Cinéaste iconoclaste, Alan Clarke créa une véritable onde de choc en Angleterre avec ses films faits pour la télévision dans les années 1980, spécialement la série qu'il réalisa pour la BBC dans laquelle il dépeint la société anglaise et toute la violence qu'elle renferme. Parmi cette série de films, se trouve "Made in Britain" perçu comme un antépisode (Prequel) au film Scum. Il faisait partie du coffret The Alan Clarke Collection paru en 2004 et la compagnie "Blue Underground" est à remettre tous les films de cette collection en circulation et j'ai le privilège de vous entretenir de ce dernier.
Trevor (Tim Roth) est un jeune homme aux airs de néo nazi "Skin Head" qui déteste tout de la société et de la vie. Même une kyrielle de travailleurs sociaux ne peut rien faire pour le réhabiliter. Ce jeune homme raciste, intelligent et malin s'efforce de mettre ses talents à profit pour semer le chaos partout où il passe. Ce film nous permet d'assister à une tranche de vie anarchique de ce jeune homme qui ne veut rien savoir de tout et de rien.
Le mot anarchie prend tout son sens en voyant ce film. Si vous trouvez que le comédien Tim Roth choisit souvent des personnages caustiques à interpréter, vous n'avez rien vu. Ce film était son tout premier et son personnage de Trevor ferait paraître les punks qui arpentent les rues de la métropole comme des personnages de Disney. Son interprétation est sidérante, le langage corporel qu'il donne à Trevor fait frémir. À travers ses longs plans de caméra fixe, le réalisateur amplifie l'inconfort du spectateur face à cette bête qui ne cherche qu'à provoquer. À travers les 76 minutes que dure ce film, le cinéaste soulève beaucoup d'interrogations quant au système judiciaire anglais, sur la réadaptation sociale et sur les perspectives d'avenir sombres de cette génération, mais il ne donne aucune réponse, cherchant à nous servir qu'un constat choquant.
Tourné pour la télévision britannique et sur caméra de 16mm. nous avons droit à une image respectant un ratio de 1.33:1. Comme pour ces autres films de cette série, l'image comporte une constante granularité, mais comme je le mentionnais dans la revue du film The Firm, Alan Clarke recherchait cet effet qui donnait un côté plus véridique à ses films. Les couleurs sont justes et possèdent un fini mat. Le volet sonore propose la trame originale très "British" de format stéréo. Les dialogues sont clairs, mais l'accent de nos amis anglais aura raison de bien des oreilles. Des sous-titres anglais sont là au besoin.
Nous sommes gâtés côté suppléments. Non pas, une, mais deux trames de commentaires sont incluses. La première et la plus intéressante est celle commentée par Tim Roth. Il nous parle du petit côté perfectionniste d'Alan Clarke et était un spécialiste des répétitions et de sa façon de diriger. La deuxième est animée conjointement par l'écrivain David Leland et le producteur Margaret Matheson. Ils nous parlent du but visé par ce film et de son effet choc sur le peuple anglais lors de sa parution. Une mini entrevue de cinq minutes faite avec Tim Roth sur ses réminiscences de tournage et une galerie de photos complètent les suppléments.
J'avoue que j'avais entendu parler d'Alan Clarke, mais avant la semaine passée, je n'avais jamais vu de films de ce réalisateur très singulier. Après avoir eu la chance de visionner ce "Made in Britain" qui a mis au monde Tim Roth et également The Firm qui raconte l'univers complètement dément que vivent par choix les hooligans, je peux vous assurer que si les propos caustiques présentés crûment sont votre tasse de thé, vous aller être servis à souhait à travers l'œuvre très pertinente et choquante d'Alan Clarke.
| Film | 8 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |