Japón
Les Films Séville Pictures / Tartan Video

Réalisateur: Carlos Reygadas
Année: 2002
Classification: NR
Durée: 126 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Espagnol (DD51, DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 17
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Renaud Blanchet
10 mai 2005

Alors que le cinéma mexicain prend de plus en plus d'expansion au niveau mondial, de nouveaux talents issus de cette nation naissent devant et derrière la caméra et ne cessent d'en jeter plein la vue. C'est en quelque sorte le cas de Carlos Reygadas. Sorti dont ne sait trop où, ce nouveau réalisateur a gagné en 2002 la caméra d'or du Festival de Cannes alors qu'il en était à ses premières armes avec son film "Japón". Tourné avec visiblement un budget réduit, le film laisse présager une carrière impressionnante pour le jeune metteur en scène de 34 ans. Avec "Japón", Reygadas signe ici une œuvre empreinte de lyrisme et d'honnêteté qui n'est pas sans rappeler le Solyaris et le Zerkalo de Tarkovski. Comme un bédéiste, le jeune réalisateur sait quand il doit s'effacer et laisser parler les superbes images qu'il a filmées avec sa caméra 16mm. De tout cela, il en résulte un film touchant, vrai et sans prétention.

Côté scénaristique, "Japón" est une œuvre plutôt mince. En tout en pour tout, le scénario ne devait pas peser bien lourd. Essentiellement, c'est l'histoire d'un homme qui se retire dans un coin perdu afin d'y vivre ses derniers jours avant qu'il ne se suicide. Une fois sur place, il s'attache à la vieille dame pieuse et généreuse comme une sainte chez qui il réside qui est sur le point de perdre sa grange... À titre d'information, le film dure un peu plus de deux heures... Bien que la beauté des images et des décors naturels soit à couper le souffle, il n'en demeure pas moins que dans certains cas, le lyrisme est une arme à deux tranchants. Certaines fois le spectateur est tellement fasciné par un plan que malgré son prolongement bien au-delà du nécessaire, il n'y voit aucun problème. Cela dit, lorsque l'action de la scène est terminée et que le plan continue pendant une trentaine de secondes ne montrant qu'un jeune garçon se jouant dans le nez, là, c'est autre chose. Une fois le stade "c'est dégueulasse!" passé, on est en droit de se demander si le film ne s'étire pas inutilement pour rien. Mais, malgré ses longueurs, le film n'en demeure pas moins captivant par le brio technique sur lequel il navigue. Les images sont époustouflantes, les trames sont exquises et les performances inébranlables. Même s'il manque une étincelle de contenu, le film n'en demeure pas moins une œuvre magnifique.

"Japón" souffre d'un transfert pour le moins imparfait. Bien que les images du film soient époustouflantes notamment à cause de leur surexposition, cela n'excuse pas tout à fait les blancs trop éclatants et les noirs vaseux. Pour l'audio, alors là, c'est un exemple à suivre pour tous les studios. La piste Dolby Digital 5.1 est subtilement travaillée et permet au spectateur une immersion absolue dans cet univers désertique et brut. Le vent envoûtant souffle dans les cinq canaux et de concert avec les cris des criquets et les chants des oiseaux nous transportent dans ce monde un peu morbide criant la quête d'espoir et le retour du désir d'une sexualité crue, vivace et vraie. Lorsqu'on ajoute à ce joyeux mélange la musique de Bach, il n'y a pas de mots assez forts pour décrire la fascination exercée par ces pistes sonores. Un travail magnifique.

Les suppléments sont peu nombreux, mais font un bon travail. On a droit aux bandes-annonces de "Japón" ainsi qu'à Bush's Brain, un documentaire sur Karl Rove, le conseillé présidentiel de Bush qu'on surnomme le "coprésident" des États-Unis. Puis, le clou du spectacle, une entrevue avec Reygadas d'une quarantaine de minutes au cours de laquelle on découvre un homme sans prétention et sans aspiration hollywoodienne qui parle un anglais cassé. Il parle de sa collaboration avec son directeur photo, de ses études cinématographiques, des ses influences, de ses acteurs et de la scène-choc du film lors de laquelle la dame âgée apparaît nue et se livre à une activité sexuelle crue et sans romance avec le protagoniste. Somme toute une excellente entrevue. Très satisfaisante.

Finalement, "Japón" est une œuvre d'une honnêteté à toute épreuve. Bien qu'on y dénonce rien et qu'il n'y ait pas vraiment de message politique ou autre, on y retrouve cependant une humanité unique et propre qu'aucun film n'avait atteinte depuis longtemps. L'iconographie est sans précédent et les aspects techniques sont maîtrisés avec panache. S'il est difficile de mettre le doigt sur le véritable sujet du film, il n'en est pas moins facile à apprécier. Dans toute sa simplicité, le film de Reygadas crie l'espoir retrouvé, le levé d'un jour nouveau, magnanime et plein de promesses; Japon: pays du soleil levant, du renouveau et de la deuxième chance.


Cotes

Film8
Présentation6
Suppléments8
Vidéo7
Audio10