Israël et la Palestine, les éternels frères ennemis, sont au centre des préoccupations de "Close to Home" ("Karov La Bayit" en version originale pour une traduction québécoise qui devient "Une jeunesse comme une autre"), une jolie petite œuvre sur deux femmes soldates qui sont exaspérées par le climat de violence qui rôde.
Des filles de 18 ans patrouillent dans les rues de Jérusalem pour contrôler les gens et faire régner la paix. Dans le lot, il y a la turbulente Smadar (Smadar Sayar) qui ne rêve que de faire l'armée buissonnière, et la plus attentionnée Mirit (Naama Schendar). Ces deux âmes se chamaillent sans cesse, sauf que leur devoir doit être accompli, sinon des innocents risquent d'en pâtir. Et il n'y a personne de meilleur que le commandant Dubek (Irit Zimbris) pour les ramener à l'ordre.
Pour leur premier film, Dalia Hager et Vidi Bilu traitent d'une douloureuse réalité avec beaucoup de doigté et de finesse. Le manichéisme a généralement été laissé au vestiaire et il est remplacé par un urgent sentiment d'égalité qui ne fait pas toujours le poids face à la pression en place. Comme plusieurs films avant lui, "Close to Home" puise sa matière première du contexte familial, cette bonne vieille sphère privée qui est si importante. Ainsi, ce sont les éléments politiques et historiques qui viennent ébranler l'histoire, la menant dans des détours sinueux, la troublant de larmes et d'épreuves.
Même si le sujet n'est pas toujours pleinement captivant, les protagonistes le sont et c'est ce qui compte. Smadar Sayar peut s'avérer rapidement énervante, mais elle est également touchante aux moments opportuns. Face à elle, Naama Schendar est plus introspective, se terrant derrière un mutisme assumé. Ces esprits, la nouvelle jeunesse israélienne muselée, apprennent rapidement à prendre leurs responsabilités face aux autorités en place. En figure de pouvoir, Irit Zimbris impose le respect, quoique son personnage ne se veut pas toujours très nuancé.
Cette œuvre guerrière sans trop d'effusion de sang bénéficie de décors réalistes et d'une photographie précise et détaillée, ancrée dans des tons sombres dominés par le noir et le gris. Bizarrement, la peau s'avère parfois un peu trop blanche, ce qui est troublant. Les imparfaits contrastes peuvent expliquer cette situation qui est loin d'être idéale. Quant au léger blocage, il n'apparaît que sur des zones quadrillées. Les pistes sonores en hébreu exploitent efficacement des bruits connus (automobiles, pluie, éclairs, explosions) sans verser dans la surenchère. Pour bien comprendre les dialogues, il faudra toutefois opter pour de très ordinaires sous-titres blancs en français ou en anglais qui se perdent parfois à l'écran. La musique est discrète, optant pour le jazz en arrière-fond ou un mélange de piano et de violon plus joyeux.
Puisqu'aucun supplément n'accompagne ce film, il faut chercher les aspects positifs ailleurs. Sur la pochette par exemple. Ces deux femmes qui se serrent devant de lourds nuages qui menacent une ville à son réveil s'avèrent assez jolies. Le menu principal du DVD ne reprend que cette pose statique sans rien y apporter de nouveau, mais le sublime post-rock de Yontan Bar-Giora marque les esprits par sa puissance et sa pertinence. Dommage que le tout ne soit pas plus long et que cet air n'apparaisse seulement qu'à la tombée du générique.
"Close to Home" est une histoire humaine sur une situation problématique qui tarde à se régler. En privilégiant l'intimiste au spectaculaire et à la dénonciation, les cinéastes évitent les prises de position, préférant s'attarder aux destins éprouvés de leurs héroïnes. Un peu prévisible, mais touchant comme tout.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |