Le film débute par une intervention du directeur du métro de Budapest nous avisant que ce que nous allons voir est une oeuvre de fiction et que les vrais employés du métro ne se comportent pas de cette façon. Bienvenue dans les entrailles sombres et quasi cauchemardesques du second plus ancien système de transport sous terrain de la planète. Un monde glauque, perpétuellement baigné de lumière artificielle, où rugissent de longs monstres mécaniques en forme de vers et où une faune bigarrée déambule d'un pas rapide en espérant se retrouver à l'air libre au plus vite. Malheureusement pour eux, les contrôleurs sont obligés d'y travailler. C'est dans cet environnement morose que se déroule "Kontroll", le premier film du cinéaste hongrois Nimród Antal, choisi pour représenter son pays aux Oscars en 2004.
Alors qu'une série de suicides (les "jumpers") inquiètent les autorités du métro, Bulcsú et son équipe de contrôleurs ont la tâche ingrate de s'assurer que les passagers ne voyagent pas sans payer. Étant particulièrement nuls, ils sont affectés au segment le plus difficile et se butent continuellement à des usagers récalcitrants qui refusent de leur montrer leur ticket, les menacent, les agressent ou les ignorent complètement. Ils tombent aussi régulièrement sur "Bootsie", un jeune homme qui prend plaisir à les narguer, mais réussit toujours à fuir comme le roadrunner qui échappe toujours au malheureux coyote. De plus, ils subissent les railleries des autres équipes, dont celle de Gonzó qui défiera Bulcsú au jeu dangereux du "railing", qui consiste à courir sur les rails pour arriver à la prochaine station avant de se faire écraser par le prochain train. Bulcsú rencontrera une jolie jeune femme portant un costume d'ours qui ne paie jamais son billet, mais il sera plus tard soupçonné de meurtre quand on découvre que les "jumpers" auraient été poussés devant les wagons.
L'environnement de "Kontroll" rappelle celui de Subway, mais dans le film de Luc Besson le métro n'était qu'un décor permettant aux protagonistes d'évoluer alors que dans la vision du cinéaste hongrois, ce monde lugubre fait de tuyaux, d'huile, de crasse, de tunnels et de trains est un personnage à part entière. Le métro devient une espèce de purgatoire où errent les âmes perdues, les démons et les anges rédempteurs. Bulcsú vit, dort et mange sous terre et ne remonte jamais à la surface. Les lumières fluorescentes qui s'allument le matin puis s'éteignent le soir remplaçant pour lui le lever et le coucher du soleil. La réalisation d'Antal est solide et il dépeint cette atmosphère morne avec brio. Le film alterne entre les poursuites frénétiques appuyées par une caméra nerveuse et des séquences presque surréalistes où les teintes bleutées transforment l'environnement lugubre en paysages d'une beauté étrange et quasi hypnotique.
Ça a l'air déprimant? Pas du tout! Le film est rempli d'humour et les personnages sont très colorés. De "Bootsie" à Szofi et son costume d'ours, en passant par Béla, le conducteur de métro avec un penchant pour la bouteille, et toute l'équipe de contrôleurs: de Muki, le narcoleptique qui s'endort dès qu'il s'énerve, à Tibi, le nouveau qui n'est pas très futé et qui a le malheur de tomber sur une bande de touristes japonais. La distribution d'ensemble est d'ailleurs excellente. Seule petite critique, le film est centré sur le personnage de Bulcsú, mais est constitué de plusieurs sous-intrigues qui évoluent en parallèle. Lorsqu'on arrive à la fin, le réalisateur a du mal à conclure et certaines d'entre elles semblent se résoudre trop rapidement. La relation entre Bulcsú et Szofi n'est également pas assez développée. Il faut également noter l'excellente musique de style techno/industriel du groupe NEO, qui est diablement efficace et supporte l'ambiance à merveille.
Le film est présenté dans son ratio original de 1.85:1, mais le transfert non anamorphosé est de qualité très moyenne. Il y a plusieurs taches, poussières et égratignures et l'image est parfois floue et instable. De plus, les couleurs semblent sursaturées et le niveau des contrastes est souvent beaucoup trop élevé. La piste audio en stéréo est correcte, sans plus, et l'activité est concentrée dans les enceintes avant. Par contre, avec un environnement aussi singulier, quelques scènes d'action et une trame musicale aussi entraînante, le film aurait sûrement bénéficié d'une piste plus dynamique en Dolby Digital ou DTS. Les dialogues sont clairs, mais les sous-titres sont brûlés dans l'image et comportent plusieurs erreurs grammaticales et typographiques. La présentation est standard et le boîtier simple ne contient pas d'encart. Les menus, animés et accompagnés de musique, ne comportent que deux options: "Play" et "Scenes". Il n'y a donc pas de supplément sur cette édition.
Drôle, divertissant, sombre et déroutant, "Kontroll" est un excellent premier film d'un jeune réalisateur fort prometteur qui a réussi à créer un monde étrange et tout à fait crédible où évoluent des personnages aussi attachants que singuliers. Avec sa musique rythmée et son énergie contagieuse assaisonnée d'une touche de lyrisme, ce film a de la graine de film culte qui rappelle parfois Run Lola Run. Dommage que les aspects techniques soient aussi décevants. Il s'agit après tout d'un film de 2004 et non de 1960...
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 4 |