Nouveau film sur la Seconde Guerre mondiale démontrant le laxisme de la France, "Korkoro" (ou "Liberté" en version française) renoue avec un cinéaste qui est capable de grandes choses. Peut-être pas un essai qui passera à la postérité comme ceux de Melville (L'armée des ombres) ou de Truffaut (Le dernier métro), mais un titre qui permet de découvrir une réalité trop souvent oubliée des manuels d'histoire.
En 1942, le régime de Vichy impose une loi qui interdit d'être nomade. Ce règlement aussi soudain qu'improvisé aura de terribles répercussions sur des centaines de milliers de Tziganes. Afin d'éviter la déportation d'une famille de roms, le maire d'un village (Marc Lavoine) et une institutrice (Marie-Josée Croze) décident de les aider.
Le cinéma français est parsemé de réalisateurs engagés qui utilisent leur art pour revendiquer et rappeler ce que l'Histoire peut taire dans l'ombre. Tout aussi contestataire qu'un Robert Guédiguian (dont son dernier long-métrage L'armée du crime traitait justement d'une thématique similaire) est Tony Gatlif qui a passé sa carrière à traiter des Gitans et autres Bohémiens. Après un passage à vide avec son précédent et inégal Transylvania, le voilà revenir à la charge avec un de ses projets les plus personnels.
Le récit ne risque pas nécessairement de surprendre le cinéphile qui connaît par cœur cette période sombre de l'histoire. Il y a encore des victimes, des collabos, des gens manipulés et d'autres individus qui ne font absolument rien pour sauver leurs voisins. Sans verser dans la propagande ou la victimisation, le créateur de Exils préfère s'attarder aux petites tranches d'existence, de cette population qui ère et que l'on oblige de s'arrêter... pour vivre ou mourir. Cela explique bien entendu le titre de l'ouvrage, et quelques métaphores un peu maladroites, dont celle où un des héros décident d'abattrent une clôture pour "rassembler" deux clans ennemis.
Mise avec scène avec soin, mais non sans une certaine austérité, l'œuvre prend son temps pour séduire, développant le destin d'une multitude de personnages avant de les faire exister pour de vrai. Il ne faut donc pas s'attendre à une déflagration immédiate comme chez Kusturica. Au contraire, Gatlif use parfois un peu trop la patience de son spectateur en réutilisant à nouveau ses thèmes fétiches, qui vont de l'appartenance à la nature, à sa famille et à l'apport des animaux.
Bien que ce sont les têtes reconnaissables qui attireront d'abord l'attention (Croze joue sans faux pas, Lavoine évoque Gabin, Rufus est égal à lui-même), la révélation est encore plus grande chez les comédiens tziganes dont le déchirement est parfois palpable. Ce sont eux le cœur et l'âme de l'entreprise et la production maintient son intérêt jusqu'à la fin grâce à leurs performances.
Les symphonies de violons amènent une belle valeur ajoutée à l'ensemble. La piste sonore francophone en Dolby Digital 5.1 est vigoureuse, utilisant des bruits distincts (de voix, de vent, de chevaux, etc.) afin de reproduire une ambiance de chaos. Les voix généralement claires peuvent bénéficier de très visibles sous-titres blancs en anglais et en français. Les images détaillées peuvent compter sur d'agréables teintes et des couleurs justes. C'est justement ce qui marque les esprits, bien plus que ces contrastes imparfaits car, trop sombres.
La jolie pochette colorée montre des gens qui prennent la poudre d'escampette. Le menu principal opte plutôt pour une pose statique à l'effigie de deux acteurs, dont Marie-Josée Croze. Une jolie mélodie au piano fait rapidement son effet. En dehors d'une bande-annonce et d'une série de publicités, les suppléments proposent un intéressant documentaire de 36 minutes qui portent sur la production, de la vision de son auteur aux thèmes délicats, des lieux de tournages sur les pensées des interprètes sur les sujets traités. Un segment instructif qui permet de mieux saisir la problématique en place.
Sans rien bouleverser, maintenant au strict minimum les moments où l'émotion aurait pu prendre le dessus, "Liberté" demeure un intéressant exercice, cartésien et bien intentionné, comme il s'en fait périodiquement sur le même sujet. Plus authentique que marquante, cette importante odyssée a le mérite de faire du neuf avec du vieux en dépoussiérant des faits (de façon cinématographique, mais tout de même) trop souvent ignorés. Juste pour cela l'effort a sa raison d'être.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |