Né en Syrie en 1930 et passionné du cinéma depuis sa tendre enfance, Moustapha Akkad étudia le cinéma dans quelques universités réputées de la Californie. Ayant fait son apprentissage dans les milieux de la télévision plus précisément à la NBC, il produisit et réalisa le film The Message en 1976, drame épique portant sur la naissance de l'Islam. Il s'attaqua en 1981 à une page d'histoire contemporaine de l'Islam, celle du leader bédouin Omar Mukhtar qui combattu l'envahisseur italien au début du vingtième siècle. Parallèlement, Moustapha Akkad produisit bon nombre de films dont la saga Halloween laquelle connut un vif succès auprès des fans de films d'horreur. Il est mort le 9 novembre 2005 lors d'attaques terroristes perpétrées à Amman en Jordanie. L'année 2005 a vu la compagnie Anchor Bay proposer deux splendides éditions sur ces deux films et dans le cadre de cette revue, je vous entretiendrai du splendide "Lion of the Desert" présenté dans une édition de deux disques commémorant le 25e anniversaire de sa sortie.
L'action débute au moment où Benito Mussolini (Rod Steiger) constate à son grand désarroi que le territoire libyen, qui est sous occupation italienne depuis 1911, lui coûte une véritable fortune en soldats et en armements, car ils ne peuvent mettre la main sur Omar Mukhtar (Anthony Quinn), chef de la rébellion bédouine qui s'avère être un véritable fantôme qui se plait à déstabiliser les forces armées italiennes. "Il duce" enverra le général Rodolfo Graziani (Oliver Reed), son homme de confiance et apôtre de la ligne dure en Libye dans le but d'exterminer la menace bédouine.
Cette fresque est habilement montée par le réalisateur. Ce raconteur d'histoires prend le temps de bien installer ses personnages en mettant en lumière leurs traits de caractère, leurs convictions et le contexte de l'époque (la guerre perdurait depuis déjà près de vingt ans), puis le tout bascule dans la guérilla où s'engage un véritable jeu du chat et de la souris entre des forces inégales nous rappelant la fable de David contre Goliath. Au final, nous avons droit à une œuvre dense et riche de 173 minutes (contrairement aux 93 minutes indiquées sur la pochette) qui nous montre une intéressante page d'histoire sur les méthodes employées par le colonialisme italien pour mater le peuple libyen. Le cinéaste dut faire appel à une distribution internationale pour rendre son film accessible à l'occident et les choix d'Anthony Quinn dans le rôle d'Omar Mukhtar et d'Oliver Reed dans celui du général Graziani sont tous deux judicieux. La texture visuelle et musicale du film n'est pas sans rappeler certains films de David Lean , en l'occurrence Lawrence of Arabia) et la splendide cinématographie de Jack Hildyard ainsi que la musique de Maurice Jarre en sont l'éloquente preuve. Il est également intéressant de constater comment pouvait se comporter un envahisseur dans une ère pré ONU (l'action se passe en 1931) alors que tout semblait permis. À noter que quelques archives vidéo viennent renforcer certains moments et que ces documents vidéo furent pris à même la collection de Benito Mussolini qui se faisait un devoir de capturer sur pellicule ses efforts de colonisateur dans un but de propagande. Ce film coûta la rondelette somme de 35 millions de dollars, ce qui était considérable pour l'époque, et sa principale source de financement provenait du très engagé Mouammar Kadhafi (chef de la Libye soupçonné de plusieurs attentats terroristes) ce qui propulsa le film dans une tempête médiatique et politique qui en fit un fiasco financier (le film recueilli la somme de 1 million de dollars au box-office).
Alors que le ratio original de l'image était de 2.35:1, on se retrouve devant un transfert vidéo de 1.78:1 nous privant de l'ampleur des panoramas lunaires que proposent l'immensité désertique de la Libye. Malgré certains segments granuleux, tout particulièrement lors des premiers moments du film, nous avons tout de même droit à une pellicule très propre qui propose une image passablement riche en détail et aux couleurs légèrement mattes. Le volet audio suggère une étonnante trame Dolby Digital 2.0 de par son dynamisme et sa stéréophonie. Seul bémol au volet audio est l'absence totale de sous titres. Cette édition spéciale de deux disques que nous offre Anchor Bay a ceci de particulier que le premier disque possède une enveloppe de langue anglaise alors que le menu, le film, les suppléments et les menus sont tous dans la langue de Shakespeare. Le second disque reprend la même thématique, mais cette fois en arabe.
Moustapha Akkad anime une trame de commentaires (dans les deux langues) qui se veut informative et quelque peu ennuyante, le cinéaste étant bien meilleur réalisateur que commentateur. Son ton monocorde et les nombreux silences pourraient venir à bout de plusieurs insomniaques. Il nous décrit son film par le traditionnel scène par scène. Un documentaire d'une trentaine de minutes intitulé "The Making of Lion of the Desert" nous décortique le film. Le réalisateur, le scénariste, le monteur ainsi que les vedettes Anthony Quinn et Oliver Reed sont interviewés et ils nous livrent leurs impressions sur le tournage du film.
"Lion of the Desert" est une impressionnante fresque historique relatant la vie d'Omar Mukhtar, humaniste et pédagogue qui se dressa avec le peuple bédouin contre l'envahisseur italien entre 1911 et 1931 en Libye. Ce film est toujours banni en Italie et quiconque le projette est passible de poursuites judiciaires pour diffamation contre les forces armées. Heureusement qu'aucune menace de ce genre ne guette le cinéphile québécois et je vous invite à visionner cette splendide reconstitution historique qui nous sensibilise aux traditions musulmanes et sur un de leur héros contemporain.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |