantages, comme ce petit diamant jeté par erreur qui se révèle plus que pertinent. L'époustouflant documentaire "La Fille du juge" se veut néanmoins plus puissant et saisissant sur la déroute familiale et politique qui peuvent toucher l'existence d'un juge d'instruction.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments1
Vidéo7
Audio7