Aussi drôle et inspiré que le récent Astérix aux Jeux Olympiques (donc presque pas), "Lucky Luke" sabote son élégante distribution et ses beaux décors de carton-pâte par une intrigue quelconque, des gags répétitifs et un humour qui ne fonctionne pratiquement jamais. Morris doit bien se retourner dans sa tombe.
Lucky Luke (Jean Dujardin) et son fidèle cheval Jolly Jumper doivent protéger Daisy Town et se débarrasser de tous les malfrats, surtout de leur chef Pat Poker (Daniel Prévost) qui a plus d'un tour dans son sac. Pendant son séjour, il fera la rencontre de l'intrigante Belle (Alexandra Lamy), de la fougueuse Calamity Jane (Sylvie Testud), du marginal Billy the Kid (Michaël Youn) et de l'érudit Jesse James (Melvil Poupaud). Un complot se trame et la cible pourrait très bien être le Président des États-Unis.
Cette nouvelle adaptation de l'homme qui tire plus rapidement que son ombre par le réalisateur de Brice de Nice aurait pu être une très bonne idée. En transposant plusieurs livres et en laissant les Dalton (et malheureusement Rantanplan) au vestiaire, James Huth voulait commencer sur de nouvelles fondations. Il retourne dans l'Ouest américain, créant un passé à Lucky Luke, des peurs et des doutes, tout en prenant soin de fabriquer une mise en scène qui respecte l'esthétisme des bandes dessinées. Sur papier, cela fonctionne très bien, et même la bande-annonce laisse présager un succès beaucoup plus grand que le récent et ennuyant Les Dalton de Philippe Haïm (qui comportait déjà une apparition de Jean Dujardin).
Les apparences sont pourtant trompeuses. Il n'y a aucune histoire, qu'une succession de sketchs de qualité inégale qui ne servent pas toujours le récit final. L'humour de bas étage demeure dans les clichés et les conventions, ne désirant jamais les repousser le moindrement. Cela donne des situations sans queue ni tête, des péripéties qui ne captivent jamais et des personnages antipathiques. Les méchants sont unidimensionnels, s'appuyant sur une seule mimique. Billy the Kid est un enfant gâté et il va pleurer et hurler pendant 105 longues minutes. Jesse James passe son temps à réciter des dialogues shakespeariens et si Melvil Poupaud est un comédien très talentueux, il ne sait absolument pas quoi faire de cet être repoussant, vide et ennuyant.
Le constat est le même chez Sylvie Testud qui se sent aussi démunie que dans Le bonheur de Pierre et Alexandra Lamy qui fait la belle de service. Daniel Prévost semble cependant s'amuser dans ce musée aux horreurs. Même Jean Dujardin est en petite forme, accumulant les facéties grotesques, se sortant d'impasse en de trop rares occasions. Dans ses meilleurs moments, il lorgne vers un certain OSS 117, surtout lorsqu'il cherche à remettre les personnages féminins à leur place...
Comme c'est trop souvent le cas, l'ineptie du scénario est compensée par une image tape-à-l'œil qui peut compter sur une sublime palette de couleurs, de riches détails, des contrastes si soignés et des éclairages du tonnerre. Pourtant, en y regardant un peu mieux, du grain et du blocage se font parfois ressentir. Les pistes sonores francophones laissent une belle part aux enceintes (en les exploitant plus que convenablement de bruits d'oiseaux, d'éclairs, de vent, de balle, etc.) tout en rendant les dialogues toujours clairs et compréhensibles. De très visibles sous-titres blancs en anglais sont présents pour un public qui ne saisit pas toutes les subtilités de la langue de Molière. La musique de Bruno Coulais est variée dans sa façon de recourir à des tubes connus ou à d'étonnants airs musicaux.
Le boîtier en carton est également séduisant pour les mains et les yeux, lui qui représente le héros dans le désert. Encore plus satisfaisant est le menu principal du DVD, à la fois original et si faux, qui reprend quelques-uns des éléments usuels des villes représentées dans les westerns. Bien que les icônes soient parfois difficilement identifiables, il est rafraîchissant de voir quelque chose qui sorte de l'ordinaire. Les suppléments sont également recommandables, beaucoup plus d'ailleurs que le long-métrage. Une revue du tournage s'échelonne sur 32 minutes, ce qui permet au cinéaste de sortir de son album de photographies et de parler longuement de sa visite en Argentine, de ses choix de lieux, de la réalité de respecter son budget, de la recréation des décors, et bien plus encore. Un tour d'horizon plutôt complet. Un intéressant second segment de 20 minutes fait un exposé des nombreux effets spéciaux, levant le voile sur quelques tours de passe-passe, notamment tout ce qui touche à l'hilarant cheval. Le tout se termine par un bêtisier un peu quelconque qui soutire tout de même quelques sourires.
Produit infantile, bourrant, à l'absurdité qui ne fonctionne guère, "Lucky Luke" est une façon comme une autre de détruire une icône de jeunesse. Pourtant, gardez les mêmes décors et une distribution similaire et remplacez James Huth par un Alain Chabat ou un Guy Ritchie et vous obtenez à coup sûr quelque chose de plus divertissant et excitant, fidèle à l'esprit de Morris tout en ne lorgnant pas seulement vers un jeune public. Une grande déception, surtout devant la qualité de l'image, du son, de l'emballage et des bonus, où il n'y manque qu'une piste de commentaires.
| Film | 4 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |