Klimt
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Raoul Ruiz
Année: 2006
Classification: 18A
Durée: 97 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais/Allemand/Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 15
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
28 décembre 2008

Le vénérable cinéaste Raoul Ruiz persiste et signe. Longtemps une valeur sûre du septième art, le réalisateur de Les trois couronnes du matelot voit maintenant ses films sortir anonymement, sans grande campagne de promotion. C'est très discrètement que "Klimt" est apparu sur les écrans de cinéma avant d'être redirigé vers le format DVD. Mieux vaut tard que jamais pour finalement attraper une œuvre atypique qui ne ressemble à presque rien.

C'est le destin turbulent et pas toujours évident de Gustav Klimt (John Malkovich), un peintre autrichien fasciné par le nu qui est louangé à Paris et censuré à Vienne. De son lit d'hôpital en 1918 à la fameuse exposition universelle 18 ans plus tôt, une parcelle de sa carrière est exposée, de sa fascination pour une mystérieuse femme (Saffron Burrows) à ses idées hors normes sur la religion, le racisme et toutes les critiques en général.

Le sujet aurait pu ressembler à n'importe quelle biographie. Heureusement, il n'en est rien. Sans atteindre la maestria d'un I'm Not There, "Klimt" bouleverse ce genre si consensuel et populaire. Ce vent frais se dessine principalement dans la mise en scène de Ruiz, entre quête identitaire, analogie, jeux de miroirs et ellipses temporelles. La caméra virevolte, change de forme et de peau, épouse les œuvres du peintre, avant de se métamorphoser selon les fantasmes de son auteur. Le tout devient palpable par le jeu détaché de John Malkovich, parfait en esprit divagant entre la réalité et ses chimères.

Ce procédé extrêmement original brouille rapidement la ligne directrice, qui passe du floue à l'incompréhensible en moins d'une heure. Un peu comme si le père de la Comédie de l'innocence puisait chez Lynch et Fellini pour en ressortir un ovni, difficile à saisir, mais sans cesse fascinant. Cette folie créative, qui devait durer initialement 135 minutes et qui a été coupée à seulement 96 minutes, n'est cependant jamais trop opaque. Au contraire, les touches humoristiques sont nombreuses, les dialogues pimentés s'avèrent omniprésents et le regard historico-politique sur les mœurs européennes du début du 20e siècle éclaire sur les années à venir.

Autant la réalisation est opulente, autant le rendu vidéo n'est pas à la hauteur. La très belle photographie laisse seulement échapper d'honnêtes couleurs. Les teintes sont traîtresses, bien trop lumineuses, et elles permettent à du grain et à des égratignures d'apparaître progressivement. Quelques reflets dorés sauvent cependant la mise vers la fin. Même constat sur le plan audio. La musique classique y est luxueuse et abondante, alors que les deux pistes sonores anglophones utilisent convenablement les différentes enceintes, faisant triompher des bruits de cloches, de verre, d'eau et d'applaudissements. Mais dans tout ce brouhaha, il est terriblement difficile de bien saisir les voix, beaucoup trop faibles. Et les minuscules sous-titres blancs en français ne sont pas là pour aider.

Un couple s'embrasse devant une toile représentative aux couleurs étincelantes : voilà l'idée de la très jolie pochette de ce long-métrage. Le menu principal du DVD continue de mettre l'eau à la bouche en combinant efficacement le visage de Malkovich, une mélodie entraînante et un montage ingénieux de scènes en mouvement. Après quelques visionnements, pourquoi ne pas se tourner vers les suppléments? De ce côté, il n'y a que la bande-annonce originale et un documentaire de 31 minutes. Les producteurs traitent de l'importance du peintre, le cinéaste explique sa démarche artistique et les acteurs éclairent quelque peu sur leur personnage. S'il est toujours bon de voir un créateur en action et d'en savoir davantage sur la pertinence et l'influence de quelques scènes, le segment laisse un peu sur sa faim.

Sans vouloir absolument coller à son modèle, Raoul Ruiz a réussi à s'approprier l'âme de son sujet, rendant au passage ses pulsions et sa passion. Ce film célèbre au passage l'art dans toute sa splendeur (le passage sur la musique est éloquent), sans fioriture ni démagogie. Moins politisé que le Goya's Ghosts de Milos Forman et sans doute moins dérangeant que le Nightwatch de Peter Greenaway, "Klimt" n'en demeure pas moins troublant, fascinant... et incomplet. En espérant que la version du réalisateur de 135 minutes soit disponible dans un avenir rapproché.


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments3
Vidéo6
Audio7