J'attends quelqu'un
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Jérôme Bonnell
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 96 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DDST)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
12 avril 2008

Petit film français qui n'a jamais été distribué dans les salles du cinéma du Québec, "J'attends quelqu'un" prend sa revanche en séduisant au plus haut point avec son histoire toute simple et ses comédiens parfaitement authentiques.

Dans une petite ville, les gens viennent et repartent au gré du vent. Louis (Jean-Pierre Darroussin), le sympathique propriétaire d'un café qui ne pense très souvent qu'au sexe, a un faible pour la prostituée Sabine (Florence Loiret-Caille). Sa sœur institutrice Agnès (Emmanuelle Devos), même si elle ne semble pas malheureuse avec son copain journaliste Jean-Philippe (Éric Caravaca), est particulièrement ravie de revoir Stéphane (Sylvain Dieuadie), un ancien élève. Ce dernier est de retour pour pouvoir mieux accepter sa vie... ou pour se replonger dans ses souvenirs les plus déchirants.

"J'attends quelqu'un" est une œuvre simple, dénuée de tous artifices et portée par la mise en scène souple et discrète de Jérôme Bonnell (Le chignon d'Olga). Ce n'est pas un film choral, mais de nombreuses histoires se croisent et se décroisent au sein d'une population qui se connaît de regards. Le hasard et le destin n'ont pourtant aucun espace de manœuvre. Tout y est finement calculé, que ce soit ces scènes de nudité qui ne montrent absolument rien, ces clins d'œil à Flaubert et cette dichotomie parfaitement maîtrisée entre les dialogues et les silences. L'inclusion des répétitions (cette dame avec ses trois chiens blancs) va à crescendo de ces espaces psychologiques qui implosent de plus en plus, obligeant les protagonistes à modifier leurs comportements. Et il a cette zone de confort qui est transgressée - où les secrets volent en éclat par la disparition des habitudes - par l'apparition du gros chien noir. À la fin, le générique se clôt par le départ de quelques êtres, et il y a cette surprise poilue qui en fera sourire plus d'un.

Le long-métrage ne cherche pas à faire rire outre mesure. Il y a bien quelques gags discrets, sauf que l'emphase est mise sur les relations entre les individus. Avec autant de personnages, il y a aura des destins mieux développés que d'autres. Les scènes les plus intéressantes concernent le toujours fantastique Jean-Pierre Darroussin qui grogne et qui cherche son lot de bonheur. Son duo avec la séduisante Florence Loiret-Caille est d'une infinie tendresse, entre tragédie et comédie. Emmanuelle Devos défend une figure moins consistante et très souvent, elle ne doit pas compter sur Éric Caravaca pour l'amener à se surpasser. Loin derrière se trouve un honnête Sylvain Dieuaide dont les intentions sont devinées dès les premières séquences. Un poisson libre (en apparence, bien entendu) qui navigue jusqu'aux autres histoires plus compliquées.

Les images sont réalistes et les éclairages évoluent selon le récit. Les textures, un peu blanchâtres, offrent des couleurs justes et des contrastes plus que respectables. Si du blocage peut apparaître sur des barreaux, ce n'est jamais pendant très longtemps. La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 s'avère peu exploitée. Hormis des cris d'oiseaux, il n'y a pratiquement rien d'autre pour camper une atmosphère particulière. Les importants dialogues se détachent favorablement du lot, et il y a d'intéressants sous-titres anglophones blancs. La musique, assez rare, est composée de notes de piano qui touchent rapidement la cible.

La pochette est tout à fait oubliable. Au bas, il y a une dame et des chiens et au haut, le visage des principaux protagonistes. Le menu principal du DVD reprend cette pose statique en y superposant une jolie mélodie instrumentale. Comme c'est trop souvent le cas de petits films étrangers, aucun supplément n'est venu se greffer à l'ensemble.

En se dévoilant par ses regards et ses répétitions, "J'attends quelqu'un" ne gagnera jamais un concours de popularité. Au contraire, il faut parfois s'y investir et suivre jusqu'aux bouts ces personnages ni aimables ni détestables qui cherchent à donner un sens à leur existence. Un moulin lent et pas toujours réconfortant sur le temps qui passe.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments-
Vidéo7
Audio6