En 2003, l'écrivain américain d'origine afghane Khaled Hosseini publie son premier roman, The Kite Runner. Best-seller instantané, choisi par Oprah pour son célèbre "book club". Consécration... Personnellement, je ne l'ai pas lu. Honte à moi direz-vous, mais bon je critique un film, pas un livre. Ce qui me permet d'éviter le jeu souvent futile des comparaisons entre une oeuvre littéraire et son adaptation au grand écran. Et puisque Mr Hosseini semble satisfait du résultat, ça me suffit. Cette adaptation étant le fruit du travail de Marc Forster, a priori un choix étrange pour cette fable humaniste controversée, étalée sur trois décennies de l'histoire tumultueuse de l'Afghanistan.
Amir et Hassan, deux jeunes Afghans, sont inséparables en dépit de leurs différences. Amir est Pashtoun et provient d'un milieu aisé, alors qu'Hassan est Hazari et fils du serviteur du père d'Amir. Pendant une compétition de combats de cerfs-volants, Amir coupe la corde d'un compétiteur et Hassan, son "courreur", se lance à la poursuite du cerf-volant abattu. Mais Hassan est agressé par une bande de vauriens qui le haïssent parce qu'il appartient à un clan minoritaire. Amir observera la scène sans intervenir ni appeler à l'aide. Cet évènement fatidique marquera la fin de leur amitié. Forcé d'immigrer aux États-Unis après l'invasion des forces soviétiques en 1978, Amir deviendra écrivain. Des années plus tard, il se lancera dans un périple dangereux pour réparer les torts du passé et se racheter d'une manière inattendue, en tentant de sauver le fils de son ami d'enfance.
Récit typique sur l'amitié, la loyauté, la trahison et la rédemption, "The Kite Runner" nous ouvre une fenêtre sur une culture qui nous est exotique et étrangère, en nous rappelant l'universalité des émotions. En arrière-plan, le film explore avec justesse certains éléments tragiques de l'histoire récente de l'Afghanistan sans jamais perdre de vue l'aspect humain et la quête expiatrice d'Amir, dont le parcours est à l'opposé de celui de son pays. Homayoun Ershadi (Baba, le père d'Amir) survole une distribution composée en majorité d'acteurs non professionnels, pour la plupart convainquant, bien que Khalid Abdallah (Amir adulte) ne distille pas tout à fait la force tranquille nécessaire pour assumer l'engagement émotif de son personnage. Tourné en partie en Chine (qui se substitue à l'Afghanistan), le film jouit d'une direction photo exceptionnelle et les images renforcent la dualité entre la désolation et l'espoir. Le motif récurrent des combats de cerfs-volants (de toute évidence créés en numérique) servant de lien entre la jeunesse du héros et sa maturité. Au final, le résultat est honnête et poignant, malgré un dernier tiers maladroit qui bascule dans le film d'action et qui arrive mal à traiter de façon inspirée des enjeux moraux au coeur du film.
Le transfert proposé sur cette édition est agréable et l'image rend bien la palette de couleurs réaliste dépeignant les rues poussiéreuses de l'Afghanistan et les teintes brunâtres des montagnes lointaines. Seules les couleurs vibrantes des cerfs-volants, symboles d'espoir, contrastent avec la désolation environnante. Autrement, la pellicule est propre et le niveau des contrastes et des détails est adéquat. La piste audio est équilibrée, accompagnant avec subtilité le spectateur au gré des émotions de ce périple initiatique, et l'excellente trame musicale d'Alberto Iglesias (sélectionnée aux Oscars) s'intègre parfaitement à l'environnement sonore. Les dialogues sont clairs et les sous-titres faciles à lire.
La présentation et les menus sont standards et quelques suppléments sont offerts. Pour débuter, la piste audio de commentaires avec le réalisateur, le producteur David Benioff et l'auteur Khaled Hosseini, aborde la genèse du projet et nous permet d'apprécier différentes facettes de la production. Forster et Hosseini nous entretiennent des difficultés inhérentes à l'adaptation du roman pour le cinéma, et semblent s'entendre sur les changements et les retouches nécessaires pour passer d'un médium à l'autre. En guise de compléments, "Words from The Kite runner" s'attarde au roman et à son auteur, alors que "Images from The Kite Runner" jette un regard sur le tournage. La bande-annonce du film est également incluse.
Malgré ses faiblesses, "The Kite Runner" a le mérite de nous offrir un film authentique, qui aborde des thèmes universels tout en nous offrant un véritable dépaysement. Amir a obtenu une seconde chance, on espère qu'il en sera de même pour son pays.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |