Au début des années 60, bien avant la révolution sexuelle amenée par le mouvement hippy, la plupart des films un peu osés qui se retrouvaient sur les écrans venaient de France. Et bien qu'ils n'aient rien eut à voir avec les longs-métrages plus explicites de la fin de la décennie, ni avec ceux carrément pornographiques du début de la suivante, ces films chamboulèrent tout de même les mœurs plus prudes des spectateurs et censeurs de ce côté-ci de l'Atlantique. C'était une époque ou la vue d'une belle jambe, du galbe d'une hanche ou de l'amorce d'un sein en était assez pour faire tourner la tête des mâles présents dans la salle et pour faire chialer leurs petites amies.
Le distributeur américain First Run Features a réuni ici quatre de ces films "sexy" en provenance de l'hexagone sur un même coffret. Intitulé "Love Kittens", cet ensemble contient quatre films de 1961 et 1962. Deux mettant en vedette la bombe blonde Elke Sommer et deux autres avec la rivale de Brigitte Bardot à l'époque - rivale qui fut vite déclassée par contre - Agnès Laurent.
On s'entend que ces films n'ont maintenant plus rien de titillant et qu'ils seraient classés Général ou peut-être 14+ chez nos amis anglo-saxons plus prudes ("Cachez ce sein que je ne saurais voir"!) L'attrait qu'ils présentent maintenant étant beaucoup plus historique qu'érotique. En effet, peu de nudité à l'horizon si ce n'est la fesse ou le sein occasionnel, mais par contre bien de jolies rues de Paris, des coiffures set des voitures de l'époque et une fraîcheur et une naïveté qui montrait certainement des signes avant-coureurs de la libération des mœurs à venir. Sans compter le jazz enlevant ou les chansons accompagnant à la perfection la spontanéité de la caméra noir et blanc quasi "nouvelle vague". Bref, ni des chefs-d'œuvre ni de grands monuments du cinéma érotique, mais des films à savourer comme une bonne pêche fraîche et juteuse dans la chaleur torride d'une nuit d'été.
À noter que ces quatre films font partie de la collection Audubon, une compagnie fondée à l'époque par Radley Metzger, un monteur qui devint ensuite un réalisateur de films érotiques puis carrément pornographiques (sous le pseudonyme d'Henry Paris). C'est ce monsieur qui servit de modèle pour le personnage du réalisateur porno dans l'excellent Boogie Nights de P T Anderson.
Le premier disque du coffret présente un film de 1962 mettant en vedette la sex-symbol germanique de l'époque, la blonde Elke Sommer. Et bien qu'elle ait connu par la suite une carrière assez remplie et variée (un des films de la série des Pink Panther avec Peter Sellers, A Shot in the Dark entre autres) miss Sommer débuta sa carrière cinématographique en jouant la jolie nymphette à la fois naïve et consciente de son charme et de son pouvoir sur les hommes. Comme c'est le cas ici. Elle y joue une jolie touriste mêlée à une intrigue amoureuse lors de vacances entre amis sur la Côte d'Azur. À noter la réalisation de Max Pécas qui tourna toute une série de films du genre dans les années 60, la musique jazzée de Charles Aznavour et l'inclusion de quelques chansons de Johnny Halliday.
Un autre film de Pécas avec la belle Elke. Cette fois-ci la demoiselle joue une modèle de mode qui se retrouve au beau milieu d'un imbroglio mettant en scène trois groupes d'espions à la recherche d'un microfilm caché dans un tube de rouge à lèvres. La Daniela en question, fraîchement arrivée à Rome devra à la fois faire sa place au milieu de ces mannequins chevronnées, choisir un beau parmi ses nombreux prétendants et tenter de comprendre qui veut quoi et pourquoi, et qui espionne qui, sans bien entendu se faire refroidir comme certaines de ces prédécesseures. Aznavour fournit une fois de plus l'ambiance musicale jazzée.
Agnès Laurent joue le rôle d'une jeune fille de la campagne fraîchement débarquée à Paris. Elle y découvre les clubs de nuit où les strip-teases sont à la mode. D'abord choquée, puis curieuse, elle ne tardera pas à monter sur scène pour tenter sa chance.
Drôle de parcours que celui de ces "Collégiennes" d'André Hunnebelle (réalisateur connu qui mis en scène la série des Fantomas). Tout d'abord, ce fut un film de jeunes adolescentes pensionnaires dans un collège chic d'une ville de province découvrant les premiers tourments et joies de l'amour platonique. Plutôt prude avec même quelques épisodes drôles mettant en scène une jeune Catherine Deneuve de treize ans dans son premier rôle. Puis Metzger acquit les droits pour l'Amérique du Nord et coupa la majorité des scènes de Deneuve. Non pas parce qu'elles n'étaient pas bonnes, mais plutôt parce qu'elles donnaient un ton plus enfantin au tout puisqu'elles se déroulaient dans la section des "petites" filles pré-pubères du pensionnat. Alors que lui entendait en faire un film plus "coquin". Ce qu'il réussit plutôt bien en tournant quelques scènes de nudité supplémentaires dans le dortoir et en les intégrant au montage existant. Des angles de caméra assez restreints, une similitude de décor et quelques raccords audio liant ces séquences et ces personnages (dont Georgina Spelvin qui ferait plus tard carrière dans les films X comme "The Devil in Miss Jones") au reste du film et le tour est joué. Ses ajouts lui valurent les affres de la censure puisqu'une séquence montrant un baiser entre deux collégiennes couchées dans le même lit (en pyjama tout de même) empêcha le film de sortir pendant les deux ans que dura le procès. Tout ceci nous est expliqué dans une courte, mais fascinante revuette qui accompagne le DVD.
Sinon le tout est assez direct. Une jeune femme (Agnès Laurent encore une fois) ayant perdu son père est admise dans ce pensionnat sélect pour jeunes filles bien. Le weekend, elle fait la rencontre d'un jeune homme comme il faut et compte l'épouser, mais sa tante et tutrice s'y oppose. Une amie secrètement amoureuse d'elle l'aidera à le voir en cachette. Mais le fait elle pour le bien de ces amoureux ou par intérêt personnel?
La version présentée ici réintègre les séquences plus rigolotes avec la jeune Deneuve (ou Dorléac comme elle était alors connue). Mais comme elles sont en français et sous-titrées et qu'elles n'ont pas reçu le même traitement de restauration que le reste du film qui est doublé en anglais, elles détonnent passablement et brisent un peu le flot du montage de Metzger. Surtout lorsqu'elles sont juxtaposées à ses ajouts de nudité gratuite. Mais ça vaut tout de même la peine pour voir la grande actrice alors qu'elle était une enfant.
Au niveau de la qualité vidéo, le travail de transfert et de restauration est minimal. Peut-être les copies originales étaient elles en mauvais état, mais les résultats finaux sont à peine passables. Beaucoup de déchirures, de sauts d'image, de poussière et de décoloration (ou l'équivalent dans le noir et blanc). Mais compte tenu de l'originalité et de l'âge du matériel de base, on pardonne assez facilement ces défauts au distributeur. Pour l'audio, les versions originales souffrent aussi d'une piètre qualité. Que ce soit la version doublée de "The Twilight Girls" ou celles françaises des autres films, les bande sons manquent toutes de profondeur et sont plutôt rectilignes. En plus, plusieurs accrocs sont présents et nuisent parfois au dialogue.
En suppléments, outre la revuette déjà mentionnée pour "The Twilight Girls", chaque film a droit à quelques pages de notes explicatives, une galerie photo et une série de bandes-annonces. Ce qui sert définitivement à remettre le film en contexte et à nous permettre de mieux l'apprécier.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |